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En Côte d'Ivoire, une campagne pour inciter à lire vient d'être lancée dans le pays

En Côte d'Ivoire, donner le goût de la lecture à tous

4 min
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Plus de la moitié des Ivoiriens sont analphabètes et ceux qui savent lire n'ouvrent que très rarement un livre. Un écrivain du pays a lancé une campagne pour promouvoir la lecture et permettre à tous les habitants, même les moins fortunés, de s'acheter un livre.

En Côte d'Ivoire, une campagne pour inciter à lire vient d'être lancée dans le pays
En Côte d'Ivoire, une campagne pour inciter à lire vient d'être lancée dans le pays Crédits : ISSOUF SANOGO - AFP

En Côte d’Ivoire, une campagne de promotion de la lecture vient d'être lancée. Une initiative de l’écrivain et universitaire Marcel King Djo Bi partie d’un constat : les Ivoiriens lisent peu. Plus de la moitié d’entre eux sont analphabètes. Et moins d’un Ivoirien sur quatre qui sait lire ouvrirait un livre régulièrement. La faute à une offre trop faible de librairies et de bibliothèques. Mais plusieurs amoureux du livre essaient d’inverser la tendance.

Pourquoi lire ?

Qui a lu un livre en 2020 ? A cette question,  seules quelques dizaines de mains se lèvent parmi les 250 étudiantes et étudiants sage-femmes présentes dans l'assemblée. Un faible nombre qui illustre bien le thème de la conférence du jour : Pourquoi lire ? Comment retrouver le goût de la lecture ?

C’est l’écrivain et universitaire Marcel King Djo Bi qui en est à l’initiative. Il estime que l’État n’investit pas assez dans la formation des enseignants ni dans les bibliothèques au sein des établissements scolaires. Une participante lui pose une question : comment trouver le temps de lire ? Le conseil de Marcel King Djo Bi : toujours avoir un livre sur soi, s’imposer un chapitre par jour mais aussi faire de la lecture une activité collective et de partage :

Si on veut développer une nation, un continent, un monde, il faut que nous soyons imprégnés des connaissances et du savoir qui sont dans les livres afin qu’on avance. Or, on a remarqué que ce n’est vraiment pas le cas en Afrique, en Côte d’Ivoire. Nous nous sommes dit qu’il fallait réveiller les uns et les autres.

Livres trop chers

En sortant de la salle, quelques étudiantes s’arrêtent au stand des éditions L’Harmattan, partenaires du projet. Les livres sont vendus à prix réduits. Anabelle, future sage-femme, repart avec deux livres et le sourire aux lèvres : ce n’est pas tous les jours qu’elle trouve des nouveaux livres. "Je suis habituée aux bibliothèques. Là-bas, tu peux prendre les ouvrages, tu as deux semaines et puis tu rapportes. Mais depuis que je suis arrivée à Abidjan, c’est difficile. Faut vraiment que tu aies de l’argent pour acheter un ouvrage. Du coup je suis obligée de relire ce que j’ai déjà".

Si les bibliothèques manquent, les librairies de référence, elles, disparaissent. On n’en compte plus que 15 aujourd’hui dans le pays, contre 40 en 2008. Et la plupart se trouvent à Abidjan. Restent les librairies religieuses et les vendeurs d’occasion, dans la rue. Alors Marcel King Djo Bi va apporter les livres lui-même : il prévoit une série de conférences autour de la lecture et une bibliothèque mobile avec des ouvrages simples et accessibles pour encourager celles et ceux qui ne sont pas allé.e.s loin à l’école. 

Le livre, un objet de convivialité

À quelques kilomètres de là, dans le quartier populaire de Yopougon Toits-Rouges, un petit groupe d’enfants écoute attentivement Blanchard Tiecoura. Le bibliothécaire du Centre Eulis, une bibliothèque fondée par la jeune Ivoirienne Tchonté Silué. Amener la culture dans un quartier défavorisé, c’est un modèle qui marche depuis quatre ans maintenant. Ruth Tapé, bénévole, a vu l’évolution des enfants depuis qu’ils fréquentent la bibliothèque :

La plupart des enfants qui venaient avaient beaucoup de mal à s’exprimer. Avec les activités qu’on organise et les interactions avec les autres amis, ils se sentent un peu plus confiants, ça leur permet de s’affirmer. En terme de lecture, au début quand la plupart venaient, ils n’arrivaient pas à prendre la parole. Aujourd’hui, plus volontairement, ils arrivent à demander à lire. On voit une amélioration de leur niveau, tant la lecture que dans l’orthographe.

Les enfants, eux, sont ravis d’être là, Comme Mory, 10 ans, qui lit l’or bleu des touaregs, de Donald Grant. "Ici j’aime les livres, mes camarades et tout le reste. J’apprends beaucoup, j’apprends des mots nouveaux. L’histoire parle des nomades qui n’avaient pas de pâturage pour avoir de la nourriture. Donc ils partirent en ville. Ils vendaient leurs animaux pour acheter un champ. Ils creusaient pour avoir de l’eau et pour planter les aliments, et à la fin, les aliments ont poussé".

Le secret de la réussite est de faire du livre un objet non plus élitiste, mais convivial. Cet été, les bénévoles s’installeront donc dans la rue pour des séances de lecture accessibles à tous. 

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