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Sous le coup de sanctions américaines, l'Iran connaît une inflation galopante, qui pèse sur le pouvoir d'achat d'une population encore très éprouvée par la crise sanitaire.

Épuisés, les Iraniens appellent de leurs vœux une levée des sanctions

4 min
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Ebrahim Raïssi a été officiellement élu président de la République islamique d’Iran. La priorité numéro un de cet ultraconservateur : redresser l’économie, éreintée par les sanctions américaines depuis le retrait de Washington, décidé par Donald Trump en 2018, de l’accord sur le nucléaire.

Sous le coup de sanctions américaines, l'Iran connaît une inflation galopante, qui pèse sur le pouvoir d'achat d'une population encore très éprouvée par la crise sanitaire.
Sous le coup de sanctions américaines, l'Iran connaît une inflation galopante, qui pèse sur le pouvoir d'achat d'une population encore très éprouvée par la crise sanitaire. Crédits : FATEMEH BAHRAMI / ANADOLU AGENCY - AFP

Depuis ce vendredi, l'Iran a un nouveau président, Ebrahim Raïssi, qui prendra ses fonctions en août. Ultraconservateur, peu ouvert à l’Occident, il devra pourtant discuter avec les États-Unis pour obtenir une éventuelle levée des sanctions dont son pays fait l'objet depuis le retrait américain de l’accord sur le nucléaire.

Des négociations indirectes sont en cours à Vienne entre Téhéran et Washington. Elles suscitent beaucoup d’attentes en Iran, tant la crise économique est profonde dans le pays. 

Le bazar de Tajrish, dans le nord de Téhéran, est fréquenté par les classes moyennes et supérieures. C’est l'un des quartiers les plus riches de la ville, un très bon baromètre de la crise économique. Ghazal, qui vient d'une petite ville à deux heures de la capitale, y fait des courses avec sa cousine. Comme tous les Iraniens, elle est victime de la forte hausse des prix.

"Pour moi la vie est très difficile. C’est déjà dur dans ma ville, en province, mais quand je viens à Téhéran, tout est très cher. Les prix peuvent augmenter du jour au lendemain, et parfois la hausse est très importante."

Nous sommes allées hier au bazar du sud de Téhéran avec ma cousine. L’an dernier, on avait acheté là-bas des T-shirts à 600 000 rials. Cette fois, les mêmes T-shirts coûtent 1 300 000 rials.

Au bazar de Tajrish, à Téhéran, l'inflation est manifeste. Le prix des difficultés d'approvisionnement liées aux sanctions américaines.
Au bazar de Tajrish, à Téhéran, l'inflation est manifeste. Le prix des difficultés d'approvisionnement liées aux sanctions américaines. Crédits : FATEMEH BAHRAMI / ANADOLU AGENCY - AFP

Cette inflation est provoquée par les sanctions américaines rétablies à partir de 2018. L’Iran vend beaucoup moins de pétrole, les transactions avec les banques étrangères sont devenues très compliquées, et le rial s’est effondré. Mehdi Sabri tient une boutique de maroquinerie. Il a de moins en moins de clients et attend beaucoup des négociations à Vienne entre l’Iran et les États-Unis.

À cause des sanctions on ne peut ni importer, ni exporter. On a du mal à produire, on ne vend rien. Pour fabriquer des produits ici, on a besoin de matières premières venues d’ailleurs. Mais à cause des sanctions, nous n’y avons pas accès.

"On veut que les États-Unis lèvent ces sanctions parce que c’est la population iranienne qui en est victime, pas le gouvernement. Le gouvernement, lui, n’est pas du tout affecté. C’est nous, les citoyens, qui sommes touchés par ces sanctions au quotidien."

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Une politique contre-productive

En retirant les États-Unis de l’accord sur le nucléaire, Donald Trump a facilité la tâche de la frange dure iranienne, qui voyait d’un mauvais œil ce pacte de 2015 voulu par le président modéré Hassan Rohani. L’Iran aurait alors fait trop de concessions. C’est une des raisons pour lesquelles le système iranien a tout mis en œuvre que l’ultraconservateur Ebrahim Raïssi devienne président.

Vue aérienne de la centrale nucléaire de Bushehr, un des principaux centres de recherche atomique en Iran, en janvier 2020.
Vue aérienne de la centrale nucléaire de Bushehr, un des principaux centres de recherche atomique en Iran, en janvier 2020. Crédits : AFP

Mais son élection ne devrait pas changer la nature des discussions à Vienne. Baki Maneche, fondateur du cabinet d’avocats d’affaires Ferdowsi à Téhéran, se montre optimiste. L’Iran veut donc sortir la tête haute des négociations. Masoumeh Ebtekar fait partie du gouvernement iranien, elle est vice-présidente chargée des Affaires familiales… Pour elle, la nouvelle administration américaine aurait même dû agir plus tôt… 

"On s’attendait à ce que Monsieur Biden lève immédiatement après son élection les sanctions illégales et inhumaines qui frappent l’Iran. Ça ne devrait pas prendre autant de temps."

Je crois qu’au fond les États-Unis ont pris conscience que leur politique de pression maximale est inutile. Elle conduit l’Iran à davantage de progrès en termes de technologie nucléaire, de politique de défense. Donc je m’attends à ce que ces négociations donnent un résultat positif le plus vite possible et que ces terribles sanctions contre le peuple iranien soient levées pour que notre pays soit autorisé à fonctionner comme tous les autres membres de la communauté internationale.

La levée des sanctions semble dans l’intérêt de toutes les parties : réduire la menace nucléaire côté occidental, redresser l’économie côté iranien. Beaucoup d’entreprises se positionnent déjà pour être en première ligne quand le marché iranien s’ouvrira à nouveau.  

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