LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Les travaux doivent se terminer en novembre au lycée Jacques-Feyder. Les élèves et le personnel éducatif décrivent un enfer depuis trois ans.

En Seine-Saint-Denis, l'enfer d'un lycée en chantier

4 min
À retrouver dans l'émission

Alors que les élèves reprennent le chemin de l'école, dans quelles conditions étudient certains d'entre eux ? Dans un lycée d'Epinay-sur-Seine, des travaux - prévus pour améliorer le quotidien des jeunes - parasitent leur scolarité depuis trois ans.

Les travaux doivent se terminer en novembre au lycée Jacques-Feyder. Les élèves et le personnel éducatif décrivent un enfer depuis trois ans.
Les travaux doivent se terminer en novembre au lycée Jacques-Feyder. Les élèves et le personnel éducatif décrivent un enfer depuis trois ans. Crédits : Diane Berger - Radio France

À l'entrée du lycée Jacques-Feyder, des ouvriers percent des surfaces, scient du métal, transportent la laine de verre pour isoler un bâtiment... Les travaux ont été lancés il y a trois ans, dans le cadre du plan d'urgence pour les lycées franciliens, prévus par la région : une rénovation nécessaire dans cet établissement scolaire vétuste de la Seine-Saint-Denis, construit dans les années 70.

Mais Martine Robert est sidérée par la manière dont ils ont été organisés. Depuis trois ans, cette professeure de philosophie donne cours à ses élèves au milieu des travaux. Sur le compte Twitter "Feyder – Le Lycée Chantier", elle compile photos et vidéos pour montrer l'état de l'établissement : les images sont sidérantes.

Depuis le début des rénovations, elle ne compte plus les problèmes. "La première année, on arrivait, il n'y avait pas de toilettes", explique-t-elle, un peu gênée d'aborder aussi spontanément un point a priori trivial, mais essentiel pour l'hygiène et la santé des élèves. "Ensuite, des préfabriqués, des choses ont été installées : il y avait 20 toilettes pour 1 500 élèves." 20 toilettes régulièrement bouchés, les portes parfois cassées, inutilisables dans de bonnes conditions.

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

Pendant plusieurs mois, "le téléphone de l'école a cessé de fonctionner parce qu'avec les travaux, la ligne a été coupée", explique-t-elle. "C'est-à-dire qu'en période de Covid, les parents ne pouvaient pas appeler pour dire que leur enfant ou un de leurs proches étaient malades !"

Sans parler des engins de chantier qui allaient et venaient l'année dernière en frôlant parfois les élèves et le personnel. Le véhicule de l'infirmière a notamment été endommagé.

"Il y a une forme de négligence : les services publics sont sous-dotés dans le 93 pour tout, c'est là où il y a le moins de postes, on sait que les parents ne vont pas se plaindre ici... Moi j'estime que c'est une violence faite à ces élèves qui est invraisemblable."

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

Alors au mois de mars dernier, après la chute d'une porte vitrée sur une élève, les professeurs ont donc déposé un référé-liberté au tribunal administratif : une procédure en urgence qui leur a permis d'obtenir la sécurisation du chantier. Mais pas d'aménagement pour faire cours dans un autre endroit ou limiter les effets des nuisances.

"C'est Feyder quoi"

Alors pour les élèves scolarisés ici, ces travaux sont un calvaire. Chaïma y suivait les cours depuis la Seconde, elle vient d'obtenir son baccalauréat, « du premier coup » précise-t-elle avec un sourire. Mais elle garde un souvenir désastreux de ses trois dernières années au lycée Jacques-Feyder.

J'ai développé beaucoup de migraines depuis que je suis au lycée, parce que bah quand je rentrais chez moi, à force d'entendre les marteaux piqueurs toute la journée, toute la journée, surtout quand on est dans les pré-fabriqués, bah ça résonne ! Donc on n'entend pas le prof donc le prof parle plus fort, quand dans la classe les élèves discutent entre eux chacun parle de plus en plus fort, et puis à la fin de la journée on se retrouve complètement KO en fait.

Elle évoque aussi pêle-mêle le froid dans les salles pré-fabriquées l'hiver, la chaleur insoutenable l'été, l'impossibilité d'ouvrir les fenêtres à cause du tapage des travaux, le manque de matériel... Un jour, des toilettes bouchés ont causé un dégât des eaux considérable dans l'infirmerie. «  On se disait juste : ah bah c'est Feyder quoi », explique la jeune fille : plus rien n'étonnait les adolescents.   

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

Déjà notre rentrée on ne l'a pas fait avec les autres élèves de France, on l'a fait une semaine après parce qu'il y avait déjà du retard dans les travaux. Donc, dès le début, on a compris que ça allait être le chaos pendant nos trois ans de lycée. Sachant qu'on vient du 93, déjà on est un peu mal vus, mais en plus venant d'un lycée en travaux, si on n'a pas pu étudié correctement et que nos notes finissent pas correctes, notre avenir est mis en jeu en fait.

Après le lycée, Chaïma espérait pouvoir s’asseoir sur les bancs de l'université. Pour l'instant, elle n'a pas obtenu les formations qu'elle souhaitait le plus sur Parcoursup, elle n'est acceptée que dans une formation à distance. "Si j'arrive à aller finalement à la fac, ça me fera bizarre d'être dans une salle de cours calme, honnêtement", confesse-t-elle.

"Ça mine le pacte social"

Et les difficultés rencontrées par les élèves vont bien au delà de la seule question de l'orientation post-bac, regrette Jean-Marie Evrard. Il enseigne en Seine-Saint-Denis depuis dix ans, et cela fait deux ans qu'il travaille plus spécifiquement au lycée Jacques-Feyder. En tant que professeur d'histoire-géographie, il s'occupe notamment de l'éducation civique, et certains messages lui paraissent impossibles à transmettre : "Comment je peux parler des services publics comme quelque chose censé pallier les inégalités, redistribuer, dans ces conditions là ?", lance-t-il. "Les élèves vont me mettre immédiatement en porte à faux en me disant : "Bah non, les services publics c'est des services de mauvaise qualité". 

Dans une période en plus, de dé-cohésion, on connaît les crispations actuelles de la société, que les institutions ne soient pas capables d'assurer un service minimum d'éducation à peu près cohérent, c'est vraiment dramatique. Ça mine le pacte social. 

Alors le chantier doit se terminer dans quelques mois dans son établissement, mais ce professeur redoute que le scénario ne se répète dans d'autres établissements du département. Dans le département, cinq autres lycées sont en cours de rénovation en ce moment.

L'équipe
Journaliste
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......