LE DIRECT
La une du mensuel Lyonnais, en septembre 2018.

Le difficile retour à Lyon de Gérard Collomb

4 min
À retrouver dans l'émission

Une semaine après le retour de Gérard Collomb sur ses terres lyonnaises, la cartographie politique locale est plus que jamais incertaine.

La une du mensuel Lyonnais, en septembre 2018.
La une du mensuel Lyonnais, en septembre 2018. Crédits : Alexandra du Boucheron - Radio France

Entre démobilisation des anciens alliés et projets de nouvelles alliances, l’avenir du « baron » n’est pas aussi assuré qu’il semblait l’espérer en partant à Paris pour prendre la tête du ministère de l’Intérieur un an plus tôt. C’est la raison pour laquelle il a précipité son retour, même si ses proches assurent que tout est en marche pour 2020.

Marathon médiatique, bains de foule… en rentrant sur ses terres lyonnaises la semaine dernière, Gérard Collomb a immédiatement marqué son territoire. Fouziya Bouzerda, la vice-présidente LREM de la métropole en charge de l'économie était à ses côtés la semaine dernière lors de la soirée "Tapis rouge" au coeur de Lyon. "On a progressé d'un centimètre par dizaine de minutes, se réjouit-elle, évoquant une "liesse", de nombreux "selfies" et messages de "bienvenue" des visiteurs lors de cette traditionnelle déambulation nocturne dans une rue commerçante du 2e arrondissement : "On a senti que les Lyonnais étaient fiers qu'il soit revenu dans la ville". Depuis, c'est le silence radio. Gérard Collomb n'a pas souhaité répondre à nos questions. Il est au travail, indique son entourage. En ligne de mire : les élections municipales et métropolitaines de 2020. 

Le patriarche du macronisme, déjà élu à trois reprises à Lyon, a précisé jeudi dernier qu'il ne se présenterait pas sous l'étiquette La République en marche, afin de rassembler "très large", ce qu'il faisait déjà lorsqu'il était au Parti socialiste. Cet été, le septuagénaire a lancé son association électorale, "Prendre un temps d'avance". Elle est ouverte aux élus de la majorité locale et de membres de la société civile, afin de "faire émerger une nouvelle génération", avait alors précisé l'ancien ministre. "Je prends le retour de Gérard Collomb comme une bonne nouvelle, assure le député LREM de la 6e circonscription Bruno Bonnell, parce que la marque Collomb, c'est à la politique ce que Bocuse est à la gastronomie. C'est une marque de rassemblement, une marque de référence."

Dans le centre de Lyon
Dans le centre de Lyon Crédits : Alexandra du Boucheron - Radio France

A la Métropole, la majorité a du plomb dans l'aile

Pourtant, quelque chose a bel et bien changé en l'absence du "baron" lyonnais, notamment à la métropole, sa création. Cette collectivité territoriale unique en France est née en 2015 de la fusion des compétences de la communauté urbaine du Grand Lyon (59 communes dont Lyon) et du conseil général sur le territoire du Grand Lyon. En partant à Paris, Gérard Collomb a laissé sa place de président de la Métropole au premier vice-président, un homme de confiance, David Kimelfeld. Si George Képénékian a quitté son fauteuil de maire de Lyon dès l'annonce du retour de Gérard Collomb, David Kimelfeld, lui, devrait rester à son poste jusqu'au scrutin de 2020. 

A en croire le socialiste Jean-Paul Bret, maire de la grande ville de Villeurbanne et vice-président de la Métropole, Gérard Collomb ne veut pas prendre le risque de ne pas être réélu à la Métropole aujourd'hui car "la majorité qui lui a permis d'être élu en 2014, dont je faisais partie, à mon avis n'existe plus", analyse-t-il. "Gérard Collomb s'est autocratisé de plus en plus", selon lui, tandis que David Kimelfeld est arrivé "avec plus de modestie, plus d'humilité, s'ouvrant sur un certain nombre de problématiques que Gérard Collomb avait oubliées ou qui ne l'intéressait peu : tout ce qui relève du social ou de l'attention aux autres".

Par ailleurs, le ralliement du groupe Synergies-Avenir est de moins en moins certain. Une majorité des élus de ces 29 communes rurbaines de l'Ouest et du Nord de la Métropole -centristes, divers-droite, voire sans étiquette- sont "en colère" contre l'ancien président de la Métropole. En 2020, avec le nouveau mode de scrutin (suffrage universel direct), tous ne siègeront plus au conseil métropolitain. Ils se disent ouverts aujourd'hui à d'autres alliances. 

Au centre de la ville que Gérard Collomb a "tenu" pendant plus de seize ans
Au centre de la ville que Gérard Collomb a "tenu" pendant plus de seize ans Crédits : Alexandra du Boucheron - Radio France

David Kimelfeld "pense" à 2020

Quant à David Kimelfelf, mise à part une réunion de travail cette semaine avec son mentor, il continue d'occuper ses fonction de président de la métropole au quotidien et il y prend goût. "Il serait un peu langue de bois  de dire que le président de la Métropole qui souhaite présider cette Métropole jusqu'en 2020, ne pense pas à 2020, confie-t-il. Bien évidemment, il va falloir travailler pour préparer cette échéance-là. C'est le travail que je vais mener. Je vais le mener avec Gérard Collomb et je l'ai souvent dit : la force de notre association est d'avoir des sensibilités différentes." Officiellement donc, tout va bien, même s'il est difficile d'imaginer que Gerard Collomb ne se batte pas pour récupérer sa place dans 2 ans.

Il y a également des signes de lassitude chez d'anciens soutiens de la société civile. Une lettre demandant à Gérard Collomb de ne pas se représenter a récemment circulé dans les milieux économiques. Son auteur serait Jean-Michel Daclin, un ancien adjoint de Gérard Collomb et l'actuel président d'Onlylyon, "le patron du rayonnement international lyonnais en somme, quelqu'un qui pèse" à Lyon et qui a d'importants réseaux, analyse Paul Bacot, professeur émérite de science politique à Sciences Po Lyon. "Ce fut un des piliers de la Collombie pendant longtemps", rappelle le politologue.

La fronde anti-Caroline Collomb 

Enfin, difficile de ne pas entendre cette colère grandissante au sein même de la Fédération LREM du Rhône contre la référente départementale, Caroline Collomb, la femme de Gérard Collomb. En marge d'une réunion d'un comité lyonnais cette semaine, plusieurs marcheurs travaillaient à un projet de lettre ouverte qu'ils comptent envoyer à Christophe Castaner, le délégué général du parti. Pour l'un d'eux, Emmanuel, cette démission de Gérard Collomb et l'annonce de se présenter sans étiquette LREM aux municipales ont été la goutte d'eau, mais les crispations, elles, sont plus anciennes : "Cela a été très difficile pour un certain nombre de comités de faire ce qu'on avait envie de faire à En marche, c'est-à-dire de la politique autrement, une politique plus transversale qui s'appuie sur l'expertise des citoyens et pas de rentrer dans un système dans lequel les comités seraient officialisés, avalisés, dit-il. Ici, on a envie de défendre la politique du gouvernement, pas de défendre un candidat aux municipales, deux ans avant les municipales."

Caroline Collomb ne souhaite pas s'exprimer pour l'instant, pour ne pas "exposer mes filles et ne pas endosser le rôle de bouc émissaire", indique-t-elle simplement. Cette séquence politique ne semble être qu'un début : à Lyon et à la Métropole, les cartes sont bel et bien rebattues. 

Crédits : Alexandra du Boucheron - Radio France
L'équipe
Journaliste
Avec la collaboration de

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......