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A gauche : Mahdi, 19 ans, un des jeunes rencontrés à Ispahan par nos envoyés spéciaux

Iran : la jeunesse éprise de liberté

4 min

L'Iran fête le 40e anniversaire de la Révolution. Le 11 février 1979, l'ayatollah Khomeiny prenait le pouvoir dans le pays. Un anniversaire dans un pays où plus des deux tiers de la population a moins de 40 ans.

A gauche : Mahdi, 19 ans, un des jeunes rencontrés à Ispahan par nos envoyés spéciaux
A gauche : Mahdi, 19 ans, un des jeunes rencontrés à Ispahan par nos envoyés spéciaux Crédits : Franck Mathevon et Gilles Gallinaro - Radio France

L’Iran célèbre aujourd’hui le 40e anniversaire de la Révolution. C’est le 11 février 1979 que l’ayatollah Khomeiny prend le pouvoir en Iran. Une grande manifestation se tient ce matin à Téhéran.

Les moins de 40 ans représentent plus des deux tiers de la population iranienne. Ces jeunes n’ont pas connu cette Révolution. Beaucoup d’entre eux critiquent la République islamique et ses interdits. Ils cherchent d’abord un emploi stable alors que l’Iran traverse une grave crise économique.

Reportage avec la jeunesse iranienne d’Ispahan, Franck Mathevon et Gilles Gallinaro.

"Les choses interdites, on les fait"

A Ispahan, on se retrouve souvent le soir à Jolfa, le quartier arménien apprécié pour ses cafés et ses rues piétonnes. La nuit vient de tomber, des groupes d’étudiants se donnent rendez-vous sur une petite place.

Parmi eux, Mahdi, 19 ans, sourire moqueur : 

Les choses qui sont interdites, on les fait. Par exemple, on n’a pas le droit de fumer de l’herbe mais ici tous les jeunes le font. Ici, on ne fait pas des études pour avoir un travail, on fait des études pour avoir un diplôme et pouvoir trouver une fille pour se marier.  

Une rue plus loin, Arash nous emmène dans un café. Chômeur, il a 31 ans. Il montre toutes les applications de son téléphone, même Tinder, dit-il :

C’est interdit, mais les jeunes Iraniens contournent facilement les obstacles. Un moyen de tuer le temps, dans un climat morose. La situation économique est très difficile depuis quelques années. Les jeunes autour de moi n’ont aucun espoir.

Les applications du téléphone de Arash
Les applications du téléphone de Arash Crédits : Franck Mathevon, Gilles Gallinaro - Radio France

"Le gouvernement, le système en place ne comprennent pas la jeunesse"

Arash n’a pas de travail. Ce serait le cas d’un jeune sur trois. Comme beaucoup d’Iraniens, il craint de s’exprimer devant un micro :

En ce moment même je suis en train de vous parler, et je ne suis pas à l’aise. Je ne peux pas tout dire. Nous n’avons pas la liberté de parler ici. Pas du tout. Le problème est plus profond que vous ne le pensez. Le gouvernement, le système en place ne comprennent pas la jeunesse. Il y a un gouffre entre les autorités et ce que les gens attendent.

Les parents de ces jeunes Iraniens ont pour la plupart participé à la Révolution de 79. Aria, 29 ans, chômeur et diplômé, a souvent parlé avec son père, militant il y a 40 ans, du régime du Shah :

Tout le monde voulait le changement. Le Shah était un dictateur. La démocratie c’est mieux bien sûr. Mais ce qu’on a aujourd’hui n’est pas non plus la démocratie. La dictature du Shah est devenue la dictature des mollahs. On a une histoire de 10 000 ans et on n’a jamais goûté à la démocratie. On aimerait expérimenter cela, vivre ce que vous avez ailleurs dans le monde.

Mais plus que des atteintes aux libertés, les jeunes Iraniens parlent de pouvoir d’achat, du manque d’argent. Le rial iranien s’est effondré depuis le rétablissement des sanctions américaines l’an dernier.

Cela a des effets sur le peuple. Moi, j’en souffre beaucoup. Si je veux acheter un vélo, cela coûte trois fois plus cher qu’avant les sanctions. Mais cela n’a aucun effet sur le gouvernement. Aucun.                                      
Nassim

"Les gens qui fêtent l’événement sont payés"

Nassim, croisée près du bazar d’Ispahan, rigole quand on lui parle du 40e anniversaire de la Révolution.

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. Crédits : Franck Mathevon, Gilles Gallinaro - Radio France

Nassim n’a jamais manifesté contre le pouvoir mais dit applaudir ceux qui ont le courage de le faire.

Si vous demandez à n’importe qui, personne n’est satisfait de la Révolution. Si vous voyez des gens qui célèbrent l’événement, ce n’est pas la réalité. Personne ne célèbre cela. C’est de la frime. Les gens qui fêtent l’événement sont payés. Ils travaillent pour les bassidjis, le gouvernement. Ce ne sont pas de vrais gens. Sinon, il n’y aurait pas un Iranien dans la rue !  Je pense qu’il y aura un changement. C’est ce que j’espère. Parce que moi, mes amis que vous voyez ici, on ne peut pas accepter de vivre ainsi. Je travaille ici. Je dois me vêtir intégralement de noir. Si je m’habille comme je veux, la police va me dire "on n’aime pas ta robe, tu dois porter le voile islamique". On veut la liberté, une vie meilleure. On la mérite et on pense qu’on peut l’obtenir.   

Ces jeunes urbains n’aspirent pas tous à une nouvelle Révolution mais constatent que le fossé se creuse entre leur génération et celle des élites vieillissantes qui contrôlent la République islamique.

Crédits : Visactu
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