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"Même plus l’impôt sur les os" peut-on lire devant la trésorerie de Senlis, dans l'Oise, d'où plusieurs services de la DGFIP devraient partir.

La disparition des trésoreries : une réforme qui fâche

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Effet à la fois de la dématérialisation du service public de l’impôt et des réductions d'effectifs à Bercy, la nouvelle carte des trésoreries fait grincer des dents. Leur diminution est censée être compensée par des "Maisons France Service" plus nombreuses à mailler le territoire.

"Même plus l’impôt sur les os" peut-on lire devant la trésorerie de Senlis, dans l'Oise, d'où plusieurs services de la DGFIP devraient partir.
"Même plus l’impôt sur les os" peut-on lire devant la trésorerie de Senlis, dans l'Oise, d'où plusieurs services de la DGFIP devraient partir. Crédits : Anne-Laure Chouin - Radio France

Parmi les avocats, les pilotes, et les infirmières qui sont en grève ce lundi contre la réforme du système des retraites, il y a aussi un certain nombre d'agents du Trésor Public : des inspecteurs, des contrôleurs et plus généralement, des agents de la Direction Générale des Finances Publiques - la DGFIP - qui seront mobilisés eux,  contre la disparition annoncée de plusieurs trésoreries.

Au cœur de l'été en effet, Gérald Darmanin a rendu publique la nouvelle carte des trésoreries et des centres des impôts sur le territoire : de 3 500 existantes aujourd'hui, plus d'un millier devraient disparaître encore. Mais, promet Bercy, ces centres seront remplacés par la multiplication de "points de contact" ou encore d'accueil de proximité", plus proches encore des habitants. Notamment via des futures "Maisons France Services". Illustration dans l'Oise. 

Manifestations d'agents devant le Centre des Finances Publiques de Senlis, Oise.
Manifestations d'agents devant le Centre des Finances Publiques de Senlis, Oise. Crédits : Anne-Laure Chouin - Radio France

Devant le Centre des finances publiques de Senlis, d'où les agents sont sortis en masse pour manifester, un panneau indique où vont déménager le service des impôts aux particuliers, à Creil, 12 kilomètres, et celui des impôts des entreprises, à Compiègne, 35 kilomètres.

Presque 100 agents se verront ainsi obligés d'aller travailler plus loin, dans des services plus importants, mais plus spécialisés. Soutenus par leur direction, ils se mobilisent.

Cette re-concentration des trésoreries dans les départements, Bercy l'explique notamment par la dématérialisation de la perception de l’impôt. Mais sur le terrain, les usagers sont toujours aussi nombreux à venir leur demander de l'aide. Du fait notamment de "l’illettrisme électronique" d'une partie de la population, et de la complexité du système fiscal français. 

La "proximité", c'est ce que vend Bercy à travers sa nouvelle carte des trésoreries : les plus petites sont destinées à fermer leur portes, mais les contribuables pourront toujours s'adresser à des "Maisons France Service", future dénomination d'un service déjà existant dans les zones rurales et les quartiers prioritaire de la ville, mais pas toujours bien identifié : les Maisons de Service au Public, MSAP dans le jargon. Ces "Maisons France service" devront fournir le même service aux usagers que les anciennes trésoreries, en tout cas un "accueil de premier niveau" sur les questions fiscales. Plusieurs opérateurs (La Poste, la CPAM, Pôle emploi etc.) devront y offrir leurs services également.

Mais dans les régions rurales, où l'habitat est dispersé, vieillissant, et peu mobile, ces maisons vont-elles rendre le service attendu ? Leurs employés seront-ils en mesure de répondre à des problématiques fiscales un peu complexes ? 

Des permanences sont prévues, mais par qui seront-elles assurées, et pendant combien de temps ? Sur ces points précis, la réponse Bercy est encore floue. D'ici 2022, chaque canton devra posséder une de ces maisons. En attendant, près de 1 000 trésoreries devraient fermer leurs portes, celles qui restent concentreront leurs services.

Les élus locaux commencent aussi à exprimer leurs inquiétudes : ils craignent un "transfert de charges déguisé". En effet, l'Etat a prévu d'allouer 30 000 euros à ces futurs "point de contacts", qui devront faire travailler au moins deux agents d'accueil. C'est trop peu selon eux, et ce sont les collectivités qui devront, encore une fois, mettre la main au pot. 

Les syndicats des Finances Publiques estiment quant à eux que la refonte de la carte des trésoreries par Bercy cache un coup de rabot sans précédent : 5 800 postes en mois. Un "plan social déguisé" de leur point de vue. Pour un service rendu aux usagers de moindre qualité. 

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