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Le pavillon développement durable Terra de l'Expo2020Dubaï, un bâtiment hight tech bioclimatique s'intégrera dans un quartier durable après l'exposition.

Exposition universelle de Dubaï : un tournant écolo durable ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Info ou Intox ? L'Exposition universelle de Dubaï fait le pari du développement durable dans un des pays les plus pollueurs du monde. Si les Émirats arabes unis ont prévu 140 milliards d'euros d'investissements dans les énergies renouvelables, ils misent aussi sur de nouveaux gisements de gaz.

Le pavillon développement durable Terra de l'Expo2020Dubaï, un bâtiment hight tech bioclimatique s'intégrera dans un quartier durable après l'exposition.
Le pavillon développement durable Terra de l'Expo2020Dubaï, un bâtiment hight tech bioclimatique s'intégrera dans un quartier durable après l'exposition. Crédits : Cécile de Kervasdoué - Radio France

L’Exposition universelle de Dubaï va-t-elle servir de tremplin à la lutte contre le réchauffement climatique ? Ou serait-ce l’inverse ? Le développement durable est le grand thème de cette édition organisée par les Émirats arabes unis qui s’est ouverte vendredi 1er octobre. Ce choix qui date de 2013 et qui figurait dans le dossier de candidature des EAU pose question puisque, malgré les efforts engagés depuis la Conférence de Paris, les Émirats figurent toujours parmi les plus grands pollueurs de la planète et l’engagement pris par le pays de se décarboner d’ici 2050 semble s'éloigner. Que penser de cette ruée vers l'écologie ? Info ou Intox ?

Un grand projet vanté comme durable

En ce début de mois d’octobre, la température ressentie sur le site de l’expo à Dubaï est de 48 degrés Celsius. Dans la fournaise se dresse Terra, le pavillon du développement durable de l'expo. Un bâtiment gigantesque symbole de ce que les Émirats arabes unis considèrent comme un bâtiment durable. Un monstre d’acier en forme de champignon dont le toit incliné, aussi grand qu’un stade de foot, est recouvert de milliers de tuiles photovoltaïques. Autour, des arbres solaires recouverts également de tuiles photovoltaïques captent la lumière du soleil. L'ensemble est donc parfaitement autonome en énergie et en redistribue même pour le reste du site et pour la ville. 

Une des innovation du pavillon durable de l'expo2020 de Dubaï : receuillir l'humidité de l'air dans le désert
Une des innovation du pavillon durable de l'expo2020 de Dubaï : receuillir l'humidité de l'air dans le désert Crédits : Cécile de Kervasdoué - Radio France

Pour l'eau, des constructions énormes en forme de coupes recueillent l'humidité de l'air, de quoi permettre de faire pousser dans cette portion de désert de 438 hectares, des bambous et autres plantes adaptées au climat. Le bâtiment est enterré aux deux tiers pour conserver la fraicheur et utilise la géothermie pour la climatisation avec une installation qui fait circuler l’air dans la terre afin de le refroidir. Ce bâtiment high tech bioclimatique donne le ton : le développement durable ne peut passer que par l'innovation. Le responsable du développement durable de l’expo Dubaï 2020, Ahmed Al Khatib, en est persuadé. Il nous égraine toutes les trouvailles bioclimatiques du site de l'expo :

Pour moi, c’est la ville du futur. Le type de bâtiments, l’espace sur le sol, l’ombre, le béton qui utilise 30% d'eau en moins et même la puissante connexion internet, tout est pensé autour de l’humain. Terminé, la gestion du nombre de voitures qui circulent. Nous ne voulons pas de voitures ici. Surtout, ce qui rend ce site de encore plus durable, c’est que 80 à 85% des constructions vont rester pour créer un nouveau quartier durable avec toutes les infrastructures pour venir habiter, travailler ou vous amuser ici. Ce sera une expérience extraordinaire ! Ahmed Al Khatib

L’idée de ce nouveau quartier a dès le départ motivé la candidature des Émirats à l’Expo universelle. Depuis 2013, il s'agit de construire un gigantesque centre d'affaires adossé à l'aéroport international Al Maktoum qui ambitionne de devenir le plus grand aéroport du monde. Autour de lui, une "aéropole", immense quartier de 77km centré sur le développement durable et la haute technologie. L'objectif est poursuivre la diversification de l’économie du pays dont les ressources en hydrocarbures sont quasiment épuisées. L'Expo universelle doit servir ce projet.

Petit défilé fleuri dans une allée de l’Expo 2020 de Dubaï.
Petit défilé fleuri dans une allée de l’Expo 2020 de Dubaï. Crédits : Cécile de Kervasdoué - Radio France

"Il s'agit avec cette expo de faire venir les cerveaux du monde entier"

"L'expo 2020 ici est une boite à idées !" explique Laure Semple. La chercheuse qui vit à Dubaï depuis dix-huit ans vient de terminer sa thèse sur la fabrique urbaine de Dubaï. 

Il s'agit avec cette expo de faire venir les cerveaux du monde entier. Dubaï veut entendre les idées des scientifiques ou des chercheurs et transformer ces idées en projets, les financer et les revendre à l'international. Il s'agit à terme pour Dubaï de devenir une plateforme de l'innovation et de capter une rente d'innovation. L'idée c'est de faire du business tout en changeant l'image de Dubaï mais sans réduire son train de vie économique. Il n'est pas question de décroissance. Les supermarchés doivent continuer de prospérer et le tourisme qui est un des pilier de l'économie dubaïote doit encore se développer et attirer des étranger. Laure Semple, docteure en géographie.

Laure Semple, géographe a soutenu sa thèse sur la fabrique urbaine de Dubaï, au printemps dernier, à l'Université de Lyon.
Laure Semple, géographe a soutenu sa thèse sur la fabrique urbaine de Dubaï, au printemps dernier, à l'Université de Lyon. Crédits : Cécile de Kervasdoué - Radio France

Un grand paradoxe énergétique

Dubaï conserve ses pistes de ski en plein désert, consomme toujours trois fois plus d’eau par habitant qu’en France (à cause des piscines qui se multiplient de façon exponentielle, des terrains de golf et de polo qu'il faut arroser) et dépense 70% de son électricité dans la climatisation.

Les Émirats ont certes prévu de dépenser 140 milliards d'euros pour les énergies renouvelables pour les cinquante ans à venir. Ils se sont engagés à construire d'immenses parcs d'énergie solaire pour faire passer ce type d'énergie propre de 7% aujourd'hui à 75% de la consommation énergétique du pays en 2050. Mais dans le même temps, ils exploitent de nouveaux gisements de gaz naturel découverts ces dernières années. 

Un paradoxe, qui a de quoi attirer tous les géants internationaux de l'énergie qui ont fait leur mues ces dernières années vers le durable mais continuent d'exploiter les hydrocarbure. Engie, le géant français par exemple, a dépensé près de 1 million d'euros pour être représenté sur le Pavillon France de l'Exposition universelle. 

"Je pense qu'on ne peut pas croire les Émirats lorsqu'ils parlent de développement durable parce que cela n'a rien de durable !" lance Tarik Oualalou, architecte du pavillon du Maroc qui présente à l'Exposition universelle une construction climatique de 6 000 m2 tout en terre, juste devant le pavillon énorme en verre et en acier des Émirats. "Ce pays n'existe que par les étrangers. Pour un émirati, il y a 30 étrangers ici. Alors il faut les attirer ; c'est là tout l'enjeu de cette expo. Un enjeu d'image positive. Ma position est qu'on ne peut plus faire ce que l'on fait aujourd'hui, la politique des petits pas, un coup vers le durable, un coup vers le non durable. C'est terminé, nous n'avons plus le choix !"

Tarik Oualalou, l'architecte dans le Pavillon du Maroc bioclimatique. "La terre est la meilleure alternative au béton."
Tarik Oualalou, l'architecte dans le Pavillon du Maroc bioclimatique. "La terre est la meilleure alternative au béton." Crédits : Cécile de Kervasdoué - Radio France

C'est là tout le paradoxe de l'engagement affiché par les Émirats lors de l'expo universelle. Le pays qui s'est engagé en 2015 à se décarboner d'ici 2050 lors des Accords de Paris. Les Émirats sont encore loin du compte, comme le note la plupart des ONG. Leur image, en revanche, de grand pollueur du monde pourrait changer avec l'expo 2020 et c'est sans doute l'objectif : se refaire durablement une image plus durable.

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