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Grégory l'Ambert, entomologiste à l''Entente interdépartementale pour la démoustication du littoral méditerranéen (EID) de Montpellier, inspectant des moustiques tigres.

La lutte contre le moustique tigre vecteur de maladies tropicales

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À retrouver dans l'émission

Depuis soixante ans, l'EID Méditerranée lutte contre les moustiques des marais. Mais depuis 2004, un intrus, le moustique tigre, s'est invité en France. L'insecte nécessite une surveillance car il transmet les virus de la dengue, du zika et du chikungunya. Reportage aux côtés des démoustiqueurs.

Grégory l'Ambert, entomologiste à l''Entente interdépartementale pour la démoustication du littoral méditerranéen (EID) de Montpellier, inspectant des moustiques tigres.
Grégory l'Ambert, entomologiste à l''Entente interdépartementale pour la démoustication du littoral méditerranéen (EID) de Montpellier, inspectant des moustiques tigres. Crédits : T.S. - Radio France

L'Entente interdépartementale pour la démoustication du littoral méditerranéen (EID Méditerranée) compte environ 150 agents qui agissent comme des pompiers dès que l'alerte est donnée. Depuis une quinzaine d'années, en plus de leur lutte contre la prolifération de deux espèces de moustiques, endémiques des marais autour de Montpellier, ils ont en charge la lutte contre le moustique tigre. 

Cet insecte a colonisé la France métropolitaine depuis 2005 et s'étend maintenant à 51 départements. Venu d'Italie, il suit les axes de communication et s'installe très facilement dans les villes qui lui fournissent un habitat tout à fait convenable. Outre le fait que le moustique tigre est très agressif, il est aussi dangereux parce qu'il peut transmettre certains virus tropicaux. 

Avant de suivre - à travers ce reportage - les agents "démoustiqueurs" dans leur lutte conjoncturelle contre le moustique tigre, dès qu'un malade est signalé, voyons quelles sont les missions historiques des opérateurs publics en charge des insectes piqueurs. Il existe quatre acteurs publics de démoustication en France métropolitaine et tous ont été créés sur le modèle de l'EID Méditerranée. Un EID dont le directeur général, Bruno Tourre, détaille les axes de travail :

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"On est l'opérateur le plus ancien, le plus gros, et le moustique tigre est arrivé pas loin de chez nous ! Donc on s'en est saisi."

On parle bien des nuisances des moustiques issus des zones humides littorales et rétro-littorales (autrement dit des marais) sur 5 départements sur lesquels nous intervenons : les Pyrénées Orientales, l’Aude, l’Hérault, le Gard et les Bouches du Rhônes. Sur ce modèle là ont été créés en France deux autres opérateurs publics l’EID Rhône-Alpes et l’EID Atlantique, qui rassemblent chacun 5 ou 6 départements. Et ce sont les seuls départements de France qui se sont saisis de cette question de lutte contre les nuisances de moustique autorisée par une loi de 1964. Et puis, il y a une quinzaine d’années, est arrivé le moustique tigre. C’est un moustique totalement urbain et les moyens mis en œuvre sur le littoral sont sans effets sur le moustique tigre. En revanche le moustique tigre est vecteur potentiel de maladie.   C’est pour cela qu’on a mis en place –parce que nous étions l’opérateur le plus ancien, le plus gros – une lutte de santé publique, pour éviter le risque vectoriel.   Et c’est bien parce qu’on est un organisme fort de 150 personnes qu’on  a la capacité de réagir très rapidement et éviter qu’il y ait un épisode vectoriel important en France métropolitaine.

Les moustiques qui constituent le coeur de cible des agents de démoustication, vivent dans les marais avoisinant les grandes agglomérations comme Montpellier. Depuis soixante ans, l'EID pourchasse donc ces insectes avec l'appui financier de plusieurs départements, comme l'explique Bruno Tourre : 

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"Nous nous intéressons à ces deux espèces qui peuvent se laisser porter sur plusieurs dizaines kilomètres et peuvent donc perturber les villes."

II y a environ une cinquantaine d’espèces sur le littoral français, une quinzaine qui piquent l’homme et nous nous intéressons à deux espèces. Parce qu’elles ont une capacité de dispersion très importante : elles peuvent se laisser porter sur plusieurs kilomètres, dans les cas extrêmes jusqu’à une trentaine de kilomètres. Elles peuvent donc, partant des étangs, venir perturber la vie dans les stations touristiques du bord de mer. Et même dans les agglomérations, comme Montpellier, qui sont très proches du littoral. Donc lutter contre ces espèces de moustiques, c’est un élément d’attractivité du territoire. Or avec un moustique capable de se déplacer sur 10, 15, 30 kilomètres, les limites communales n’ont plus de sens, donc c’était bien un outil interdépartemental qu’il fallait créer. Trois départements ont donc créé l’Entente et deux autres départements l’ont rejoint. Ensuite la région Languedoc-Roussillon a voulu devenir financeur puis membre actif de notre établissement. Notre opérateur rassemble donc la région Occitanie et six départements.

Entre le mois de janvier et la mi septembre, cette année, les autorités sanitaires se sont vues notifier la présence, sur le sol français de 512 touristes revenus avec le virus de la dengue (465 cas) du chikungunya (43 cas) et du zika (4 cas). Lorsqu'une personne revient porteuse d'un tel virus, l'EID Méditerranée (et les autres opérateurs publics qui existent en France) sont immédiatement prévenus par les ARS - les autorités régionales de santé. A charge pour les agents "démoustiqueurs" d'intervenir le plus rapidement possible. 

Pourquoi cette espèce de moustiques - comme ses congénères - est-elle particulièrement attirée par les humains? Il se trouve que nous les intéressons à deux titres : nous aidons leurs œufs à éclore grâce à l’arrosage et nous fournissons un repas indispensable aux femelles assure l'entomologiste médical Grégory l'Ambert, responsable de la lutte anti-vectorielle à l'EID Mediterranée et coordinateur national de la surveillance entomologique pour la Direction générale de la Santé : 

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"La femelle va récupérer l'énergie et les protéines nécessaires à la maturation de ses oeufs."

Une fois que le moustique est adulte, il nous trouve plus attractif que les animaux car c’est moins difficile de nous piquer : il y a moins de cuir et moins de poils. La femelle va nous piquer pour récupérer l’énergie et les protéines nécessaires afin de pondre ses œufs. Elle a besoin d’un apport supplémentaire.  Elle pondra ensuite dans les gîtes que nous laisserons à sa disposition dans notre jardin, un arrosoir, un seau par exemple.

Le moustique tigre est à l’origine est un moustique forestier qui pond dans les trous d’arbres ou de tous petits endroits qui sont ensuite humidifiés au moment des pluies. Ce n’est pas lui qui est sorti de lui-même de la forêt mais l’homme qui s’est rendu en forêt, pour couper du bois par exemple, et qui a certainement rapporté ensuite le moustique chez lui, probablement dans des récipients d'eau. Ensuite, l'insecte a suivi les axes de transport de l’homme et - notamment par l'intermédiaire du commerce international des pneus - il s'est propagé à travers les cinq continents. Suivez son expansion exceptionnellement rapide avec l'entomologiste médical Gregory l’Ambert.

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C'est un collègue américain qui en 1983, je crois, a découvert des moustiques tigres dans une zone résidentielle où étaient stockés des pneus usagers

Pour la lutte contre les moustiques tigres, avant de sortir les pulvérisateurs (qui sont souvent montés sur des jeeps et autres 4x4), il faut s'assurer de la présence effective de cette espèce dans l'entourage immédiat du (ou de la) malade. Sans la présence du moustique tigre, il est inutile de traiter. Mais une fois l'insecte repéré, il faut agir vite pour enrayer tout risque d'épidémie. 

La France s'est dotée d'un plan d'intervention qui fonctionne pour l'instant plutôt bien. Pour preuve, la pire épidémie survenue dans l'hexagone depuis 2004 s'est produite dans le Var il y a deux ans. 17 personnes ont attrapé le chikungunya. Le chiffre peut paraître important, mais la même année, à Rome, il y a eu entre 500 et 1 000 malades. Même les autorités italiennes n'arrivent pas à estimer le chiffre exact. 

Reportage de Tara Schlegel.

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