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Sur la façade du bureau de poste de Sidi Bouzid, le portrait de Mohamed Bouazizi, dont la mort a déclenché la révolution du Jasmin en Tunisie.

En Tunisie, les fleurs fanées de la révolution du Jasmin

4 min
À retrouver dans l'émission

Ce 17 décembre est férié dans la ville de Sidi Bouzid, au sud de Tunis. La date marque le souvenir du suicide d'un jeune homme de 26 ans, désespéré de ne pouvoir vivre dignement et librement de son travail sous la dictature. Le début d'une révolution qui allait essaimer dans tout le monde arabe.

Sur la façade du bureau de poste de Sidi Bouzid, le portrait de Mohamed Bouazizi, dont la mort a déclenché la révolution du Jasmin en Tunisie.
Sur la façade du bureau de poste de Sidi Bouzid, le portrait de Mohamed Bouazizi, dont la mort a déclenché la révolution du Jasmin en Tunisie. Crédits : Valérie Crova - Radio France

C'est une date marquante dans le monde arabe. Le vendredi 17 décembre 2010, Mohamed Bouazizi, 26 ans, s'immolait par le feu devant le gouvernorat de Sidi Bouzid, ville à l'époque de 40 000 habitants dans le centre de la Tunisie. Sans le savoir, ce jeune marchand ambulant de fruits et légumes, à la merci d'une administration corrompue qui, régulièrement, confisque ou détruit son outil de travail, déclenche un mouvement de grande ampleur.

"On est tous venus en masse, se souvient le docteur Nasri Bouderbala, dont le cabinet est voisin des lieux. On s’est demandé ce qui se passait. Les affrontements ont commencé entre les jeunes et les policiers. Ça a dégénéré parce que la situation sociale et politique était tendue."

Le drame marque le début de la révolution du Jasmin – l'étincelle qui déclenchera les "Printemps arabes" –, à laquelle la présidence de Ben Ali ne survivra pas. Le 14 janvier 2011, alors que le mouvement contestataire a gagné tout le pays, Zine el-Abidine Ben Ali, dernier pilier de la dictature, au pouvoir depuis 1989, quitte la Tunisie. Un nouveau président doit être désigné ; la promesse d'une expérience démocratique inédite dans le pays.

Un acquis irréversible, la liberté

"Le seul grand changement radical que j'espère irréversible, c'est la liberté", constate Nasri Bouderbala, par ailleurs président de la section régionale de la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH). Mais sur le plan économique, il n'y a pas de changement. On attend des jours meilleurs qui tardent à venir." Dix ans après, le bilan est amer.

À Sidi Bouzid, une charrette rappelle l'outil de travail confisqué il y a dix ans à Mohamed Bouazizi, jeune vendeur ambulant qui s'est alors donné la mort.
À Sidi Bouzid, une charrette rappelle l'outil de travail confisqué il y a dix ans à Mohamed Bouazizi, jeune vendeur ambulant qui s'est alors donné la mort. Crédits : Valérie Crova - Radio France

Le mouvement trouve son origine dans l'aspiration à "vivre dignement", rappelle Hayet Amami, chômeuse de 38 ans, autour d'un slogan : "Le travail, la dignité et la liberté." Mais pour elle, "la situation aujourd'hui est plus grave qu'avant, vraiment". Pour gagner sa vie, cette titulaire d’une maîtrise en géographie a dû créer une garderie. La pandémie au Covid-19 n'a sans doute rien arrangé (son activité a cessé), mais la crise l'a précédée. 

Une attente déçue, la prospérité

Dans les villes de l'intérieur de la Tunisie, le chômage est jusqu’à trois fois plus élevé que les 18 % enregistrés sur le plan national. Les jeunes diplômés, premiers touchés, perdent parfois espoir. Tel Mohammed, diplômé en économie financière et en assurance, qui ne trouve pas de travail.

En Tunisie, même si vous vous trouvez un emploi, c'est avec des salaires que l’on peut qualifier d'insultants.

Et pour lui, "c'est la faute des politiciens qui sont venus après la révolution". 

Ce 17 décembre, jour férié à Sidi Bouzid mais pas dans le reste de la Tunisie, rares sont les politiques qui feront le déplacement depuis Tunis pour commémorer l’anniversaire de la Révolution. De peur d’être confrontés à la colère de ses habitants qui n’attendent plus rien de leurs dirigeants.

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