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Marche contre la marchandisation de la forêt publique française, à Mulhouse

Forêts publiques françaises : une marche contre le silence

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Des agents de l'Office National des Forêts lancent une grande marche pour alerter l'opinion sur la gestion actuelle de la forêt publique (un quart de la surface forestière française). Anne-Laure Chouin est allée les rencontrer du côté de Mulhouse, en Alsace.

Marche contre la marchandisation de la forêt publique française, à Mulhouse
Marche contre la marchandisation de la forêt publique française, à Mulhouse Crédits : Chouin Anne-Laure - Radio France

Comment se porte la forêt publique française ?

Très mal si l'on en croit les forestiers agents de l'Office National des Forêts, qui comptent 2 000 postes en moins depuis une quinzaine d'années. Ils dénoncent par ailleurs une gestion court-termiste de la forêt où sont morts nombre de leur collègues ces dernières années, par accident ou par suicide. 

Lassés d'alerter en vain leurs ministères de tutelle de l'Agriculture et de l'Ecologie, ils en appellent désormais à l'opinion publique. Pour cela, ils ont organisé une grande "marche pour la forêt" depuis plusieurs régions forestières de France. Ils doivent tous se rejoindre le 25 octobre dans la forêt de Tronçais, dans l'Allier, où survivent des chênes de plus de 300 ans.

Agents alsaciens de l'ONF et leurs soutiens à Illfurth (Alsace)
Agents alsaciens de l'ONF et leurs soutiens à Illfurth (Alsace) Crédits : Chouin Anne-Laure - Radio France

"Nos nouvelles missions tiennent plus du chiffrage que de la surveillance des forêts"

Les forestiers d'une intersyndicale qui regroupe depuis plusieurs mois déjà la plupart des syndicats de l'ONF ont entamé cette marche le 17 septembre dernier, depuis plusieurs régions de France. Le but est de dénoncer ce qu'ils considèrent comme une privatisation rampante des forêts publiques et une forme d'industrialisation dans l'abattage des arbres, au détriment de leurs missions originelles, et notamment la surveillance de l'écosystème forestier.  

Thierry Lavaupot est un jeune technicien forestier. Il a vu peu à peu son travail se transformer :

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"Nos nouvelles missions tiennent plus du chiffrage que de la surveillance de la forêt"

Cela fait quelques années déjà qu'une extrême tension sociale sévit au sein de l'ONF. Ses agents subissent, comme d’autres services publics, des baisses d'effectifs et un remplacement progressif des fonctionnaires par des salariés de droit public. Ce faisant, la direction de l'ONF suit les préconisations de la Cour des Comptes, qui pointe régulièrement la dette de l'agence. Dette trop souvent compensée, selon la rue Cambon, par l'argent public. Cela est dû en partie au mode de financement de l'ONF : son fonctionnement est censé être assuré par les recettes issues de la vente du bois. Mais ces recettes baissent, alors même que les ventes de bois et donc l'abattage des arbres, augmentent.

C'est ce qu'explique Philippe Berger, secrétaire national du Snupfen Solidaires, principal syndicat de l'ONF :

Philippe Berger, du Snupfen Solidaires
Philippe Berger, du Snupfen Solidaires Crédits : Chouin Anne-Laure - Radio France
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"L'office National des Forêts est malade de sa conception"

Quand les forestiers souffrent, c'est la forêt qui trinque et l'inverse est également vrai. C'est ce que pense Patrick Bangert, jeune retraité de l'ONF, qui estime avoir de la chance d'être encore vivant après avoir perdu en forêt nombre de ses camarades.

Patrick Bangert, jeune retraité de l'ONF
Patrick Bangert, jeune retraité de l'ONF Crédits : Chouin Anne-Laure - Radio France
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"L'espérance de vie moyenne d'un bûcheron c'est 62 ans"

Les salariés de l'ONF restent marqués par une série de suicides ces dernières années : ils en recensent 45 depuis 2005, jusqu’à six par an en 2010. Et ce sans grand retentissement médiatique.

Quant à l'actuelle direction de l'ONF, vivement critiquée en interne, elle estime que la situation n'est pas si catastrophique. "La forêt française se porte bien" estimait devant les sénateurs le Directeur général de l'ONF Christian Dubreuil en mars 2018. Elle serait même, selon lui, sous exploitée.

Quoiqu'il en soit les personnels de l'ONF ont décidé de sortir du bois, malgré, selon plusieurs d'entre eux, un "management par la terreur" qui freine toute mobilisation de grande ampleur. Cette marche est aussi pour eux l'occasion de faire sortir la forêt de l'invisibilité où elle se trouve aux yeux de l'opinion publique. Leur combat mêle le social et l'écologique, car la France est menacée, selon eux de "malforestation".

Pour aller plus loin

Forêts françaises : un grand gâchis, sur l'aspect économique et la filière bois. La France possède les meilleurs bois d'Europe qu'elle exporte à tout va, aux dépens de sa propre filière industrielle. 

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