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Action d'Extinction Rébellion à Paris le 31 août 2019

Désobéissance civile : se former à se rebeller

4 min
À retrouver dans l'émission

Le mouvement écologiste Extinction Rébellion prépare une semaine d’action de désobéissance civile à partir du lundi 7 octobre : le mouvement radical prend de l’ampleur, alors que les formations de militants se multiplient. Reportage sur l'un de ses stages, à Auxerre.

Action d'Extinction Rébellion à Paris le 31 août 2019
Action d'Extinction Rébellion à Paris le 31 août 2019 Crédits : Lucas Barioulet - AFP

Ils sont une quinzaine rassemblés dans une pièce de la Maison des syndicats d’Auxerre (Yonne) : autour d’une table, les militants sont venus apprendre les bases de la désobéissance civile.

C’est un mouvement de protestation qui se veut non-violent : blocages de bâtiments, mises en scène spectaculaires dans l’espace public… 

La formatrice, Sand, est passée par plusieurs mouvements politiques pour acquérir tout son savoir-faire : manifestations de "gilets jaunes", événements d’Action non-violente – COP 21… Depuis quelques mois, elle milite avec aussi Extinction Rébellion, un collectif écologiste radical, qu’elle a dans la peau, littéralement : elle s’est fait tatouer le logo du mouvement sur son bras.

La formatrice, Sand
La formatrice, Sand Crédits : Fab

Elle passe du temps à évoquer les questions juridiques. Car le format des actions flirte souvent avec les frontières de la légalité, et il faut que les militants sachent comment réagir. Méticuleusement, elle détaille le déroulé d’une vérification d’identité, d’une audition libre, d’une garde à vue… Et à chaque fois, la stratégie à adopter pour que la situation ne dégénère pas.

"Est-ce que les policiers nous informent ont des éléments sur nous, quand la garde à vue est renouvelée ?", demande Magali, enseignante. "Ils peuvent oublier de vous les donner, mais vous avez le droit de les demander et de demander à parler au procureur", répond la formatrice. "Et quand vous êtes face aux forces de l’ordre, quoi qu’il arrive, dites que vous n’avez rien à déclarer."

Méthodes de résistance passive

L’idée de la formation dispensée par Sand : que chacun sache dans quoi il s’engage, quels sont ses risques et comment procéder pour être efficace. Parce que la désobéissance civile passe paradoxalement par une organisation très cadrée et une logistique sérieuse.

A côté des points juridiques, elle aborde donc beaucoup de questions pratiques : comment reconnaître les différents corps des forces de l’ordre, quel tissu choisir pour faire les meilleures bannières… 

Et la partie qui amuse le plus les participants : comment concevoir les meilleures chaînes humaines pour bloquer des bâtiments. Sand montre plusieurs configurations : "la chenille", "la tortue"… Derrière ces noms d’animaux, ce sont des enchevêtrements de jambes et de bras difficiles à défaire, pour ralentir les policiers sans utiliser la violence physique.

Apprentissage de technique de chaîne humaine
Apprentissage de technique de chaîne humaine Crédits : Fab

Dans la foulée, les militants apprennent aussi à gérer leur corps en cas d’évacuation. "Si les policiers vous attrapent, restez calmes, relâchez tous vos muscles, faites le poids mort. Vous serez plus lourds, ça les ralentira, explique la formatrice. Si vous vous contorsionnez, ça peut passer pour rébellion et vous risquez des poursuites." Elle interpelle une  militante qui a prévu de venir à ses premières actions de désobéissance civile la semaine qui suit : "Si tu veux venir, il faut que tu saches faire le poids mort, allonge-toi et on essaie."

Inquiétudes et enthousiasme

Catherine, institutrice à la retraite, ne cache pas son inquiétude quand elle entend parler de comparutions en justice et de possibles poursuites : 

C’est quelque chose qui me fait peur… je suis très obéissante de nature. Mais je fais les marches pour le climat et j’ai l’impression que ça ne sert pas à grand-chose, j’ai envie de m’engager davantage. 

Elle n’exclue pas de participer à des petites actions, en faisant attention, pour soutenir le mouvement.

Elle est venue à la formation avec sa fille, âgée d’une vingtaine d’années. La jeune militante se dit prête, elle, à prendre les risques nécessaires pour défendre une cause qui lui tient à cœur. Elle a prévu de venir aux actions d’Extinction Rébellion. 

Je ne nous trouvais pas efficace dans les manifestations classiques : il y a le ciel qui nous entend, les arbres peut-être, mais pas les hommes politiques.

Mais à la fin de la journée, les militants un peu plus expérimentés échangent avec ceux qui débutent, ils échangent des conseils, se transmettent leurs contacts. Et même Catherine qui se dit "rassurée pour sa fille", et prête elle aussi à participer à de la désobéissance civile.

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