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Les vélos fraîchement assemblés par l'entreprise Incycles

Le Portugal, producteur de vélos en pleine expansion

4 min
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Le Portugal, premier producteur européen de vélos, a encore développé son activité depuis le début de la crise du Covid. Dans la région d’Agueda, au Sud de Porto, les usines tournent à plein régime. Certaines ont doublé leur activité et font face à la pénurie de certaines pièces.

Les vélos fraîchement assemblés par l'entreprise Incycles
Les vélos fraîchement assemblés par l'entreprise Incycles Crédits : Julie Pietri - Radio France

En 2019, 2 millions 700 000 vélos ont été produits au Portugal. Mais c’était en 2019. « Pour nous, l’activité a doublé en une année avec la crise du COVID » résume Filipe Mota, le responsable exportation de l’usine. « En mars 2020, nous avons d’abord eu peur... Nous ne savions pas ce qui allait se passer. Et puis rapidement, nous avons eu des commandes, des commandes, des commandes... des demandes venant de tous les pays d’Europe. Et ça continue ! Récemment, un détaillant m’a demandé un vélo en taille L. Je lui ai répondu que je n’avais que du XS. Et là il me dit : je prends quand même ! Je veux des vélos, envoie moi des vélos. C’est comme ça maintenant». Autre exemple : « nous travaillons pour une marque hollandaise qui vendait avant le COVID 10 000 vélos par an en ligne. Elle est passée à 100 000 vélos. Ce sont des chiffres astronomiques ... et nous on profite de ça ». 

Activité multipliée par deux chez Incycles, assembleur de vélos

Le problème principal aujourd’hui, c’est l’approvisionnement.  « Certaines pièces sont très difficiles à trouver. Nous appelons nos fournisseurs partout dans le monde pour tenter d’en trouver.  Si nous avons besoin de fourches de vélos par exemple, une marque ne nous les propose que pour... mars 2023 ! C’est ce qui nous empêche de travailler 24h sur 24 et 7 jours sur 7 ». Sur la chaîne de montage, Antonio, 46 ans de travail à l’usine, spécialiste des roues, se dit heureux de cette afflux de commandes : « Il y a plus à faire mais c’est un bon signal pour nous d’avoir plus de travail ».  En un an, l’entreprise a grandi : elle a déménagé et multiplié sa surface par sept. Par endroits les cartons s’entassent jusqu’au plafond. Les  21 000 mètres carrés de l’entrepôt ne suffisent déjà plus. 

Pièces de vélos produites par l'entreprise Miranda, dans la région d'Agueda
Pièces de vélos produites par l'entreprise Miranda, dans la région d'Agueda Crédits : Pedro Sacadura - Radio France

« Traditionnellement, et depuis des décennies, Agueda est la capitale portugaise de la bicyclette », se réjouit le maire d’Agueda, Jorge Almeida. « Nous avons près de 50 entreprises qui fabriquent des composants de vélos et une vingtaine qui sont des leaders mondiaux dans l’assemblage. Agueda produit en fait une grande partie des millions de vélos qui sont fournis chaque année en Europe. L’activité est en hausse avec le COVID mais elle progressait déjà avant cela... et ma conviction est que ça va continuer ainsi» 

L'Europe, soutien indispensable à l'économie du vélo

Si le Portugal produit autant aujourd’hui, c’est également en grande partie grâce à la politique de l’Union Européenne. Dès les années 1990, les vélos chinois sont fortement taxés et les producteurs européens protégés. Dans son laboratoire qui teste la résistance des selles et autres pédales, Gil Nadais, secrétaire général de la Fédération professionnelle des deux roues, sait bien ce que le Portugal doit à l’Europe : « la politique européenne a été déterminante. Si l'Europe n'avait pas imposé de règles antidumping, nous n’aurions plus aucun vélo produit ici : ni au Portugal, ni en Europe ! Ils viendraient tous de Chine ou d'Asie. Et je pense que ce soutien sera tout aussi important dans les années à venir “. 

Gil Nadais, dans le laboratoire d'Abimota, qui teste la résistance des vélos
Gil Nadais, dans le laboratoire d'Abimota, qui teste la résistance des vélos Crédits : Pedro Sacadura - Radio France

L’Union réajuste régulièrement ses taxes en fonction de la réalité du marché. Les vélos électriques chinois sont visés par exemple depuis 2018 et...  leur production est en pleine expansion au Portugal. 

Le Portugal produit des vélos... mais les Portugais pratiquent peu

« Notre production est effectivement au top ... mais presque tous ces vélos sont exportés », précise José Nuno Amaro, petit-fils du fondateur de la marque portugaise Orbita, aujourd’hui à la tête d’une société qui prône l’utilisation du vélo au quotidien. « Nous sommes paradoxalement parmi les pays qui utilisent le moins le vélo ». « En fait, en ce moment, si vous allez au Portugal dans un magasin qui vend des vélos... vous trouverez des produit haut de gamme, très cher ... Mais les modèles de base, que recherchent généralement les Portugais n’existent plus sur le marché : ils sont complètement épuisés ». 

Piste cyclable dans la ville d'Aveiro, au Portugal
Piste cyclable dans la ville d'Aveiro, au Portugal Crédits : Julie Pietri - Radio France

Autres problèmes : le relief et ... le manque de pistes cyclables. José Nuno Amaro a sillonné la quasi-totalité des villes portugaises : « si Lisbonne investit énormément, le reste du pays n’a pas suivi ». Il attend beaucoup des promesses du gouvernement : 300 millions d’euros injectés dans les pistes cyclables, d’ici 2030... pour que le pays, champion en terme de production, se mette enfin à imaginer le vélo comme un moyen de transport à part entière.  

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