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Certains partis n'arrivent pas à obtenir d'emprunt bancaire pour financer la campagne des européennes et ont recours à des dons ou des prêts de leurs sympathisants.

Le difficile financement de la campagne européenne

4 min
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Difficile de boucler son budget de campagne. C'est le constat de plusieurs partis politiques, obligés de jeter l'éponge comme le NPA, ou d'en appeler à la générosité de leurs sympathisants, comme La France Insoumise ou le Rassemblement national, car les banques rechignent à leur prêter de l'argent.

Certains partis n'arrivent pas à obtenir d'emprunt bancaire pour financer la campagne des européennes et ont recours à des dons ou des prêts de leurs sympathisants.
Certains partis n'arrivent pas à obtenir d'emprunt bancaire pour financer la campagne des européennes et ont recours à des dons ou des prêts de leurs sympathisants. Crédits : Frederick Florin - AFP

A deux mois des élections européennes, plusieurs partis peinent à boucler leur budget de campagne. La raison ? Les banques qui rechignent davantage à prêter aux partis politiques. Ou plutôt à certains partis politiques, comme l'explique Maître Jean-Christophe Ménard, avocat spécialisé en financement de campagnes électorales : "En Marche, le PS et LR perçoivent chaque année une dotation publique de plusieurs millions d'euros, qui leur permettra éventuellement de rembourser l'emprunt. D'où cette facilité pour ces formations à obtenir un prêt de la part des banques", explique-t-il. 

Des législatives déterminantes

Sur les 66 millions d'euros distribués par l'Etat en 2018, 22 sont allés à La République En Marche, 12 aux Républicains. Alors au moment de rencontrer les banquiers, les partis ayant eu moins de réussite aux législatives manquent de garanties financières. 

C'est pourquoi Génération-s, le parti de Benoît Hamon, demande à ses adhérents de se porter garant en cas de défaillance, si le parti n'atteint pas 3% des suffrages, le seuil pour que l'Etat rembourse les dépenses de campagne. Bastien Recher, le trésorier de Génération-s affirme avoir eu "des refus de banques qui expliquent qu'elles ne prêtent plus à des partis politiques en général. Et notre banque nous a dit baser son engagement et ses prêts sur les sondages. Elle nous a demandé sept sondages à 7%, c'est du doigt mouillé". 

Mais il n'y a pas que les partis sans députés qui trouvent porte close. Ainsi le Rassemblement National n'obtient pas plus d'écoute de la part des banques selon son trésorier, Wallerand de Saint Just, qui dit avoir "envoyé 15 lettres, pour deux réponses négatives. On ne nous a jamais dit 'voilà les critères que vous devez remplir'. J'ai été reçu une fois par un être humain, j'ai été reçu une minute et demi"

Emprunts aux sympathisants pour le RN et LFI

Alors pour pallier le manque de liquidités, le RN organise un "emprunt patriotique" : il emprunte de l'argent à ses militants, avant de les rembourser avec 5% d'intérêt. Une démarche faite à regret par Wallerand de Saint Just, car "compliquée à mettre en place, ça demande une gestion précise car on ne veut pas commettre d'erreur. Or nous ne sommes pas des banquiers. Et puis c'est moins sûr qu'un prêt bancaire"

La France Insoumise a aussi engagé ce processus. Le Nouveau Parti Anticapitaliste de Philippe Poutou a lui déjà jeté l'éponge. Selon le NPA, les dépenses officielles et obligatoires, à savoir pour les bulletins de vote et les professions de foi, entre autres, s'élèvent à 800 000 euros. Impossible à assumer pour un parti comme le NPA selon son trésorier Pierre Baton : "Chez nous, les gens cotisent en moyenne entre 20 et 25 euros par mois, parce qu'ils sont précaires ou ouvriers. On a les revenus qui correspondent au milieu social de nos militants. Que ce soit "Nuit Debout" ou les "gilets jaune"s, aucun n'aura jamais assez d'argent pour aller sur le terrain électoral. J'aimerais que les urnes ressemblent parfois à la rue", détaille-t-il. 

Un scrutin incertain, une méfiance du politique

Mais pourquoi tant de méfiance des banques ? Parce qu'il y a trop de risques selon elles : le scrutin est incertain, depuis la recomposition politique amorcée par l'élection présidentielle. Pour Maître Jean-Christophe Ménard, il s'agit aussi d'un manque de confiance envers le monde politique après l'affaire Bygmalion notamment. Depuis 2009, les directives européennes anti-blanchiment se durcissent. Les banques doivent désormais vérifier l'origine des fonds des candidats ou des partis qui leur empruntent de l'argent, sous peine d'engager leur responsabilité. 

Pour faire face au problème, l'éphémère ministre de la justice François Bayrou avait lancé l'idée d'une banque de la démocratie, pour faciliter ces prêts. Finalement, seul un médiateur du crédit a été nommé, sans pouvoir contraignant vis à vis des banques privées.

Intervenants
  • avocat, trésorier national du Rassemblement National
  • Avocat, enseignant à Sciences Po et ancien rapporteur (2008-2012) de la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP).
L'équipe
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