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Un jeune Libanais met le feu à des pneus lors d'une manifestation sur une route principale à Beyrouth, la capitale du Liban, contre les conditions de vie difficiles au milieu de la crise économique et politique actuelle, le 28 juin 2021.

Le Liban bascule dans la crise humanitaire

4 min
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Le 4 août 2020, les deux explosions dans le port de Beyrouth ont fait plus de 200 morts et plongé le pays dans la ruine.

Un jeune Libanais met le feu à des pneus lors d'une manifestation sur une route principale à Beyrouth, la capitale du Liban, contre les conditions de vie difficiles au milieu de la crise économique et politique actuelle, le 28 juin 2021.
Un jeune Libanais met le feu à des pneus lors d'une manifestation sur une route principale à Beyrouth, la capitale du Liban, contre les conditions de vie difficiles au milieu de la crise économique et politique actuelle, le 28 juin 2021. Crédits : Marwan Tahtah - AFP

La Banque mondiale parle d’une des pires crises économique et sociale depuis la fin du XIXe siècle. C’est celle que traverse le Liban depuis 2019 - crise financière, économique et politique. L’État est en faillite. Plus de gouvernement depuis quasiment un an (août 2020). Malgré les pressions internationales, les chefs des partis communautaires qui se partagent le pouvoir depuis la fin de la guerre civile, ne parviennent pas à trouver un accord. Accord pour, enfin, constituer un gouvernement qui lance des réformes contre la corruption et le clientélisme, condition sine qua none fixée par la communauté internationale pour débloquer une aide. Ces dernières semaines, la situation a empiré avec une multiplication des pénuries : essence, médicaments et certains produits alimentaires.

Reportage à Beyrouth, Aurélien Colly

7h du matin dans un quartier populaire de Beyrouth. Devant une station-service qui s’apprête à ouvrir, des dizaines de voitures font déjà la queue. Au volant de sa camionnette de livraison, Mohammed enchaîne café et cigarettes : 

Je me réveille tous les jours vers 4h du matin, je vais à la station-service et je me mets dans la file. Je dors encore une heure ou deux jusqu’à ce qu’on me réveille quand ça ouvre et je remplis autant que je peux, sinon je ne peux pas travailler et je ne ramène pas d’argent à la maison.

Avec trois enfants à charge et une femme qui a perdu son emploi, Mohammed fait désormais des journées de 15 heures, pour un salaire qui perd tous les jours de la valeur, à cause de l’effondrement de la livre libanaise :

Je suis le seul pour soutenir ma famille. Je suis obligé de faire ça, je mets de côté cette souffrance parce que j’ai des enfants. On n’a plus que 3 heures d’électricité par jour, le reste c’est un groupe électrogène mais je ne peux plus payer. Ça ajoute encore de la pression, tout augmente, il faut de l’argent pour l’essence, pour l’électricité, pour les médicaments aussi.

Des automobilistes de scooters attendant devant une station-service à Beyrouth, la capitale du Liban, le 29 juin 2021, lèvent le majeur pour protester contre la hausse du prix du carburant par le ministère de l'Énergie.
Des automobilistes de scooters attendant devant une station-service à Beyrouth, la capitale du Liban, le 29 juin 2021, lèvent le majeur pour protester contre la hausse du prix du carburant par le ministère de l'Énergie. Crédits : JOSEPH Eid - AFP

Les ONG ont pris le rôle du gouvernement

Il y a deux ans Mohamed vivait chichement, mais ne manquait de rien, aujourd’hui ce père de famille parle de "survie" comme une majorité de Libanais aspiré par la précarité. A moins d’un kilomètre, dans le quartier chrétien d’Ashrafieh réputé plus cossu, Stéphanie est bénévole dans une petite ONG :

Quand tu parles avec eux, ils pleurent tout de suite, ils sont tristes, ils ne veulent plus continuer. Je n’arrive plus à trouver les mots pour décrire la situation des gens. Les ONG ont pris le rôle du gouvernement. Comment aider les gens à manger ? C’est juste ça désormais, c’est vraiment triste.

Dans les locaux ce jour-là, il y a George, 70 ans. Cet ancien peintre en bâtiment est venu chercher une carte bancaire que l’ONG distribue désormais à près de 200 familles. 50 dollars par mois et par personne, pour des produits de premières nécessités :

Je ne peux pas acheter à manger. On a oublié ce qu’était la viande. On ne peut pas en acheter parce que c’est devenu trop cher. On ne mange plus que des haricots ou des légumes, avec de l’huile. C’est nous qui soufrons, qui endurons, pas les responsables politiques. Je suis fatigué parce qu’on ne sait pas ce qui nous attend, les prix vont encore monter et on est tous épuisé, déprimé.

Faillite du système bancaire

Une incertitude, une détresse alimentée par l’immobilisme des responsables politiques et par la baisse des subventions sur des produits de base qui échappaient encore à l’inflation : l’essence, les médicaments mais aussi le lait pour bébé, la farine ou l’huile de cuisson. La banque du Liban n’a plus les moyens, résume l’économiste Fouad Helou :

La banque centrale puise dans ses devises pour financer ça et y’a un moment où elle n’en n’a plus parce que le Liban est dans une crise extrêmement forte. Les pouvoirs publics essayent de réduire fortement la voilure des subventions. Vous arrêtez de subventionner les riches et la contrebande qui va principalement vers la Syrie, et vous subventionnez un tiers de la population qui a vraiment besoin de cet argent. Ça coûterait 1 milliard deux cent millions, au lieu de 4 ou 5 milliards parce que sinon vous avez des problèmes sécuritaires et politiques beaucoup plus grave.

Dans l’urgence, le parlement libanais vient de créer une carte de rationnement pour cibler 500 000 familles libanaises. Mais le financement reste flou, tous comme les garanties d’une distribution transparente, dans un Liban qui a glissé de la crise financière à la crise humanitaire.

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