LE DIRECT
.

Google, Facebook : les nouveaux financeurs des médias

5 min
À retrouver dans l'émission

Désormais, Google et Facebook financent directement des projets liés au journalisme. Une manière d'asseoir leur domination de l'écosystème. Tout en tentant d'améliorer leur image.

.
. Crédits : Chesnot - Getty

Presque impossible d'y échapper désormais : partout dans le monde, les médias sont désormais profondément liés aux services fournis par les grandes plateformes américaines-  Google, Facebook et Apple en tête. Lors de la 13e édition du Festival international de journalisme de Pérouse (Italie), rassemblant médias et chercheurs du monde entier, la question était en arrière-plan de tous les débats : comment contrer la puissance de ces plateformes. Elles ont non seulement un pouvoir économique et politique croissant. Mais surtout un rôle structurel dans les médias, souligne Martin Moore directeur du Centre d'études des médias, de la communication et du pouvoir au King's Collège de Londres

Pendant des années, ces plateformes se sont présentées comme des entreprises de technologie. Mais elle sont bien bien plus que de simple plateformes technologiques : elles sont des médias, et même plus que ça. Elles recouvrent tout ce territoire composé par la production, la distribution, consommation, la monétisation. Elles deviennent en quelque sorte une structure qui englobe les médias.

Désormais, les grandes plateformes utilisent leur argent pour asseoir ce nouveau modèle. Et elles se sont mises à financer directement des projets liés aux médias - à travers des bourses, des formations, des événements. Ou encore de la recherche ou du développement de produits ou services. Une manière pour elles à la fois d'exercer une forme de lobbying-  et cela d'autant plus à un moment ou les Etats s'efforcent de réguler leur pouvoir. Et de faire avancer l'écosystème dans leur sens. Le tout en essayant de redorer leur image et leurs relations avec les médias. 

"Les médias doivent faire face à de nombreuses pressions", explique Adam Thomas, directeur du Centre européen pour le journalisme, une ONG néerlandaise.

Ils luttent pour trouver des modèles économiques, car il perdent beaucoup d’argent et une grande partie de leur audience part vers d’autres services en ligne. Les médias ont donc des besoins réels et des inquiétudes. Cela les rend plus enclins à avoir recours à des sources financement extérieures. Or actuellement, l’une des manières les plus simples de trouver de l’argent, ce sont ces plateformes. Mais on sait bien sûr que prendre des décisions pour le court terme n’est pas toujours bon à long terme. C’est pour cela que je pense que les journalistes et les médias doivent être très attentifs à ce qui est en train de se passer.

Cette mise en garde, beaucoup de journalistes et de chercheurs l'ont formulée cette année lors du Festival international de journalisme de Pérouse, un événement lui-même financé en partie par Google. Comme le sont beaucoup de rencontres de ce type.

Après avoir lui travaillé dans le cadre de projets de recherches et de programmes d'innovations financés par l'entreprise américaine, le journaliste Alexander Fanta a enquêté pour le site allemand Netzpolitique sur ce qu'il dénonce comme une forme d'influence. Il a travaillé sur les bénéficiaires de la Digital News Initiative (DNI). Un programme d'aide à l'innovation avec lequel Google a financé 447 projets liés au journalisme pour un montant de 115 millions d'euros: 

70 % de l’argent est allé à d’importants médias européens privés, ayant en moyenne plus de  20 ans. Car ce sont eux que Google veut mettre de son côté et intégrer à son écosystème. Google finance des innovations techniques, des produits qui s'intégreront à son univers d’une manière ou d’une autre. Elle n’exige pas grand choses des éditeurs de façon explicite, mais on voit bien quels genres de projet elle finance. Ce sont des innovations qui lui conviennent et seront compatibles avec ses services.

Google a créé ce modèle que d’autres entreprises adoptent désormais. Pour devenir ce qui a l’apparence d’une philanthropie envers les médias.

Facebook a récemment annoncé qu'il allait investir 300 millions de dollars sur trois ans des projets liés au journalisme. Notamment pour aider l'information locale et régionale. Une forme de presse en grande crise, depuis justement que ses revenus publicitaires ont été absorbés par ces mêmes géants américains. 

Face à ces évolutions, il faut une réponse politique estime Damian Tambini, chercheur à la London School of Economics. Car l''enjeu est à la fin démocratique : permettre à une information de qualité et non biaisée d'exister durablement.

Nous devons donc être très attentif au cadre politique. Cela inclut la politique fiscale, différentes formes de financement et aussi des lois qui encouragent les plateformes à être responsables des contenus et des services qu’elles proposent.

Comment "garantir un écosystème médiatique indépendant, pluraliste, innovant et viable économiquement" . C'est tout l'objet d'un rapport sur la souveraineté des médias européens, remis la semaine dernière à la Commission européenne par Guillaume Klossa, l'ancien directeur de l'Union européenne de Radiotélévision. Il préconise de financer la recherche et développement dans les médias, mais aussi de créer une plateforme de diffusion ou encore créer un « régulateur européen ». Autant de pistes de travail pour la prochaine Commission.

L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......