LE DIRECT
La porte d'entrée historique de la maison d'arrêt de Paris – La Santé, rénovée après 4 ans de travaux, janvier 2019.

La prison de la Santé, fraîchement réhabilitée, sera-t-elle surpeuplée ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Nouvelle ère ce lundi pour la prison de la Santé, après 4 ans de rénovation. Le dernier centre de détention intra-muros à Paris a été entièrement réhabilité. Le quartier bas a été rénové, le quartier haut rasé puis reconstruit, le nouveau quartier de semi-liberté est entièrement sorti de terre.

La porte d'entrée historique de la maison d'arrêt de Paris – La Santé, rénovée après 4 ans de travaux, janvier 2019.
La porte d'entrée historique de la maison d'arrêt de Paris – La Santé, rénovée après 4 ans de travaux, janvier 2019. Crédits : Guillemette Franquet - Radio France

Inaugurée en août 1867, la maison d'arrêt de la Santé va rouvrir ses portes aujourd'hui et accueillir ses premiers détenus. Le dernier centre de détention intra-muros à Paris, célèbre pour ses évasions comme celle du truand Mesrine en 1978, avait été au centre de l'attention médiatique au début du siècle, cette fois-ci pour sa vétusté. 

En 2000, le docteur Véronique Vasseur dénonçait dans son livre choc Médecin-chef à la prison de la Santé "une saleté effroyable", "une odeur insoutenable", la présence des rats, les morceaux de plafonds qui tombent. Fermée en 2014, après quatre ans de travaux et une facture de 180 millions d'euros, la Maison d'arrêt de la Santé a fait peau neuve. La prison, rénovée et modernisée, ne pourra cependant pas tenir toutes ses promesses.

Un reportage de Guillemette Franquet.

L'entrée dans la prison ne se fait pas par la lourde porte historique, mais par une guérite aux vitres teintées. Derrière le sas, la cour a conservé ses briques et pierres de meulière. Sur les murs des couloirs et des cellules, la peinture est fraîche. Tout est neuf. 

Le quartier bas de la maison d’arrêt de la Santé a été entièrement réhabilité, en conservant les murs historiques.
Le quartier bas de la maison d’arrêt de la Santé a été entièrement réhabilité, en conservant les murs historiques. Crédits : Guillemette Franquet - Radio France

La nouvelle cheffe d'établissement, Christelle Rotach, est une habituée des travaux d'Hercule dans les prisons. Après les Baumettes 2 à Marseille, elle est nommée en 2017 à la tête de la maison d'arrêt de Paris-La Santé, une prison qui accueille les détenus provisoires et ceux effectuant une peine inférieure à deux ans. Elle est désormais modernisée : l'établissement est doté de caméras de surveillance, d'un système de brouillage des téléphones portables, et ses coursives ont été élargies. 

Des cellules plus grandes avec des téléphones fixes

La prison de la Santé est aussi plus humaine : les cellules font en moyenne 9m², quand elles faisaient 6m² auparavant. L'établissement compte également une médiathèque, un centre scolaire, des bureaux d'entretien avec Pôle Emploi, des salles de musculation ou encore des salles polycultuelles.  

La grande innovation, une première en France, ce sont les téléphones fixes, payants, présents dans chacune des cellules. Des conditions dont bénéficient aussi les surveillants pénitentiaires, comme Valérian :  

J'ai hâte que les détenus arrivent, pour voir comment cela va se mettre en place. Là, tout va fonctionner normalement. Il va y avoir un surveillant par coursive, qui va s'occuper de 60 détenus. J'ai travaillé à Fleury-Mérogis, ils ont un surveillant pour 90 détenus. Ici, il y aura toujours un contact entre le détenu et le surveillant. 

Le mobilier a été doublé dans la moitié des cellules, pour accueillir un deuxième détenu si nécessaire.
Le mobilier a été doublé dans la moitié des cellules, pour accueillir un deuxième détenu si nécessaire. Crédits : Guillemette Franquet - Radio France

La crainte de la surpopulation 

Les 807 détenus ne sont pas encore arrivés mais déjà, la cheffe d'établissement, Christelle Rotach, a dû prévoir de quoi en accueillir près de 1 200 :  

On a anticipé un sureffectif dans l'établissement et on a doublé un certain nombres de cellules simples en installant du mobilier en plus et des lits superposés. 

Ce qui inquiète le responsable du service psychiatrique du centre pénitentiaire, Cyrille Canetti. Le psychiatre, qui exerce depuis 1996 en milieu pénitentiaire, souligne les dégâts d'une cohabitation forcée dans une cellule sur les détenus, du manque d'intimité et de sérénité. Une inquiétude partagée par le chef du pôle enquête de l'Observatoire International des Prisons en France, François Bes, qui déplore que la loi sur l'encellulement individuel de 1875 ne soit pas appliquée.

 Un des couloirs réhabilités photographié en juillet 2018
Un des couloirs réhabilités photographié en juillet 2018 Crédits : Jean Nicholas Guillo / Le Parisien - Maxppp

La prison de la Santé sera remplie à 100% de sa capacité dans le courant du printemps, en attendant que les désencombrements des autres maisons d'arrêt n'obligent les cohabitations dans les cellules. 

La Cour d'honneur.
La Cour d'honneur. Crédits : Mathilde Lemaire - Radio France

Aujourd'hui, les prisons françaises comptent 60 000 places pour 71 000 détenus. Ils sont 1 600 à dormir sur un matelas au sol.

Crédits : Visactu
Crédits : Paul Defosseux, Jean Michel Cornu - AFP
L'équipe
Journaliste
Avec la collaboration de
À venir dans ... secondes ...par......