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Matteo Salvini, chef du parti Lega, arrive sur scène pour un rassemblement de la coalition de centre droit. Florence, le 18 sept 2020. L'ex ministre de l'Intérieur espère reconquérir son leadership, à l’occasion du premier test électoral post-Covid.

La Toscane, fief imprenable de la gauche italienne, dans le viseur de la Ligue de Matteo Salvini

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7 régions italiennes sur 20 renouvellent leurs présidents et conseillers pour cinq ans. Plusieurs pourraient basculer à droite. Mais la Toscane est l’enjeu principal de ces élections. Depuis la création des régions en 1970, elle a toujours été gouvernée par la gauche.

Matteo Salvini, chef du parti Lega, arrive sur scène pour un rassemblement de la coalition de centre droit. Florence, le 18 sept 2020. L'ex ministre de l'Intérieur espère reconquérir son leadership, à l’occasion du premier test électoral post-Covid.
Matteo Salvini, chef du parti Lega, arrive sur scène pour un rassemblement de la coalition de centre droit. Florence, le 18 sept 2020. L'ex ministre de l'Intérieur espère reconquérir son leadership, à l’occasion du premier test électoral post-Covid. Crédits : Carlo Bressan - AFP

Cascina, dans la banlieue de Pise, est une ville de 45 000 habitants. C’est la ville de Susanna Ceccardi, la candidate de la Ligue à la présidence de la Toscane. Il y a quatre ans, à 29 ans, elle triomphait avec ce que la presse a baptisé "la prise de Cascina", la première ville de cette importance à basculer à l'extrême droite en Toscane. Ce fut une claque pour le Parti démocrate, se souvient l'actuel candidat démocrate à la mairie de Cascina, Michelangelo Betti :

Ça a été un peu foudroyant… mais la défaite s’est joué à une centaine de voix…

Michelangelo Betti, le candidat du Parti démocrate à la mairie de Cascina
Michelangelo Betti, le candidat du Parti démocrate à la mairie de Cascina Crédits : Bruce de Galzain - Radio France

Devant un café, Michelangelo Betti évoque un mauvais concours de circonstances à l'époque. Sauf qu'après Pise puis Sienne ont basculé à l'extrême droite ; mais Florence et Livourne sont restés à gauche. 

Aujourd'hui, le candidat démocrate a rassemblé plusieurs listes de gauche et joue la carte de la société civile :

Nous avons beaucoup de jeunes sur nos listes. Sur celle du Parti démocrate, plus de la moitié des candidats ne sont pas inscrits au Parti. On a cherché des gens engagés dans les associations, des syndicalistes, des habitants des différents quartiers, de manière à refléter la réalité de la population de Cascina.  

"La liste est davantage le miroir de la population que du Parti !"

Se démarquer du Parti mais s'en servir aussi, c'est ce que fait le candidat de la coalition de droite Leonardo Cosentini. Il voudrait succéder à Susanna Ceccardi, qui en plus de briguer la région est déjà la députée européenne la mieux élue de la Ligue après Matteo Salvini. Mais la Ligue a choisi un candidat modéré pour garder sa prise de guerre, Leonardo Cosentini a sa carte depuis 2 ans seulement :

Je n’aime pas les polémiques, les attaques personnels. Je préfère me concentrer sur les problèmes et chercher à les résoudre en écoutant tout le monde et même mes adversaires car ils peuvent avoir de bonnes idées. J’ai fait campagne en me concentrant uniquement sur les problèmes de ma ville. Mais c’est vrai que Cascina est aussi un symbole : d’un côté le symbole de la reconquête pour ceux qui l’ont mal dirigé selon moi depuis 70 ans et pour nous, c'est le symbole de la bonne gouvernance. Et ce n’est que maintenant à la fin de la campagne que sont venus les figures nationales de la Ligue et des autres partis.

Leonardo Cosentini, candidat de la Ligue à la mairie de Cascina devant la Pieve dei Santi Ippolito e Cassiano
Leonardo Cosentini, candidat de la Ligue à la mairie de Cascina devant la Pieve dei Santi Ippolito e Cassiano Crédits : Bruce de Galzain - Radio France

Car la bataille se joue au niveau régional là aussi, entre les têtes de liste de la Ligue et du Parti démocrate : entre la jeune Susanna Ceccardi, 33 ans, et le démocrate Eugénio Giani, 60 ans, un apparatchik du Parti. Cette différence d'âge reflète aussi l'état inquiétant du Parti démocrate selon le politologue Yves Meny, ancien président de la Grande Ecole Santa'Anna de Pise :

Le Parti a vieilli ! Et cela se voit de manière flagrante lors des quelques manifestations qui ont lieu, les militants sont sexagénaires ou septuagénaires. Il y a une espèce de sclérose, de perte de vitalité. Je pense qu'il y a effectivement un manque de renouvellement du personnel politique. Le candidat actuel à la région était un ancien conseiller municipal, un ancien adjoint de la mairie de Florence. Mais on ne peut pas dire que Giani représente la jeunesse qui monte ! C'est un vieux de la vieille qui a passé toute sa vie à faire de la politique. Je crois qu'il représente malgré tout le passé, quoi qu'il dise et quoi qu'il fasse.

La "lionne" de la Ligue à l'assaut de la Toscane

A l'inverse, Susanna Ceccardi surnommée la Lionne par Matteo Salvini, fait une ascension fulgurante et a tenté d'adoucir son image. Le patron de la Ligue a tiré les leçons de la défaite en Emilie-Romagne et a laissé bien plus d'autonomie à sa candidate. Les thèmes clivants comme l'immigration ou l'Europe n'ont pas été abordés. Même les Sardines ont eu du mal à mobiliser contre la Ligue comme elles avaient réussi à le faire en Emilie-Romagne, explique Luigi Sofia, le porte-parole des Sardines de Pise :

Luigi Sofia, porte-parole des "sardines" de la province de Pise
Luigi Sofia, porte-parole des "sardines" de la province de Pise Crédits : Bruce de Galzain - Radio France

C'est plus dur de faire venir les gens à nos manifestations à cause de la Covid mais aussi du manque d'intérêt politique ; les gens ne sont pas intéressés par le débat politique qui est toujours plus vide, sans contenu ! Nous, Les Sardines, depuis le début, nous demandons aux partis de gouvernement le Mouvement 5 étoiles, la gauche et le Parti démocrate de courir ensemble contre la Ligue : on n'a pas été écouté !  Le Parti démocrate ne s'est pas renouvelé alors que la Ligue tente de faire passer un message de renouveau même si on sait que leurs idées sont très vieilles.

Contrairement à la gauche, c'est une coalition de droite unie qui s'est présentée en Toscane et tous les leaders nationaux, Matteo Salvini pour la Ligue, Giorgia Meloni pour Fratelli d'Italia et même Silvio Berlusconi par téléphone, ont clôturé la campagne à Florence, et pas ailleurs !

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