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Au marché de Mahane Yehuda (Jérusalem) dans un quartier où l'on vote majoritairement Netanyahou.

Israël : l'incroyable longévité de Benjamin Netanyahu

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Le Premier ministre israélien (au pouvoir entre 1996 et 1999 puis sans interruption depuis 2009) se représente une nouvelle fois lors des législatives du 17 septembre prochain. Malgré les affaires et les rivalités, il a exercé le pouvoir plus longtemps que le fondateur de l'État David Ben Gourion.

Au marché de Mahane Yehuda (Jérusalem) dans un quartier où l'on vote majoritairement Netanyahou.
Au marché de Mahane Yehuda (Jérusalem) dans un quartier où l'on vote majoritairement Netanyahou. Crédits : Frédéric Métézeau - Radio France

Le quartier populaire de Mahane Yehuda est l'un des cœurs battants de Jérusalem-ouest, avec ses commerces, ses cafés et ses restaurants, que fréquentent les bobos israéliens, les Juifs religieux, les touristes ou les expatriés. On y parle fort, on y mange bien, les odeurs d'épices, de viande et de sucre y sont puissantes et l'on y vote majoritairement Netanyahu.

Dans le marché, le "shouk" comme disent les Israéliens, nombre de commerçants affichent des portraits du Premier ministre sortant. Yossi, vendeur d'épices proclame clairement son admiration pour "Bibi" :

Il a fait énormément de bonnes choses : des routes, du commerce et ça a amélioré le pays. Il a de très bonnes relations à l'international avec Poutine ou Trump. Il a fait beaucoup pour le pays. Sans lui, nous n'aurions pas progressé et nous ne serions pas aujourd'hui en si bonne position.

"Netanyahou, c'est un autre niveau" proclame cette affiche géante dans les rues de Jérusalem
"Netanyahou, c'est un autre niveau" proclame cette affiche géante dans les rues de Jérusalem Crédits : Frédéric Métézeau - Radio France

En Israël, Netanyahu (bientôt 70 ans), sa politique et sa famille sont des sujets de discussion et d'articles inépuisables. Son fils Yahir, qui tweete 200 fois par jour – et parfois des énormités – ou sa femme Sara, obsédée par son image et qui confond parfois argent public et dépenses privées, sont familiers du public israélien depuis les années 90 et les débuts de Netanyahu en politique. Son père mort à 102 ans était un historien célèbre, son frère est mort dans la libération d'otages à Entebbe en 1976. Les Netanyahu sont une dynastie façon Kennedy, Bush ou Clinton aux Etats-Unis.

Cela n'a rien d'étonnant pour ce Premier ministre né en Israël mais très influencé par l'Amérique, où il a vécu des années. "Il a passé sa jeunesse aux Etats-Unis, donc il apporte avec lui la mentalité américaine. Jusque-là, les campagnes électorales [en Israël] étaient plus ou moins moroses. [Il y a installé] de grands shows.

Netanyahu a personnalisé les campagnes électorales, pour faire en sorte qu'on l'élise lui et pas seulement le parti derrière lui. Depuis 1996, on vote Netanyahu, on ne vote pas Likoud.

"La preuve : des partis ont été créés contre Netanyahu et pas contre le Likoud. Ainsi, Benny Gantz est prêt à faire alliance avec le Likoud sans Netanyahu", explique l'ancien diplomate et journaliste israélien Freddy Eitan, biographe du Premier ministre.

Une bête de médias devenue star des réseaux sociaux

Ses années américaines lui ont permis de maîtriser la télévision comme personne en Israël (information en continu, interviews en face à face, émissions populaires, etc.), même si, aujourd'hui, Netanyahu préfère les réseaux sociaux. Il publie d'ailleurs intensément sur Instagram, Facebook ou Twitter.

Ainsi, tout en contournant les journalistes avec la plupart desquels il est fâché, il continue à capter l'attention. "C'est l'une des personnes les plus intelligentes que j'aie jamais rencontrée, reconnaît Rina Matzliah, célèbre journaliste politique de Channel 12, la chaîne israélienne la plus regardée. Mais en plus de ça, il est devenu un très bon politicien, qui sait très bien comment jouer avec l'émotion du peuple, comment attirer l'attention des gens, comment leur faire peur et s'attacher le public."

Séduire les électeurs les plus à droite

Benyamin Netanyahou en bain de foule à Hébron (Cisjordanie) après avoir commémoré le 90e anniversaire du massacre d'habitants juifs par leurs voisins arabes. 4 septembre 2019.
Benyamin Netanyahou en bain de foule à Hébron (Cisjordanie) après avoir commémoré le 90e anniversaire du massacre d'habitants juifs par leurs voisins arabes. 4 septembre 2019. Crédits : Frédéric Métézeau - Radio France

A l'approche d'élections législatives très incertaines, Benjamin Netanyahu s'adresse d'abord aux Israéliens de droite tentés par un vote plus radical que le Likoud. Un jour, il est à Hébron avec les colons juifs, le suivant, il s'adresse par vidéo aux quelque 300.000 Israéliens francophones (dont un tiers de Français), aux côtés du député UDI des Français de l'étranger, Meyer Habib.

Netanyahu segmente donc l'électorat israélien pour s'adresser à chaque catégorie comme à une cible marketing. Mais peut-on avoir gouverné Israël plus longtemps que Ben Gourion sans discours global ? Pour Freddy Eytan, il y a bien une "pensée Netanyahu" : "C'est un fils d'historien de droite. Le passé est devant lui, il voit avant tout la sécurité de l'Etat d'Israël dans une perspective historique. Il rappelle à chaque fois la Shoah et les menaces donc il donne l'impression à l'électeur qu'on est assiégé. Il dramatise."

Peut-être [manque-t-il] de clarté idéologique. Mais il rappelle toujours les faits de l'Histoire juive. Et pour lui, l'Histoire juive prévaut sur tout.

Voilà pourquoi Netanyahu évoque quotidiennement la menace iranienne. Mais il s'emploie aussi à tendre le débat à la façon de Donald Trump ou de Jair Bolsonaro qui sont deux de ses grands amis à l'international. Netanyahu, a fortiori à l'approche des élections, est un adepte de cette stratégie rappelle la journaliste Rinah Matzliah : "Si vous me demandez ce qui me gêne personnellement en Netanyahu, c'est la conduite intérieure des affaires, pas extérieure ! Dans la société israélienne, il s'est conduit d'une façon horrible, d'après moi. Il a essayé de mettre les orthodoxes contre les laïcs, les juifs contre les arabes, le public contre la presse, la gauche contre la droite..."

La société israélienne est beaucoup plus divisée depuis qu'il est Premier ministre. On a eu des guerres très difficiles, on a des ennemis autour, on a tout le monde arabe contre nous et ce qui nous a tenu pendant toutes ces années, c'est la solidarité. Moi, je crois qu'il a abîmé ça et c'est dramatique.

Lundi, au Parlement, Benjamin Netanyahu a échoué à faire adopter une loi pour installer des caméras dans les bureaux de vote. Contre l'avis de l'opposition, de la commission électorale, du procureur général et du Président d'Israël, ce texte visait clairement les électeurs arabes israéliens. Mais cet échec ne préfigure rien pour la semaine prochaine, personne ne peut prévoir de résultat avec un scrutin à la proportionnelle quasi intégrale. Pendant des années, Netanyahu a su dominer ses concurrents, étouffer ses rivaux internes et composer des majorités avec – selon les époques – la gauche, le centre, les religieux et l'extrême-droite. Outre ce scrutin très incertain, le Premier ministre, qui a dépassé cet été la longévité de Ben Gourion, a rendez-vous chez le juge d'instruction début octobre pour d'éventuelles inculpations dans plusieurs affaires médiatico-financières.

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