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A Sottevast, près de Cherbourg, les Maîtres laitiers du Cotentin peinent à recruter à tout niveau de diplôme

Le Cotentin, un territoire en manque de main-d'oeuvre

4 min
À retrouver dans l'émission

Certains secteurs manquent plus que d’autres de main-d’oeuvre. C’est vrai aussi de certains départements. Dans le Cotentin, au Nord de la Manche, 5 000 postes sont à pourvoir. Alors la communauté d’Agglomération du Cotentin a lancé une campagne de communication nationale.

A Sottevast, près de Cherbourg, les Maîtres laitiers du Cotentin peinent à recruter à tout niveau de diplôme
A Sottevast, près de Cherbourg, les Maîtres laitiers du Cotentin peinent à recruter à tout niveau de diplôme Crédits : Catherine Petillon - Radio France

Dans son équipe, Marjorie Blesteau, cadre de production aux Maîtres laitiers du Cotentin a plusieurs postes à pourvoir.  "On a un peu de mal à trouver, surtout en ce moment dans la région où on a une forte demande d'emploi un peu dans tous les secteurs", explique-t-elle. La coopérative agricole produit yahourts et fromages frais à quelques km de Cherbourg.  Et aujourd’hui elle peine à recruter aussi bien des diplômés, techniciens de maintenance, électromécaniciens, chefs d’équipes, que des professionnels moins qualifiés. Même si désormais elle mise aussi sur les reconversion. "Nous acceptons en conducteurs de machines des personnes qui n'ont pas forcément un diplôme de conducteur de machines, souligne Yannick Hébert, le DRH. On est capable de prendre des personnes qui ont été coiffeuse quand on était dans la grande distribution ou autre. On les forme à devenir conducteur de machines. Ce n'est pas une difficulté, mais il faut encore qu'il y ait sur notre bassin des personnes susceptibles d'intégrer les postes sous cette configuration."

Or les candidats manquent. Inéquation entre l’offre et la demande, formations délaissées, métiers peu attractifs : si ces problématiques nationales sont particulièrement visibles dans le Cotentin, c’est en raison de sa bonne santé économique. Le chômage y est résiduel, 6%. Notamment depuis que de grosses entreprises comme EDF, Orano, Naval Group ou LM Winds, ont lancé d’importants projets... C'est à elles que Sébastien Cuquemelle, président du groupe Probent vend ses produits. Son entreprise est spécialisée dans les pièces de chaudronnerie et de tuyauterie industrielle. 

Concurrence pour recruter

Mais ces donneurs d’ordre qui lui permettent d’avoir une activité soutenue, ce  sont aussi ses concurrents au moment de recruter dessinateurs, soudeurs ou chaudronniers. 

Aujourd'hui, ce sont des perles rares parce que les formations ont été un peu délaissées. Et  on a beaucoup de difficulté à recruter des personnes compétentes dans ce domaine. Nous avons aussi beaucoup de concurrents sur le bassin. On a tous les mêmes besoins au même moment pour finir l'EPR, faire de nouvelles installations sur le site de la Hague, ou y assurer la maintenance Et là, on a la partie Naval Group avec la nouvelle construction des sous -marins. L'idée, c'est vraiment d'essayer de trouver des ressources hors Normandie.

Sébastien Cuquemelle estime qu'il pourrait faire 10 % de chiffres d'affaires en plus s'il pouvait embaucher comme il le souhaite. 

L'entreprise Probent recherche en chaudronnier. En deux ans elle n'a eu que quelques candidatures, et de très débutants
L'entreprise Probent recherche en chaudronnier. En deux ans elle n'a eu que quelques candidatures, et de très débutants Crédits : Catherine Petillon - Radio France

En attendant ce manque de main- d'œuvre dans l’industrie a un effet domino sur les autres secteurs. Particulièrement le médico-social déjà en grande tension "Récemment, on a du personnel - pourtant, avec une certaine ancienneté dans notre activité-  des agents de service dans l'aide directe à la personne, qui ont été recrutés dans le cadre de la fabrication de pales d'éoliennes",déplore Guillaume Bernard, directeur de la Résidence René Schmitt, un Ephad de Cherbourg.

Là-bas, pas de travail le soir ou le week-end end comme en Ephad. Répartie sur plus de personnel, le soin quotidien au personne âgées serait moins difficile, mais Guillaume Bernard n’a ni les candidats, ni vraiment les moyens. 

Quel que soit le secteur, c’est pour les petites structures que c’est le plus difficile de recruter, estime Sylvie le Berrigaud , de la Maison de l’emploi et de la formation du Cotentin. "Elles ne font pas toujours le poids. Car à la différence des grands donneurs d'ordre, elles ne proposent pas pas l'intéressement ou la participation par exemple". Elle accompagne les TPE au quotidien et travaille avec elles sur ces aspects du recrutement.

Je leur demande ce qui ferait qu'un salarié irait plus chez elle que chez leur concurrent. Parce qu'il ne faut pas rêver, elles se les piquent. Je vois de plus en plus souvent proposés des aménagements d'horaires, le semaine de quatre jours, des heures supplémentaires majorées, il y a de plus en plus de toutes petites qui mettent en place de l'intéressement, ce qui n'est pas négligeable non plus parce qu'il faut avoir de la trésorerie derrière. C'est vrai que celles qui travaillent sur leur marque employeur en fait l'attractivité de l'entreprise. C'est là aujourd'hui qu'elles peuvent tirer leurépingle du jeu.

A cette liste d’arguments pour convaincre, de nombreux employeurs ajoutent désormais le cadre de vie agréable. Ils espèrent profiter de l’effet conjugué de la campagne de marketing territorial  lancé par les collectivités locales et du regain d'intérêt pour les villes moyennes depuis le Covid.  

"Réintroduire les salariés en milieu naturel", c'est le slogan de la campagne de communication lancée par le Cotentin
"Réintroduire les salariés en milieu naturel", c'est le slogan de la campagne de communication lancée par le Cotentin Crédits : Catherine Petillon - Radio France

Pour Guillaume Bernard, il faut même réfléchir à faire venir les gens de plus loin que la région voisine .

On a toujours eu besoin d'importer de la main d'œuvre qualifiée. On a eu des arrivées massives d'infirmiers et de médecins de l'Union européenne. Ça nous a permis de tenir. On est sur un marché territorial qui est extrêmement tendu. On peut effectivement l'élargir au niveau national.  Sur des personnes qualifiées et compétentes. Il ne faut pas s'interdire de regarder de l'autre côté des frontières.

Refonte des formations, requalification des métiers, améliorations des conditions de travail et des salaires; à ces questions posées par le manque de main-d’œuvre, les réponses ne pourront pas être uniquement locales.

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