LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Reportage à Sort-en-Chalosse chez  Pascal Bernadet, éleveur de volailles, le 7 janvier 2021.

Grippe aviaire, chronique d’une crise annoncée

4 min
À retrouver dans l'émission

C'est la deuxième fois en quatre ans qu'une épizootie d'influenza aviaire est hors de contrôle en France. Depuis l'apparition du premier cas de grippe aviaire dans un élevage corse mi-novembre 2020, 600 000 volailles ont été abattues. On dénombre aujourd'hui 124 foyers de grippe aviaire en France.

Reportage à Sort-en-Chalosse chez  Pascal Bernadet, éleveur de volailles, le 7 janvier 2021.
Reportage à Sort-en-Chalosse chez Pascal Bernadet, éleveur de volailles, le 7 janvier 2021. Crédits : Manon Claverie - Radio France

La crise de la grippe aviaire aurait-elle pu être évitée ? C'est la deuxième fois en quatre ans qu'une épizootie d'influenza aviaire, le virus H5N8 hautement pathogène, est hors de contrôle en France. La maladie touche toutes les volailles, mais les plus contaminés ce sont les canards. Depuis l'apparition du premier foyer de grippe aviaire dans un élevage corse mi novembre 2020, 600 000 d'entre eux ont été abattus. Les abattages préventifs continuent. Et pour cause : après avoir gagné les Yvelines et l'Ille-et-Vilaine, le virus a gagné la Chalosse, une zone du département des Landes qui concentre la plus grande densité d'élevages de volaille. La grippe aviaire a maintenant contaminé les Pyrénées-Atlantiques, les Hautes-Pyrénées, le Gers et se déplace vers le Lot-et-Garonne. Les autorités ont-elles pris les bonnes décisions après la première épizootie en 2017 ? Les éleveurs vont-ils tenir le coup ? Quelles conséquences pour la filière foie gras, sachant que la France représente les 3/4 de sa production mondiale ? On dénombre aujourd'hui 124 foyers de grippe aviaire, dont 119 dans les Landes. 

Reportage de Manon Claverie, à Sort-en-Chalosse.

"On se sent abandonné dans notre désarroi"

Pascal Bernadet a appris à Noël que ses 2 600 canards devaient être abattus parce qu'ils se trouvaient à moins de 3 kilomètres d'un foyer de grippe aviaire. Sauf que l'abattage a eu huit jours de retard, le temps pour ses poulets d'être contaminés à leur tour. Depuis plus d'une semaine, il ramasse et entasse sur son exploitation des milliers de cadavres.

 Pascal Bernadet, éleveur de volailles à Sort-en-Chalosse dans les Landes, le 7 février 2021.
Pascal Bernadet, éleveur de volailles à Sort-en-Chalosse dans les Landes, le 7 février 2021. Crédits : Manon Claverie - Radio France

On se sent abandonné dans notre désarroi. C'est une corvée tous les matins d'aller ramasser les cadavres, sentir cette odeur de putréfaction. C'est décourageant. Aujourd'hui je suis en colère et c'est profond !

En colère contre l'Etat qui, une nouvelle fois, n'a pas réagi assez vite. Pascal Bernadet a tiré des conséquences de l'expérience de 2017 : il a divisé par 3 sa production et investi dans du matériel sanitaire, et il n'est pas le seul.

Tous les éleveurs se sont remis en question. La bio sécurité, tout le monde a travaillé dessus, donc c'est désolant quand on voit qu'administrativement rien n'est fait !

Le ministre de l'agriculture Julien Denormandie a promis lors d'un déplacement dans les Landes vendredi d'accélérer la course contre la grippe aviaire.

Nous allons doubler les capacités d'abattage de palmipèdes. Nous accélérons fortement en réquisitionnant y compris des abattoirs. 

Etant donné les dégâts, à l'heure actuelle, c'est la seule chose à faire pour pouvoir repartir le plus vite possible. Mais pour ne pas que le scénario se répète encore, c'est toute la stratégie en amont qu'il faut revoir.

Pourquoi pas un vaccin contre la grippe aviaire ?

Il existe déjà, dans un laboratoire français, à Libourne. Testé et efficace à 100 %, mais pas homologué en France parce que les animaux vaccinés ne peuvent pas être exportés. Sauf que les animaux morts non plus. Lionel Candelon est président des Canards en colère, une association d'éleveurs.

Ça fait trois ans que l'on demande l'autorisation de pouvoir vacciner en cas d'alerte et on nous a toujours dit NON. Aujourd'hui, les moyens mis en place sont totalement inefficaces et ils nous ont coûté une fortune au niveau des investissements à faire.

Une filière en danger

La filière foie gras a déjà perdu la moitié de son activité dans la crise du coronavirus. Et depuis fin décembre la France, premier pays producteur de foie gras au monde, perd encore des marchés : la chine vient d'arrêter ses importations alors que le pays commençait tout juste à s’intéresser au foie gras et que c'était un espoir pour la filière. Le Japon, le plus gros importateur hors union européenne de foie gras, n'achète plus dans les départements touchés par la grippe aviaire.

Marie-Pierre Pé est inquiète, elle est la présidente du CIFOG le comité interprofessionnel de la filière :

Potentiellement c'est énorme, parce que nous sommes ici au cœur de la production mondiale. La filière foie gras représente 30 000 emplois directs, 100 000 emplois indirects qui vivent de cette production.

La MSA, la mutualité sociale et agricole, a ouvert un numéro d'écoute spécial grippe aviaire. Il y aura des indemnisations partielles de cotisations, des aides à l'accès au droit. 130 millions d'euros du plan de relance doivent être destinés à accompagner les agriculteurs. Les premiers acomptes doivent tomber la semaine prochaine. Ils devraient aider les éleveurs à reprendre leur activité une fois passée la période de vide sanitaire, ce qui les amène à quelques mois de la prochaine migration, au début de l'hiver 2021.

Infographie publiée le 18 novembre 2020.
Infographie publiée le 18 novembre 2020. Crédits : Kun Tian, Manel Menguelti - AFP
L'équipe
Journaliste
Avec la collaboration de
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......