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Le Premier ministre Hongrois prononce son discours sur l'état de la nation. Février 2020

Hongrie : Viktor Orbán cible les Roms

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En Hongrie, Viktor Orbán attise la tension avec les Roms. Le Premier ministre a critiqué un jugement de la cour suprême hongroise qui condamne l'Etat à verser des dédommagements à des jeunes sœurs roms victimes de ségrégation scolaire.

Le Premier ministre Hongrois prononce son discours sur l'état de la nation. Février 2020
Le Premier ministre Hongrois prononce son discours sur l'état de la nation. Février 2020 Crédits : Attila Kisbenedek - AFP

Viktor Orbán est-il en train de lancer une campagne contre les Roms ? Les Roms, qui forment 8% de la population hongroise, sont sédentaires et parlent la langue nationale. Récemment, soixante jeunes, victimes de ségrégation scolaire, ont été indemnisés par la justice. Ce n’est pas le premier procès du genre. Mais le Premier ministre remet en cause cette décision et attise les tensions ethniques.

Tout cela se passe dans un village du Nord où le parti d’extrême-droite Jobbik avait tenté il y a neuf ans de fomenter des troubles inter-ethniques en terrorisant les Roms avec ses milices. Depuis, le Jobbik a abandonné son discours anti-Tziganes. Le parti est devenu plus "centriste", alors qu’Orbán, lui, vire de plus en plus à l’extrême droite.

Florence La Bruyère s’est rendue dans ce village où l’ambiance est tendue, entre les Roms indignés par les propos du dirigeant et les habitants jaloux de l’argent qu’empocheraient les victimes.

Viktor Orbán conteste une décision de justice

Krisztofer et Richard Berki habitent à Gyöngyöspata, un village du nord de la Hongrie. Ces deux frères sont âgés de 20 et 22 ans. Quand ils étaient à l’école primaire du village, ils ont été discriminés à cause de leur origine tzigane :

On ne déjeunait pas avec les autres, on était dans une salle de classe à part, tous niveaux confondus. La prof passait seulement un quart d’heure avec chaque groupe. Que voulez-vous qu’on apprenne en 15 minutes ? On avait des toilettes séparées que personne ne nettoyait, et on n’avait pas droit à la piscine.

La justice a condamné l’Etat hongrois à dédommager une soixantaine d’anciens élèves. Krisztofer et Richard devraient recevoir environ 4 000 euros chacun. Un jugement confirmé par la Cour suprême il y a un mois. Seulement voilà, le Premier ministre Viktor Orban a remis en cause la décision des juges :

Je ne suis pas du village de Gyöngyöspata, mais si je vivais là-bas, je me dirais : comment se fait-il que des membres d’un groupe ethnique, qui vivent dans la même commune que moi, reçoivent beaucoup d’argent sans l’avoir gagné, alors que je me tue au travail toute la journée ? Ce jugement est injuste.

Roms : les nouveaux boucs émissaires ?

Le Premier ministre met de l’huile sur le feu. Son parti attise la jalousie des résidents qui ne sont pas tziganes. Résultat : la tension monte, constate le représentant de la communauté rom, Géza Csemer :

Dans les magasins, dans la rue, les gens interpellent les Roms, ils leur disent de laisser tomber ces indemnités, ils les menacent. Moi, j’ai reçu des lettres anonymes. On me conseille de ne plus m’occuper de tout ça, sinon j’aurai des problèmes.

Rozalia est retraitée, elle ne fait pas partie de la minorité tzigane :

Il n’y a pas beaucoup de gens ici qui pensent comme moi, mais j'estime que la justice a tranché, et ce n’est pas à nous de la critiquer. Il y a des lois, il faut les appliquer. 

Mais les voix comme Rozalia sont rares dans le village. "Mon fils a 40 ans. Quand il était petit, il a été tabassé par des jeunes tziganes. Moi aussi je devrais toucher des dommages et intérêts !" dit une résidente qui refuse de parler au micro. 

Lilla Farkas, l’avocate des Roms, travaille à Budapest. Elle fait confiance à la justice et pense que les indemnités finiront par être versées. Mais elle a peur que la tension augmente entre les deux communautés. Une tension provoquée, à son avis, par le gouvernement :

Tout cela est un jeu politique. Le gouvernement s’est rendu compte que le sentiment anti-migrants s'essoufflait. Alors il essaie de trouver un autre bouc émissaire : les Roms.

Gyöngyöspata, une commune sous tension

A Gyöngyöspata, dans le Nord du pays, Emma, la grand-mère de Krisztofer et de Richard, vit dans l’inquiétude :

On a peur des Hongrois. Le jour où on touchera nos indemnités, je n’oserai plus mettre le nez dehors. Déjà, là, les gens me disent : 'sale Tzigane, attends un peu, avec ton argent !...'

Des formulaires de consultation nationale vont bientôt arriver dans les boîtes aux lettres des Hongrois. Un procédé que Viktor Orbán a déjà utilisé dans son combat contre Bruxelles ou contre les migrants. Cette fois, les Roms en sont la cible.

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