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Août 1976 : un policier fixe des panneaux d'avertissement autour de la ville de Seveso, à la suite de la contamination de la région par un nuage toxique provenant d'une usine locale fabriquant l'herbicide hexachlorophène.

Italie : le drame de Seveso crée en 1976 le "risque industriel"

4 min

L'usine Lubrizol à Rouen ravagée par un incendie le 26 septembre était un site classé Seveso mais cela n'a pas empêché 5 000 tonnes de produits chimiques de partir en fumée. La directive européenne Seveso date de 1982, adoptée six ans après le drame de cette petite ville du nord de l'Italie.

Août 1976 : un policier fixe des panneaux d'avertissement autour de la ville de Seveso, à la suite de la contamination de la région par un nuage toxique provenant d'une usine locale fabriquant l'herbicide hexachlorophène.
Août 1976 : un policier fixe des panneaux d'avertissement autour de la ville de Seveso, à la suite de la contamination de la région par un nuage toxique provenant d'une usine locale fabriquant l'herbicide hexachlorophène. Crédits : Hulton-Deutsch Collection/Corbis - Getty

Seveso est une petite ville de 23 500 habitants à une vingtaine de kilomètres au nord de Milan, en Lombardie. Il y a 43 ans, elle est le théâtre d'un drame : le désastre de Seveso. C'est cette ville qui a donné son nom à la réglementation européenne sur les risques industriels après cet accident de juillet 1976, lorsque les Italiens puis les Européens découvraient les dioxines et leur danger !

Un Parc naturel pour lieu de mémoire 

L'idée du "Bosco delle Querce", le bois des chênes, est née en 1983. Ce parc naturel régional a été ouvert au public en 1986. Il est situé exactement sur la zone A, la zone la plus contaminée par le nuage toxique qui s'est échappé de l'usine Icmesa le 10 juillet 1976. Sous la terre de ce bois de 43 hectares sont enterrés les déchets contaminés dans une grande vasque en béton. Pour les habitants de Seveso et le maire de la ville Luca Allievi, ce bois est un lieu de mémoire. 

Ici, il y avait les maisons de la zone dite A, la zone la plus contaminée. Nous sommes donc sur le sol où tant de personnes ont perdu leur maison car ces maisons ne pouvaient plus être habitées et toutes ces personnes ont été déplacées dans des hôtels de l'arrière-pays milanais.

Un panneau du Parc naturel de Seveso retraçant l'histoire du drame de 1976
Un panneau du Parc naturel de Seveso retraçant l'histoire du drame de 1976 Crédits : Bruce de Galzain - Radio France

En 1976, Giuseppe a 16 ans. Il vient de rejoindre Seveso deux ans plus tôt alors qu'il vivait avec sa famille en Calabre, dans le sud de l'Italie. Il habitait alors dans la zone R, dite de Respect, pas assez proche pour être évacuée mais une zone contaminée. Giuseppe se souvient qu'il fallait tout le temps se laver ! "Notre médecin de famille se plaignait que tant de gens se lavent les mains et le visage sans arrêt" lâche Giuseppe. "Mais ils avaient peur d’être contaminés après que les dioxines se soient échappées !" A l'époque, Giuseppe vit avec ses oncles mais ses parents vont le rejoindre. "_Mon père et ma mère demandaient des médicaments et toute la journée il fallait se laver, se laver le visage, se laver partout au point qu'_aujourd’hui ils ont encore peur de cette dioxine !"

Le nuage de dioxines s'est échappé du réacteur de l'usine Icmesa qui, en surchauffe, saute. Personne ne sait encore ce qu'il contient mais Icmesa fabrique des substances chimiques. De quoi faire peur à la population, qui n’est pas avertie officiellement du danger. Ce n’est que plusieurs jours après la catastrophe que des zones spécifiques sont mises en place et que des animaux sont abattus. Il n'y aura pas de morts mais des victimes souffrant d'inflammation de la peau. Plusieurs centaines d'enfants seront atteints de chloracné, leur peau en gardera des séquelles. L'agriculture et l'élevage sont interdits pendant presque dix ans mais ensuite plus rien ! 

Victime de l'explosion de l'usine de produits chimiques ICMESA, Alice Senno, 4 ans, est gravement brûlée. Ici, en août 1976, avec sa mère et sa petite soeur dans un hôpital de Milan.
Victime de l'explosion de l'usine de produits chimiques ICMESA, Alice Senno, 4 ans, est gravement brûlée. Ici, en août 1976, avec sa mère et sa petite soeur dans un hôpital de Milan. Crédits : François Lochon / Gamma-Rapho - Getty

Les dioxines sont plus dangereuses si on les ingère

Des normes sont mises en place pour la construction d'habitations ou d'entreprises à proximité de Seveso. Mais les autorités "oublient", c’est le terme ironique employé par le géologue Gianni Del Pero, président de WWF le Fonds mondial pour la nature en Lombardie, de mettre en place des normes pour les terres agricoles :

Après tant d’année d’attente le ministre de l’environnement a signé en juin dernier un décret pour permettre uniquement l’utilisation d’aliments sains et non contaminés, ce qui n'avait malheureusement pas été fait jusqu'à maintenant ! On peut penser raisonnablement que le risque pour la santé sera très faible mais aujourd'hui on ne le sait pas.

La route nationale qui rejoint Milan à Seveso est souvent encombrée. Seveso et les communes voisines attendent avec impatience sa transformation en autoroute.
La route nationale qui rejoint Milan à Seveso est souvent encombrée. Seveso et les communes voisines attendent avec impatience sa transformation en autoroute. Crédits : Bruce de Galzain - Radio France

10 millions d'euros pour éviter les dioxines dans l'air

Le risque porte aussi sur l'inhalation des dioxines qui pourraient de nouveau s'échapper dans l'air. Car le maire de Seveso et des communes voisines veulent transformer la route nationale qui borde le "Bosco delle Querce" en autoroute. Mais si la terre est déplacée, les dioxines peuvent de nouveau s'échapper. Le maire de Seveso tient pourtant à l'autoroute car dit-il "nous en avons besoin pour améliorer les déplacements. Luca Allievi souhaite développer le potentiel économique de son territoire : "Dans notre région, il y a beaucoup de travailleurs avec plein d’industries. Il nous faut cette autoroute ! Mais bien sûr cela doit aller de pair avec la protection de la santé des citoyens" explique le maire qui attend les travaux depuis des années. Et pour cela une enveloppe de 10 millions d'euros est nécessaire afin d'assainir les terrains à déplacer et ainsi éviter que les dioxines de Seveso ne s'échappent à nouveau.

Seul vestige et témoin de l'époque, ce bout de mur de l'usine Icmesa de Meda, la ville voisine de Seveso, où se trouvait le réacteur en surchauffe qui a sauté
Seul vestige et témoin de l'époque, ce bout de mur de l'usine Icmesa de Meda, la ville voisine de Seveso, où se trouvait le réacteur en surchauffe qui a sauté Crédits : Bruce de Galzain - Radio France
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