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Centrale de Fessenheim, 2013

Fermeture de Fessenheim : le spectre de la catastrophe sociale et économique

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Le premier réacteur de la centrale nucléaire de Fessenheim sera mis à l'arrêt le 22 février 2020. Syndicats, élus locaux, commerçants, se préparent à voir environ 2 000 emplois disparaître dans les années à venir. Malgré le plan de développement économique annoncé, l'inquiétude demeure.

Centrale de Fessenheim, 2013
Centrale de Fessenheim, 2013 Crédits : stephane Bozon - AFP

Nouvelle étape cruciale dans la fermeture de la centrale nucléaire d'EDF à Fessenheim, le premier réacteur de la centrale nucléaire de Fessenheim sera mis à l'arrêt le 22 février 2020. C'était une promesse électorale de François Hollande. Il aura donc fallu attendre huit ans pour que cela se concrétise. Et jusqu'à l'annonce, en 2018, ferme et définitive de la fermeture du complexe devenu quadragénaire, personne ne voulait y croire. C'est donc samedi prochain que le premier réacteur sera mis à l'arrêt, suivi en juin par le second et un démantèlement à partir de 2025.

Un événement salué par les écologistes qui ont fait de cette centrale un symbole de la lutte contre le nucléaire. Mais du côté du territoire de Fessenheim, on se prépare à vivre des années difficiles. Pendant 40 ans, ce petit village au bord du Rhin a profité de la manne issue de la fiscalité pour se développer. Malgré l'investissement de l'État, du gouvernement aux élus locaux, la fermeture de la centrale rime avec disparition d'emplois, disparition de commerces, disparition d'habitants même. 

Des salariés perdus malgré un grand plan d'accompagnement

Devant l'entrée du site d'EDF, Vincent Rusch, salarié depuis 1991, observe quelques banderoles décolorées accrochées sur les grilles, symbole de la lutte contre l'arrêt de la centrale. "Ce sont des banderoles qui ont mises par les organisations syndicales et les agents il y a très longtemps. Et elles sont encore là parce qu'on est toujours contre la fermeture, et elles le resteront jusqu'au bout", explique t-il. Pour le délégué CFDT, comme pour la majorité des salariés de la centrale, la fermeture de Fessenheim lui reste encore en travers de la gorge. "La grande partie de ma carrière, je l'ai passé dans cette centrale. Et la voir mourir pour des raisons électoralistes, on trouve tous que c'est un véritable gâchis industriel, social et économique", ajoute t-il. Depuis 2012, ils en entendaient parler... La mise à l'arrêt des réacteurs, cette promesse de campagne du candidat François Hollande qui semblait ne jamais se concrétiser. Jusqu'au couperet, en 2017 puis 2018 et l'annonce officielle d'une fermeture en 2020.

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"Cette centrale, c'est notre bébé..."

Aujourd'hui, la colère a laissé place à la résignation. Syndicats et direction ont négocié un plan d'accompagnement à l'emploi : retraite, redéploiement sur d'autres sites de la région ou bien ailleurs en France, ou encore reconversion. Les vagues de départs s'étalent jusqu'en 2025, date du début de la phase de démantèlement du site qui doit durer 15 ans et employer encore 60 salariés de la centrale. Mais malgré cette préparation, on est jamais véritablement prêt à tourner une telle la page : "les agents se retrouvent en grande difficulté dans leur vie personnelle. C'est un véritable déracinement : un conjoint qui a un emploi et risque de le perdre, des enfants qui sont scolarisés ici... C'est tout un bouleversement, un arrachement." Vincent Rusch lui-même sait où il en est, il a 5 ans pour décider de son avenir professionnel. Et, seule certitude, il ne quittera pas l'Alsace.

Vincent Rusch, délégué CFDT et salarié de la centrale depuis 1991
Vincent Rusch, délégué CFDT et salarié de la centrale depuis 1991 Crédits : Adrien Toffolet - Radio France

Une fermeture qui rime avec départ d'habitants

En tout, en comptant les emplois directs et indirects, salariés d'EDF, sous-traitants, ce sont plus de 2 000 emplois qui sont menacés par la fermeture de Fessenheim. Les villes alentours qui perdent leur employeur numéro un. 

Et cinquante années d'exploitation de la centrale, ce sont aussi cinquante années de recettes fiscales et de développement du village qui arrivent à leur terme. "Dans l'histoire d'une commune, d'un territoire, ce n'est pas neutre. Notre crainte aujourd'hui, c'est de voir se refermer une parenthèse, de revenir au début de l'histoire, c'est inconcevable", soupire Claude Brender. D'ailleurs, le maire de Fessenheim, a déjà fait ses calculs : "j'estime qu'environ 200 personnes vont partir, multiplié par 2,5 (à peu près la composition familiale), ça fait entre 400 et 500 personnes qui peuvent quitter la commune, sur 2400 habitants. Ce n'est pas neutre, ça a un impact sur les commerces, les artisans, les services, sur les écoles..."

Claude Brender, maire de Fessenheim
Claude Brender, maire de Fessenheim Crédits : Adrien Toffolet - Radio France

Un grand plan pour amortir l'impact lié à la fermeture

Un projet de territoire a été signé par le gouvernement il y a un an, avec une enveloppe de 30 millions d'euros pour maintenir de l'emploi dans le territoire. Seulement un an plus tard, on le concret commence à peine à émerger. Sur le papier, il y a pourtant de grandes ambitions : création d'une SEM cette année, une société d'économie mixte franco-allemande, avec 1 million d'euro de capital et l'implication de tous les grands acteurs des deux côtés du Rhin. Un outil opérationnel qui doit permettre le re-développement de la zone économique EcoRhéna, au nord de la centrale, 80 hectares de foncier pour attirer de nouvelles entreprises. 

C'est en théorie le futur poumon économique du territoire, mais certains arguments pour séduire l'Allemagne sont encore en négociation. Myriam Paris, directrice de la chambre de commerce et d'industrie de Colmar : "nous souhaiterions qu'il y ait une fiscalité attractive, les Allemands attendent un droit du travail spécifique sur cette zone. Ils ont toujours beaucoup d'appréhension par rapport au droit social Français. Et ça ce sont des choses que nous soutenons. Ce serait quelque chose d'expérimental qui permettrait certainement d'attirer des entreprises intéressantes.

Et quand bien même EcoRhéna voyait le jour comme prévu l'année prochaine, les différents acteurs s'attendent à une période de transition de 2 à 5 ans avant qu'elle ne soit pleine. Mais même en rendant la région attractive, les élus locaux ne s'attendent à aucun miracle. On ne retrouve pas un employeur aussi important que la centrale du jour au lendemain. Gérard Hug, président de la Communauté de Communes Pays Rhin-Brisach : "je pense qu'on aura pas une industrie qui viendra avec 1500 salariés, donc pour rester positif je vais dire qu'on a encore de la chance d'avoir du foncier qu'on essaye de rendre disponible le plus rapidement possible pour pouvoir accueillir des entreprises, on a le Rhin pas loin, on a l'Allemagne... Mais on sait pertinemment que les quinze prochaines années seront difficiles."

Un techno-centre contesté et sans soutien du gouvernement

Claude Brender, le maire de Fessenheim, mise également sur un autre projet, porté par EDF dans le cadre du projet de territoire : l'installation sur le site de la centrale d'un techno-centre, pour retraiter les composants métalliques issus des centrales déconstruites. Mais il ne serait créé qu'une fois le démantèlement de l'actuelle centrale achevé, dans 20 ans. De quoi laisser le temps aux anti-nuclaire de dénoncer ce nouveau projet et le risque de pollution des nappes phréatiques qu'il entraînerait. "C'est une folie", pour André Hatz, le président de Stop Fessenheim. Pour lui, les pouvoirs publics ne se sont jamais laissé le temps de réfléchir à l'après Fessenheim et tous les projets, dont celui de zone binationale, auraient pu être lancés bien avant. 

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"Pourquoi avons-nous perdu 8 ans..."

Le maire de Fessenheim, lui, balaye cette accusation. Anticiper, c'était impossible. Il y a eu trop de tergiversations de la part des gouvernements successifs et pas assez de préparation. Et on ne peut pas dire que le gouvernement ait été très clair sur ses dernières ambitions. En janvier, la ministre de la Transition écologique a finalement émit ses doutes vis à vis du projet de techno-centre. "Ça ne me paraît pas forcément une piste facilement concrétisable", tranche Elisabeth Borne...

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