LE DIRECT
"Welcome to Arabia", bienvenue en Arabie Saoudite : le royaume wahhabite veut s'ouvrir aux investisseurs étrangers

La ruée des entreprises françaises en Arabie saoudite

4 min
À retrouver dans l'émission

Pour la première fois depuis cinq ans, une importante délégation d’entreprises françaises s’est rendue en Arabie saoudite du 26 au 29 janvier dernier. Malgré une image ternie par l’affaire Khashoggi, le royaume wahhabite reste attractif pour les affaires.

"Welcome to Arabia", bienvenue en Arabie Saoudite : le royaume wahhabite veut s'ouvrir aux investisseurs étrangers
"Welcome to Arabia", bienvenue en Arabie Saoudite : le royaume wahhabite veut s'ouvrir aux investisseurs étrangers Crédits : Christian Chesnot - Radio France

Une délégation du Medef International comprenant 70 sociétés a fait le voyage pour Riyad fin janvier 2020, attirée par le plan de diversification économique, Vision 2030, du prince héritier Mohamed Ben Salman, dit "MBS". 

Alors que les portes du marché iranien se sont refermées à cause des sanctions américaines, l’Arabie saoudite, première économie du Moyen-Orient, apparaît comme un eldorado pour les hommes d’affaires étrangers. 

L’objectif des autorités est de sortir le pays du tout pétrole (près de 80 % des recettes d’exportation) et d’investir dans de nouveaux secteurs, comme le tourisme, les énergies renouvelables, les services ou encore l’industrie des loisirs.

Les projets se multiplient

Dans cette modernisation autoritaire décrétée par le palais, les projets se multiplient partout dans le royaume. Une ville du futur, baptisée "Neom", doit sortir des sables sur les côtes de la mer Rouge, ainsi que des stations balnéaires pour attirer des touristes ou encore un parc éolien de 400 mégawatts.

"Notre but, explique Adel al-Jubair, le patron de la diplomatie saoudienne, devant la délégation d’hommes d’affaires français, est d’améliorer le bien-être de notre population." Chaque année, 300 000 jeunes diplômés arrivent sur le marché du travail. Le vrai défi pour MBS.

Adel Al-Jubair (au centre), le ministre saoudien des Affaires étrangères, reçoit la déléguation du MEDEF international à Ryad.
Adel Al-Jubair (au centre), le ministre saoudien des Affaires étrangères, reçoit la déléguation du MEDEF international à Ryad. Crédits : Christian Chesnot - Radio France

Inspirées par le modèle de Dubaï, les réformes saoudiennes visent à dynamiser l’économie en faisant appel aux investisseurs étrangers et aux entreprises internationales. A la clé, des centaines de milliards de dollars !

Pas question pour les sociétés françaises de rater le coche. Elles aussi veulent leur part du gâteau, alors que la concurrence des Occidentaux, mais aussi des Chinois, des Russes et des Japonais, bat son plein.

"Tout le monde est là, constate Frédéric Sanchez, président du Medef International. On ne nous attend pas."

Cette transformation de l’Arabie saoudite correspond aussi à nos forces en France, que ce soit dans le domaine du luxe, de l’hôtellerie, du tourisme ou encore dans l’entertainment. Nous avons des leaders mondiaux dans tous ces secteurs.

L’Arabie saoudite s’ouvre aux PME

Longtemps réservé aux grands groupes, le marché saoudien s’ouvre aujourd’hui aux PME, comme le prouve leur importance dans la délégation française. "Ce qui compte aujourd’hui, poursuit Frédéric Sanchez, c’est la créativité et l’idée. Vous gagnez un projet si vous êtes différents des autres, si vous êtes disruptif. Et les PME françaises le sont !"

Shark Robotics, une PME de 30 salariés basée à la Rochelle, espère bien décrocher des affaires dans le royaume. Elle conçoit et fabrique des robots utilisés par la sécurité civile, l’armée ou encore les industriels. Son robot "Colossus" est intervenu dix heures durant dans l’incendie de Notre-Dame de Paris.

Cyril Kabbara, le co-fondateur de la societé Shark Robotics : "Sur place, on constate que les Saoudiens veulent vraiment faciliter le business."
Cyril Kabbara, le co-fondateur de la societé Shark Robotics : "Sur place, on constate que les Saoudiens veulent vraiment faciliter le business." Crédits : Christian Chesnot - Radio France

"L’Arabie saoudite est un pays qui s’ouvre et qui s’intéresse aux nouvelles technologies, assure Cyril Kabbara, cofondateur de Shark Robotics. Il y a énormément de besoins. Nous sommes à la recherche de partenaires locaux. Sur place, on constate que les Saoudiens veulent vraiment faciliter le business."

Dans un royaume en pleine transformation, les entreprises françaises sont déjà à pied d’œuvre. A Riyad, RATPDev installe pour le compte de la Saudi Public Transport Company (Saptco) 80 lignes de bus. Six lignes de métro sont aussi en construction.

3 000 chauffeurs de bus

La capitale saoudienne est la seule au monde à ne pas disposer de transports publics. "Les bus à Riyad se sont arrêtés dans les années 1980, précise Victor Francisco, de RATPDev. Du transport informel a pris la relève ensuite. Le gouvernement saoudien a décidé de moderniser la métropole qui compte 7 millions d’habitants. A terme, l’objectif est de transporter 100 millions de voyageurs par an."

Quelques-uns des 3000 bus qui vont silloner Ryad.
Quelques-uns des 3000 bus qui vont silloner Ryad. Crédits : Christian Chesnot - Radio France

3 000 chauffeurs ont été recrutés pour opérer les lignes. Pour démarrer, trois dépôts de bus ont été créés. Celui de Badi’a, dans le sud-ouest de Riyad, que nous avons pu visiter, est fin prêt. Dans les rues de la capitale, des abribus poussent un peu partout. Compte tenu de la chaleur suffocante pendant plusieurs mois – la température dépassant les 50°C à l’ombre – ils sont bien évidemment climatisés comme les autobus.

Les transports en commun sont aussi un défi culturel pour les Saoudiens, habitués à leur voiture individuelle. Le prix du ticket, fixé à 5 riyals (un peu plus de 1 euro), se veut attractif. "Avec les jeunes, ça va être plus facile, explique Victor Francisco. Plus de 50 % de la population a moins de 30 ans. Ils ont l’habitude de voyager."

Objectif G20

Avec le G20, qui aura lieu en novembre prochain à Riyad, les chantiers sont conduits à marche forcée. On reverdit les grandes avenues en plantant des palmiers. On accélère la réfection des routes. 

La ligne du futur métro suspendu de Ryad qui reliera l'aéroport de la capitale au nouveau quartier des affaires.
La ligne du futur métro suspendu de Ryad qui reliera l'aéroport de la capitale au nouveau quartier des affaires. Crédits : Christian Chesnot - Radio France

Le prince héritier, Mohamed Ben Salman, veut notamment que la ligne de métro qui reliera en vingt minutes l’aéroport de Riyad au King Abdallah Financial District (KAFD), méga quartier d’affaires où auront lieu des réunions pour le G20, fonctionne pour l’arrivée des chefs d’État et de gouvernement.

L’objectif de MBS est de montrer au monde une nouvelle Arabie, nouveau hub économique régional, et faire oublier l’affaire Khashoggi, qui a terni l’image du royaume.

L'équipe
Journaliste
Avec la collaboration de

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......