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Des manifestants en faveur de l'avortement devant la Porte de Brandebourg, lors de leur contre-manifestation contre "March for Life", le 20 septembre 2014 à Berlin,

IVG en Allemagne : l'assouplissement de la législation fait débat

4 min
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En Allemagne, l’interruption volontaire de grossesse (IVG) est dépénalisée. Mais pour un médecin, le simple fait de donner des informations sur son site internet peut être passible de poursuites pénales. Le gouvernement a promis un assouplissement de textes très discuté.

Des manifestants en faveur de l'avortement devant la Porte de Brandebourg, lors de leur contre-manifestation contre "March for Life", le 20 septembre 2014 à Berlin,
Des manifestants en faveur de l'avortement devant la Porte de Brandebourg, lors de leur contre-manifestation contre "March for Life", le 20 septembre 2014 à Berlin, Crédits : Stefan Hoederath - Getty

La législation de l'IVG devrait être prochainement assouplie, promet le gouvernement allemand. Un projet de loi doit être présenté ce mercredi, en conseil des ministres à Berlin.

Mais cette première mouture de texte est très loin de faire l’unanimité chez les médecins et les militantes qui défendent le droit à l’IVG.

Reportage de Ludovic Piedtenu, notre correspondant en Allemagne

En 2018 dans le monde, 40% des femmes vivent dans des environnements restreignant l'accès à l'avortement.
En 2018 dans le monde, 40% des femmes vivent dans des environnements restreignant l'accès à l'avortement. Crédits : - Visactu

En principe condamnable pour les femmes et pour les médecins, mais avec des exceptions

Cette gynécologue avait écrit sur son site internet qu’elle pratiquait les avortements, assorti de quelques conseils. Pour cela, elle a été condamnée à 6 000 euros d’amende il y a un peu plus d’un an. 

Kristina Hänel est devenue le visage de ces Allemandes qui se battent pour légaliser l’interruption volontaire de grossesse. 

Car, en effet, l’IVG est encore illégale en Allemagne, explique Kristina Hänel, qui exerce depuis 1981.

L’avortement, en vertu du code pénal, est en principe condamnable à la fois pour les femmes et pour les médecins. Mais il existe des exceptions. Par exemple, pour des raisons médicales ou un viol, ou bien… si la femme respecte un délai de réflexion de trois jours après la première consultation. En outre, pour nous, les médecins, il nous est interdit de dire que nous pratiquons les avortements.

Pour une femme qui souhaite avorter et qui doit donc trouver un médecin, hormis Hambourg et Berlin qui mettent à disposition une liste, le plus simple est de se rendre sur des sites internet anti-IVG. Si ces sites donnent parfois les noms des praticiens, non pour aider les femmes mais pour que les militants anti-IVG harcèlent les médecins, en les menaçant de poursuites.

Le paragraphe 219a du code pénal allemand en question

La loi est de leur côté. Le paragraphe 219a du code pénal allemand, un article hérité du nazisme, du 26 mai 1933.

C’est ce paragraphe que promet d’effacer le gouvernement parvenu à un « compromis » après des semaines de débat houleux au sein de la grande coalition, entre les conservateurs (pour le maintien de l’article) et les sociaux-démocrates pour sa suppression. Kristina Hänel :

Ce nouveau compromis n’est pas un compromis ! Il nous autorise certes à mentionner sur nos sites internet si nous pratiquons ou non l’avortement. Mais rien de plus. Pas un mot sur les méthodes, c’est toujours interdit. Et mon site, qui est devenu très connu, (sourire dans la voix) même internationalement connu, reste hors-la-loi. Ma condamnation ne sera donc pas annulée. Je vais devoir aller plus loin, devant la plus haute juridiction allemande, pour m’assurer que la loi change enfin en Allemagne. Mais peut-être faut-il 10 ans, 20 ans, 1000 ans, je ne sais pas.

Le combat pour la légalisation de l’avortement et la suppression de ces articles du code pénal est engagé depuis près de 50 ans. Sur le modèle du "Manifeste des 343" paru en France en avril 1971, deux mois plus tard, 374 femmes allemandes brisent le silence : "Nous avons avorté". Des femmes ouest-allemandes car l’Allemagne de l’Est, à cette époque, est sur le point de dépénaliser l’avortement.

Vingt ans plus tard, ces femmes de l’ouest cherchent à profiter de la réunification pour exiger les mêmes droits : sans succès. C’est le début d’une rébellion massive de médecins.

Jusqu’à la condamnation fin 2017 de Kristina Hänel qui a remis la question de la légalisation au premier rang des débats de société en Allemagne.

"Il y a encore une très très forte stigmatisation de l’avortement en Allemagne"

Kate Cahoon est militante au sein du collectif pour l’autodétermination sexuelle.

Il y a encore une très très forte stigmatisation de l’avortement en Allemagne. Et aujourd’hui en plus du parti chrétien-social et du parti chrétien-démocrate, il y a l’extrême-droite AfD. Ces forces conservatrices se battent pour que la protection de la vie soit d’une manière ou d’une autre mise au premier plan. Nous pensons qu’il n’est pas juste d’enlever aux femmes le droit de disposer de leurs corps. Il est absurde qu’à l’époque d’internet vous obteniez des informations sur tout en tant que consommateur, mais qu’en cas de grossesse non-désirée vous ne puissiez pas rechercher les informations dont vous avez besoin. 

Même avec le nom d’un médecin en poche, il faut en plus parfois parcourir de très longues distances (plus de 100 kilomètres). Il est par exemple plus difficile de se faire aider dans la très religieuse Bavière plutôt que dans les Länder de l’Est et à Berlin où exerce la gynécologue Christiane Tennhardt. Dans cette région capitale où seuls 4 ou 5 médecins disent clairement sur leur site internet qu’ils pratiquent l’IVG, elle a préféré s’en tenir à ce message sibyllin : "Prenez rendez-vous avec moi, je ne vous laisserai pas seule".

Christiane Tennhardt, gynécologue à Berlin qui pratique l'IVG.
Christiane Tennhardt, gynécologue à Berlin qui pratique l'IVG. Crédits : Ludovic Piedtenu - Radio France

A un moment, cela en devient idiot ! Même avec ce projet du gouvernement, je pourrais juste écrire :

Chères mesdames, je fais des IVG. Et rien de plus. Mais si vous, en tant qu’homme, vous avez un problème. Disons, un dysfonctionnement de l’érection. Vous vous rapprocherez de votre médecin de famille ou d’un urologue et sur son site internet, vous trouverez plein d’informations, c’est logique ! Non, franchement, on se croirait à la maternelle !

Christiane Tennhardt a bien conscience, dit-elle, d’une réalité dans cette Allemagne conservatrice : "Nous ne sommes pas la majorité". Et même si elle et d’autres médecins et des militants pro-IVG espèrent que le Parlement modifiera en profondeur le texte du gouvernement dans les prochaines semaines, au Bundestag non plus, il n’y a, mathématiquement, pas de majorité pour cela. A moins que les députés sociaux-démocrates se rebellent un peu et désavouent leur patronne Andrea Nahles, contestée, il est vrai ces jours-ci. Elle qui se déclarait satisfaite de ce compromis sur l’IVG arraché aux conservateurs de la chancelière Merkel.

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