LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Des ouvriers s'occupent du contrôle qualité de la production de masques, tandis que les lignes sont à l'arrêt dans l'usine de Grâces (Côtes-d'Armor).

En centre Bretagne, une usine de masques au bord du gouffre

4 min
À retrouver dans l'émission

Alors que plusieurs usines de masques ferment en France, à Grâces (Côtes d’Armor), les ouvriers se battent pour tenter de sauver leurs emplois et leur usine. Même si les commandes promises par certaines collectivités n'arrivent pas.

Des ouvriers s'occupent du contrôle qualité de la production de masques, tandis que les lignes sont à l'arrêt dans l'usine de Grâces (Côtes-d'Armor).
Des ouvriers s'occupent du contrôle qualité de la production de masques, tandis que les lignes sont à l'arrêt dans l'usine de Grâces (Côtes-d'Armor). Crédits : Evan Lebastard - Radio France

Sur le marché de Guingamp, à côté du fromager, les ouvrières de l’usine de masques voisine tiennent un stand pour vendre leur production. Une idée pour se faire connaître des habitants, alors que la situation semblait désespérée. 

Début septembre, les 23 employés de la Coop des masques, embauchés en janvier 2021, ont bien cru qu'ils allaient se faire licencier et l'usine, flambant neuve, fermer. "Ça m'a fait mal à la tête", concède Sandrine Lebaillif, 53 ans et opératrice de ligne. "Beaucoup de stress, on n’arrivait plus à dormir, il fallait trouver une solution." Faire les marchés est une des solutions qu'elle a proposé. 

Des ouvrières de la Coop des masques sur le marché de Guingamp pour vendre leurs masques.
Des ouvrières de la Coop des masques sur le marché de Guingamp pour vendre leurs masques. Crédits : Evan Lebastard - Radio France

Une concurrence écrasante des masques chinois

Son entreprise, la Coop des masques, doit faire face à la concurrence des masques d'importation, pour l'essentiel produit en Chine, et qui remportent 97,5% des appels d'offre en France selon le syndicat des Fabricants de masques. "Je n’ai jamais vu une usine où toutes les personnes se sont autant mobilisées pour y arriver", explique Sandrine Lebaillif, elle qui a essentiellement travaillé dans l'agro-alimentaire et le nettoyage. 

Alors que trois ouvrières sont sur le marché de Guingamp, à quelques kilomètres dans l'usine de Grâces, d’autres sont dans les bureaux à l’usine pour faire un travail de commercial et démarcher de potentiels clients. Comme Sèverine Boulaire, à l’origine magasinier-cariste, et désormais "je fais des devis, relance les clients … On y va quoi, on change de métier !"

Patrick Guilleminot, directeur général de la Coop des masques, dans son bureau de l'usine.
Patrick Guilleminot, directeur général de la Coop des masques, dans son bureau de l'usine. Crédits : Evan Lebastard - Radio France

"J’en veux énormément à l’État"

Elle se dit fatiguée par cette situation compliquée. Même si elle tire beaucoup de fierté de cette production locale de masque, Séverine s’est sentie trahie. "J’en veux énormément à l’État. Aux personnes qui se sont mis dans ce projet et nous ont jamais rien commandé. Maintenant on doit se battre."

Dans le vaste hangar où se trouvent les machines, certains ouvriers sont occupés au contrôle qualité, parce que les machines sont à l'arrêt. La ligne de production de FFP2 est à l'arrêt, car les stocks sont plein. Personne n'achète ces masques, explique Patrick Guilleminot, le directeur général de la Coop des masques.

Même les hôpitaux, "parce qu’ils se sont retrouvés en situation de surstockage à cause de dotations en masques de l’État. Du coup ils n’ont pas pu commander nos masques. Par exemple, pour l’hôpital de Bretagne, les livraisons n’interviendront qu’en mars 2022." Et il faut tenir d'ici là. Grâce à la mobilisation des ouvriers, et un appel lancé il y a quelques semaines, plusieurs milliers de masques ont été vendus. Mais d'autres acteurs, eux aussi engagés dans la Coop des masques, ont préféré passer par des appels d'offres.

Les lignes de production de masques, à l'arrêt, dans l'usine de la Coop des masques, à Grâces (Côtes-d'Armor).
Les lignes de production de masques, à l'arrêt, dans l'usine de la Coop des masques, à Grâces (Côtes-d'Armor). Crédits : Evan Lebastard - Radio France

On a une collectivité départementale bretonne qui au mois de juillet a passé un appel d’offre basé à 80% sur le prix. Quand vous faites ce genre d’appel, vous savez pertinemment que ce sont des masques asiatiques qui vont prendre le marché. - Patrick Guilleminot, directeur de la Coop des masques

Les collectivités mises en question pour leurs appels d'offre

Si le directeur de l'usine refuse de le nommer, il s'agit du département d'Ille-et-Vilaine. Pourtant sociétaire de la coopérative, le département a investi 25 000 euros à ce titre. Mais il a préféré passer un appel d'offres pour sa commande de masques. Selon la vice-présidente de la région Bretagne à l'économie, Laurence Fortin, les collectivités doivent faire preuve de responsabilité. Mais il y a aussi une méconnaissance des règles.

Le modèle de la Coop des masques, la SCIC, permet en réalité de ne pas fonctionner par appel d’offre. Sauf que culturellement, les collectivités ont l’habitude de passer leurs achats ainsi. C’est toute la manière de passer les marchés dans les collectivités qui a du mal à se modifier.  - Laurence Fortin, vice-présidente de la région Bretagne à l'économie.

En attendant, la coopérative survit en bradant ses masques pour le grand public. Une machine à 4 millions d’euros, servant à faire le "meltblown", la matière filtrante, reste sous plastique dans un hangar. Faute de moyens financiers et humains pour la faire tourner.

La machine qui sert à faire le "meltblown", la matière filtrante des masques, toujours inutilisable faute de moyens.
La machine qui sert à faire le "meltblown", la matière filtrante des masques, toujours inutilisable faute de moyens. Crédits : Evan Lebastard - Radio France
L'équipe
Journaliste
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......