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Le Palais des Papes, Avignon, 2 octobre 2020

"Le festival, c'est un écosystème"

4 min
À retrouver dans l'émission

C'était une première souhaitée par Roselyne Bachelot dès son arrivée au ministère de la Culture : les États généraux des festivals. Ils viennent de se clôturer à Avignon, ville symbole. Le but : faire le point sur les conséquences économiques désastreuses du Covid mais pas seulement.

Le Palais des Papes, Avignon, 2 octobre 2020
Le Palais des Papes, Avignon, 2 octobre 2020 Crédits : Anne Lamotte - Radio France

Rendre compte des pertes économiques, se réjouir des 5 millions supplémentaires d'aide promis par la ministre mais aussi envisager l'avenir en restant résolument moderne, social et optimiste. Voilà le bilan de ce premiers Etats généraux des festivals. 2 jours et 7 ateliers. Un rassemblement inédit (en présentiel et en ligne) applaudit par les participants qui se rassembleront de nouveau dans 7 mois. 

"C'est la loose, tout l'argent est parti !"

Bien sûr, pendant ces deux jours à Avignon, il a été question d’argent. Dès le premier atelier intitulé Évolution des modèles économiques des festivals. Il a lieu dans la salle de La Fabrica, bien pleine, 250 personnes environ, masquées et inquiètes. Ils sont nombreux à prendre le micro comme Jean-Pierre Blanc, fondateur de plusieurs festivals dont le Festival International de Mode et de Photographie de Hyères : “C’est la loose, après avoir été un des exemples de financement exceptionnel voire exemplaire parce qu’on était financé à 50 % par de l'argent privé, et bien quand tout s'est arrêté et qu'on n'a pas pu faire certains de nos festivals, l’argent est parti !”. Il a perdu gros : “Sur l'année 2020, à peu près entre 500 000 et 600 000 euros”. Et il rappelle au passage qu'en 2006, c'est un jeune créateur belge, Anthony Vaccarello, qui remporte le Grand Prix du jury de son festival, il est aujourd'hui directeur artistique chez Saint Laurent, “notre mission de service public elle est quand même là !”

Le festival, pas qu'une trésorerie

Car un festival, ce n'est pas qu'une trésorerie et ces deux jours d'états généraux étaient là pour le rappeler. "C'est un écosystème” entend-on partout. Au service des artistes, de leur talent, leur création. Et des festivaliers  à qui on doit notamment de "montrer l’exemple". C'est un des messages de l'atelier Le développement durable et les festivals où on va dans le détail, le concret : “Nous, on travaille beaucoup avec du liège, il y en a d'autres qui vont travailler avec du carton” explique notamment Véronique Fermée, responsable développement durable du Festival d'art lyrique d'Aix en Provence - 63 000 spectateurs l'an dernier - soucieuse de ne rien jeter des décors de scène : 

Si on conçoit par exemple des décors avec du polystyrène collé sur des châssis bois, on sait que le châssis bois ne va pas pouvoir être recyclé et revalorisé, donc il faut trouver un process pour que ce petit morceau de polystyrène puisse être retiré. L'année dernière, on avait trois décors qui étaient en fin de vie, donc en destockage. Aucun n’est parti en benne à l’enfouissement. 

Un modèle pour le public et un bon point au regard de Roselyne Bachelot : “Pour moi", assure la ministre de la Culture qui navigue et intervient d'un atelier à l’autre, "la notion de développement durable doit être un des critères de sélection de l'aide publique, non pas sur un mode de punition, mais bien sur un mode d’incitation”. 

Roselyne Bachelot, ministre de la Culture, et Béatrice Macé, directrice des Rencontres Trans Musicales de Rennes, La Fabrica, Avignon, 3 octobre 2020
Roselyne Bachelot, ministre de la Culture, et Béatrice Macé, directrice des Rencontres Trans Musicales de Rennes, La Fabrica, Avignon, 3 octobre 2020 Crédits : Anne Lamotte - Radio France

Inciter également à plus de parité. Là-dessus "la marge de progression est importante" observe, dans un autre atelier au Palais des Papes, Joëlle Forchy, directrice de l'École des médias et du numérique de la Sorbonne, chiffres à l’appui : “pour la musique classique, dans la composition, on trouve seulement 8% de femmes. Pour la direction musicale, seuls six pour cent des chefs d'orchestre sont des femmes. L'objectif est évidemment au cours de la discussion qui va suivre, d'envisager les moyens d'améliorer les choses”. 

Le festival, dernière espace de mixité sociale ?

Le festival est social, le festival est politique, il est précieux et de plus en plus fréquenté par les Français insiste le ministère de la Culture, qui répète qu'un quart du public est âgé de 15 à 24 ans. Il serait même "le dernier espace de mixité" avance Marie Sabot, fondatrice du festival de musique We Love Green à Paris, 80 000 spectateurs l'année dernière et annulé au printemps, à regret : 

Vous trouvez qu’il y a beaucoup de mixité sociale dans la société vous ? Moi, je ne trouve pas ! Je crois qu'on s'en est rendu compte cette année, c’est à dire que si les gens ne se rencontrent pas, ils ne se comprennent plus, et si personne ne se comprend on est les uns contre les autres. On a fait des études sur nos publics, on en a 10 % qui viennent de l'étranger, 25 % qui arrivent de la province et 40 % de la grande couronne, jusqu’à plus de 100 kilomètres de Paris. Le désespoir de cette jeune génération qui va à mon avis bientôt partir en désobéissance civile et artistique… elle est désoeuvrée !  

Pas les et patrons de festivals qui veulent rester optimistes et qui saluent ces deux jours d'échanges, de réflexions et de pistes pour l'avenir. Prochain rendez vous au Festival du Printemps de Bourges si celui ci est maintenu au mois de mai. Ils s’en réjouissent : “Un des drames de notre profession” conclue Jean-Pierre Blanc, "c'est qu'on se voit jamais. Le fait qu'on se voit, c'est hyper important. Ça devrait être une obligation, on devrait tous se voir par secteur au moins une fois par an”.

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