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Bamako, le 9 septembre 2020.

Le Mali à la croisée des chemins

4 min
À retrouver dans l'émission

C’est aujourd’hui que s’ouvrent au Mali les journées de concertation nationale sous l’égide des militaires qui ont renversé le président Ibrahim Boubacar Keïta. Qui conduira la transition et combien de temps durera celle-ci ?

Bamako, le 9 septembre 2020.
Bamako, le 9 septembre 2020. Crédits : Valerie Crova - Radio France

Au Mali, les concertations nationales pour décider qui d'un civil ou d'un militaire mènera la transition et combien de temps celle-ci durera, commencent aujourd'hui à Bamako. Elles sont placées sous l'égide des militaires putschistes qui ont renversé le président IBK le 18 août dernier.

Reportage à Bamako de notre envoyée spéciale Valérie Crova.

#MaTransition

Dans les locaux de l’association Doniblog, l’équipe est sur le pont depuis le 25 août, date à laquelle le hashtag "Ma Transition" a été créé. Il est devenu viral sur les réseaux sociaux.  

Abdoulaye Guindo est le président de la communauté des blogueurs du Mali par laquelle les jeunes peuvent faire entendre leur voix :

On voit par exemple ce jeune blogueur dire "une jeunesse consciente dans un Mali plus fort". Lui pense qu'il faut réformer pour que l'argent puisse sortir des élections. Maintenant, comment faire entendre leur voix via les réseaux sociaux ? Au Mali, les hommes politiques de la junte, les jeunes de la junte sont sur les réseaux sociaux. Vu que tous les jeunes ne pourront pas être aux concertations, comment apporter leur contribution à la mise en œuvre de la transition ? On a pensé à ce hashtag

"Nous, on en a marre. Notre choix, c'est l'armée"

La jeunesse malienne compose près de la moitié de la population. Des jeunes qui plébiscitent la junte à l’image de Mory Kaba. Il a 30 ans, il est diplômé en marketing mais ne trouve pas d’emploi. Il a manifesté dans les rues de Bamako pour réclamer le départ d’Ibrahim Boubacar Keïta. Nous le croisons lors d’un rassemblement de soutien au Comité National pour le Salut du Peuple, créé dans la foulée du putsch :

L'Armée nationale, ce sont nos libérateurs. On les salue. On ne veut plus de cette politique, leur soit disant démocratie depuis 1991 jusqu'à aujourd'hui. Nous, on en a marre. Notre choix, c'est l'armée. Ces militaires sont venus achever ce que nous avons déjà commencé. Ils sont venus libérer le pays. Les militaires sont là, tant mieux ! les militaires n'ont qu'à diriger la transition.

Selon un sondage réalisé début septembre, 63% des Maliens souhaiteraient que les militaires restent au pouvoir pour diriger la transition. L’armée apparaît pour beaucoup comme le seul recours face à l’échec de la classe politique malienne accusée de tous les maux.      

Nous avons rendez-vous chez Choguel Kokalla Maiga. Cet ancien ministre de la communication d’IBK préside le comité stratégique du M5-RFP, la branche politique du mouvement qui était derrière les manifestations contre l’ancien pouvoir :

Choguel Kokalla Maiga, président du comité stratégique du M5-RFP
Choguel Kokalla Maiga, président du comité stratégique du M5-RFP Crédits : Valérie Crova - Radio France

Nous savons qu'il y a beaucoup de manœuvres dans les coulisses pour dire aux militaires qu'il faut garder le pouvoir, mais je pense que les discussions que nous avons avec eux, les amènera à comprendre que le terrain politique n'est pas leur métier. Leur métier, c'est de faire la guerre. Si nous nous entendons sur les missions de la transition, les organes de la transition, la durée de la transition et que les organes doivent être dirigés par des civils. Cela peut être présenté à la communauté internationale pour lever les sanctions qui, de toute façon, ne peuvent plus durer. 

Hors micro, Choguel Kokalla Maiga nous dira que si aucun consensus n'est trouvé avec la junte à l'issue des concertations, les manifestations pourraient repartir de plus belle. 

Les militaires vont ils accepter de retourner dans leurs casernes ? 

Il faut trouver un point d'équilibre, estime Baba Dakono, chercheur à l'Observatoire citoyen sur la gouvernance et la sécurité :

Baba Dakona, chercheur à l'observatoire citoyen pour la gouvernance et la sécurité.
Baba Dakona, chercheur à l'observatoire citoyen pour la gouvernance et la sécurité. Crédits : Valérie Crova - Radio France

Je ne pense pas qu'on puisse écarter ces militaires de cette façon, parce que l'intervention du 18 août qu'on appelle "coup d'Etat" a permis de sortir de l'impasse. Aujourd'hui, on est en train de parler de concertations nationales. Il est important que les Maliens trouvent la meilleure formule entre l'impératif d'avoir une transition dirigée par un civil, et la garantie d'un rôle qui serait donné aux militaires. 

La sécurité est l’un des principaux enjeux auquel est confronté aujourd’hui le Mali en proie depuis 2012 aux attaques djihadistes dans le nord et depuis 2015 dans le centre du pays. Attaques qui ont fait des milliers de morts, civils et militaires.    

Qui dirigera la transition et combien de temps va-t-elle durer avant l’organisation de nouvelles élections ? 

Les militaires seront jugés à l’aune de ces 3 jours de concertations nationales. Les pays de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest, qui ont imposé des sanctions au Mali après le coup d’Etat, leur ont fixé une date limite : ils ont jusqu’au 15 septembre pour désigner un Président et un Premier ministre civil de transition. Une pression supplémentaire qui pèse sur les épaules des putschistes.

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