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La Mérigotte, ou la Villa Bloch comme l'appellent les Poitevins, tout juste rénovée par la ville de Poitiers.

La villa Bloch à Poitiers : résidence de création et de résistance

4 min

Figure intellectuelle incontournable de l'entre-deux-guerres, ami de Romain Rolland, Stefan Zweig ou Louis Aragon, fondateur du journal Ce soir, pilier de la revue Europe, militant communiste, l'écrivain Jean-Richard Bloch a paradoxalement disparu de l'histoire. La ville de Poitiers le réhabilite.

La Mérigotte, ou la Villa Bloch comme l'appellent les Poitevins, tout juste rénovée par la ville de Poitiers.
La Mérigotte, ou la Villa Bloch comme l'appellent les Poitevins, tout juste rénovée par la ville de Poitiers. Crédits : Cécile de Kervasdoué - Radio France

Rachetée par la ville de Poitiers en 2005, la Villa Bloch, rue de la Mérigotte, vient d'être rénovée grâce à une enveloppe de 400 000 euros débloquée par la commune, le département et l'Etat. Depuis le début du mois de janvier, la maison et sa conciergerie servent de lieu de résidence pour des artistes de la région mais aussi des artistes étrangers en danger.

Nous avons mis du temps à mettre en place un projet à la hauteur du destin de cette maison. Nous ne voulions pas en faire un musée mais quelque chose de vivant, parce que du temps de Jean-Richard Bloch, cette demeure était une maison ouverte à la culture autant qu'un refuge pour tous les artistes opprimés. Elle a accueilli, pendant l'entre-deux-guerres, tout le gratin intellectuel français et offert un toit à des réfugiés espagnols ou allemands.      
Alain Claeys, maire PS de Poitiers.

Une résidence de résistance

Depuis 2018, Poitiers, qui consacre 20 % de son budget à la culture, est la deuxième ville de France à rejoindre le réseau Icorn qui rassemble 72 villes du monde dans le but de sauver des artistes en danger. A la Villa Bloch, à la mi janvier, le poète iranien Mohammad Bam est venu s'installer pour deux ans maximum avec sa femme et ses deux enfants. 

Mohammad Bam, poète iranien de 29 ans poursuivi dans son pays pour insulte, blasphème et trahison a trouvé refuge à la Villa Bloch
Mohammad Bam, poète iranien de 29 ans poursuivi dans son pays pour insulte, blasphème et trahison a trouvé refuge à la Villa Bloch Crédits : Cécile de Kervasdoué - Radio France

Emprisonné deux fois dans son pays à cause de ses poèmes, qu'il diffuse sur les réseaux sociaux, Mohammad Bam ne pouvait plus rester en Iran. Après avoir transité par la Turquie, il a rejoint Poitiers où il compte poursuivre son travail de création grâce à la bourse de 1 500 à 2 000 euros par mois allouée par la ville de Poitiers aux artistes en résidence à la Villa Bloch.

Dans mon écriture, je suis toujours indirect. Si j'écris sur l'amour par exemple, il y aura toujours un écho par rapport à la société : je vais glisser vers les droits de la femme puis vers les droits du travailleur. Pour moi, la poésie ne doit pas rester sous couverture, c'est un acte résurrectionnel. Il doit doit éveiller les consciences et provoquer un mouvement pour faire bouger les lignes ; et comme disait Foucault, cela doit commencer chez les plus pauvres.      
Le poète iranien Mohammad Bam, en résidence à la Villa Bloch.

Réhabiliter un écrivain oublié

Seule la bibliothèque, bureau de Jean-Richard Bloch, a été conservée en l'état. Elle servira de témoignage pour le public lors des visites afin de rappeler l'importance de cet écrivain oublié.

C'est aussi un témoignage du destin de toute une famille. Ce qu'il y a de formidable, c'est que malgré l'occupation nazie de la maison, le bureau a été conservé en l'état. L'officier autrichien qui y séjournait avait mis la pièce sous scellés pour empêcher quiconque d'y entrer. Quand Jean-Richard Bloch est revenu chez lui, il a appris la mort de sa fille, de sa mère, de son gendre, de son neveu mais il a retrouvé son bureau intact.      
Hélène Ambès, directrice générale de la culture à la ville de Poitiers.

Jean Richard Bloch avec sa femme Marguerite Maurois dans son bureau de la Mérigotte
Jean Richard Bloch avec sa femme Marguerite Maurois dans son bureau de la Mérigotte Crédits : Cécile de Kervasdoué - Radio France

A sa mort en mars 1947, il laisse ainsi plus de 10 000 documents (lettres et ouvrages d'écrivains illustres, photographies, dessins, disques, peintures et objets d'arts issus de ses multiples voyages) qui constituent aujourd'hui le fond Jean-Richard Bloch à la médiathèque de Poitiers.

La bibliothèque de jean Richard Bloch telle qu'elle était de son vivant
La bibliothèque de jean Richard Bloch telle qu'elle était de son vivant Crédits : Cécile de Kervasdoué - Radio France

Paradoxalement, cet auteur prolifique et touche-à-tout, intellectuel majeur de l'entre-deux-guerres, proche des plus grands artistes et penseurs de l'époque, demeure aujourd'hui encore inconnu par rapport à ses contemporains.

Certains de ses détracteurs reprochent à ses écrits d'être "datés" ou à l'inverse trop "avant-gardistes". C'est le cas par exemple de sa pièce "Naissance d'une cité", jouée à guichets fermés au Vel d'Hiv à Paris en 1937. Cet opéra qui mêlait la plume de Jean-Richard Bloch, des artistes de cirque, des gymnastes, des comédiens engagés, la musique de Darius Milhaud et Arthur Honneguer et les décors de Fernand Léger connut un succès retentissant, réunissant en quelques mois pas moins de 50 000 spectateurs.

Exposition consacrée aux écrits de Jean Richard Bloch à la mairie de Poitiers
Exposition consacrée aux écrits de Jean Richard Bloch à la mairie de Poitiers Crédits : Cécile de Kervasdoué - Radio France

La cause de la disparition de Jean Richard Bloch de l'histoire artistique française tient donc plus à l'engagement politique de cet intellectuel, qu'à ses qualités artistiques intrinsèques

Un écrivain stalinien

Militant socialiste, antifasciste, pacifiste malgré son engagement dans la Grande Guerre et ensuite auprès des républicains espagnols, Jean-Richard Bloch se qualifiait lui même de propagandiste. Il oscillera entre la SFIO et le PCF, entre le socialisme et le communisme, mais restera toute sa vie fidèle à l'URSS.

Estampillé "écrivain communiste", il participe en 1934 au premier Congrès des écrivains soviétiques, notamment aux côtés d'André Malraux. En avril 1941, poursuivi par la police du régime de Vichy, il fuit en URSS et devient une voix de Radio Moscou, dénonçant la collaboration, louant la résistance et les victoires soviétiques.

Dans le jardin de la Villa Bloch
Dans le jardin de la Villa Bloch Crédits : Cécile de Kervasdoué - Radio France

Rentré en France, il donnera peu avant sa mort une conférence pour l'association France-URSS dans laquelle il se livre à une hagiographie de Staline. Ce texte, publié en 1949 sous le titre "l'Homme du communisme", avec en couverture un portrait du dirigeant soviétique, le catalogue à jamais comme écrivain stalinien... Faisant ainsi tomber dans l'oubli l'intégralité de ses œuvres précédentes.

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