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Le milliardaire américain Georges Soros et le président de la Commission Jean-Claude Juncker complotent pour faire venir en Hongrie des milliers de migrants : c'est l'unique thème  de la campagne des Européennes en Hongrie.

En Hongrie, le régime Orbán fait campagne contre l'Europe, à coup de mensonges éhontés

4 min
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La campagne électorale en vue du scrutin des Européennes, le 26 mai prochain, a été lancée en Hongrie il y a une dizaine de jours par le gouvernement du Premier ministre Viktor Orbán. Elle n'aborde - comme toujours - qu'un seul thème, toujours le même : celui des migrants.

Le milliardaire américain Georges Soros et le président de la Commission Jean-Claude Juncker complotent pour faire venir en Hongrie des milliers de migrants : c'est l'unique thème  de la campagne des Européennes en Hongrie.
Le milliardaire américain Georges Soros et le président de la Commission Jean-Claude Juncker complotent pour faire venir en Hongrie des milliers de migrants : c'est l'unique thème de la campagne des Européennes en Hongrie. Crédits : Eric Biegala - Radio France

La politique en Hongrie est finalement très simple. Il semble que tous les thèmes débattus dans le pays se résument à un seul : les migrants. Jula est un opposant de la première heure à Victor Orbán et à son parti l'Union Civique Hongroise, le Fidesz... "Comme ils sont très forts en marketing... ils ont cherché ce qui pouvait séduire les gens... et ce que les gens apprécient, c'est la sécurité ! Ils ont donc été leur chercher des ennemis, des ennemis nouveaux : les migrants... Et ils ont commencé leur propagande...  Comme quoi les migrants vont venir ici, "pour vous tuer, pour violer vos filles et vos mères"... Et cette propagande était extrêmement forte ; ils y mettent beaucoup d'argent et elle est très efficace parce que, tout simplement, tous les médias sont passés sous la coupe du Fidesz... il n'y a plus que des radios Fidesz et la télé c'est presque 100% pro-Fidesz !"

Et le moins que l'on puisse dire est qu'effectivement ça marche : aux législatives de l'an dernier, le Fidesz d'Orbán est arrivé largement en tête en faisant campagne uniquement sur ce thème des migrants, alors même qu'il n'y a pas de migrants en Hongrie. Plusieurs milliers de réfugiés ont bien traversé le pays en 2015 pour gagner l'Allemagne, mais ils étaient à peine 94 à avoir fait une demande d'asile en Hongrie un an plus tard. Qu'importe, à chaque scrutin, le régime Orbán en remet une couche... Et pour celui des  Européennes qui se profilent à échéance de quelques semaines, c'est toujours le même thème qui est ressassé... Dezsö Farkas est le vice-président d'une association d'entrepreneurs à Keszthely, sur le lac Balaton à une centaine de kilomètres au sud de Budapest et quand on lui demande ce qu'est pour lui l'enjeu de ce scrutin européen on a une réponse, finalement convenue : "Si j'en crois ce que l'on peut lire ou entendre c'est qu'il pourrait devenir obligatoire pour la Hongrie d'accueillir des gens. Or ce serait un vrai fardeau, beaucoup trop lourd pour notre économie, alors qu'elle est justement en train de se relever... Si on était obligé d'accueillir 45 000 migrants par an, cela mettrait par terre cet élan économique."

Et l'association entre les migrants et la violence est par ailleurs vite faite : "On entend dire dans les médias qu'en France, en Belgique, en Allemagne, ou à Londres, les attentats ont été commis ou orchestrés par des gens venus du tiers-monde, par des non-Européens : c'est ça qui fait peur... Et aussi, en 2015, parmi les gens qui avaient traversé la Hongrie, il y en avait beaucoup qui avaient un sac à dos et personne n'a vérifié ce qu'il y avait dans ces sac-à-dos... il y avait peut-être des armes !"

La campagne des Européennes se décline ainsi sur Facebook, dans les médias et partout en ville dans de grandes affiches, qui associent désormais les migrants, le milliardaire américain Georges Soros et le président de la Commission Européenne Jean-Claude Juncker, suggérant qu'ils se sont associé pour faire venir en Hongrie des migrants par milliers. Cette dénonciation de l'Europe est une nouveauté, souligne le politologue Zsolt Boda de l'Institut des Sciences sociales de Budapest : "L'Union Européenne, dont la Hongrie est membre, et qui donne beaucoup d'argent au pays (l'équivalent de 3 ou 4% de son PIB) est aujourd'hui devenue une cible du gouvernement" Orban. Un gouvernement qui ne s'embarrasse d'ailleurs pas de principes et n'hésite pas à diffuser dans ses campagnes de pures contre-vérités. "En Hongrie, le gouvernement mène des campagnes basées sur des "fake news", des mensonges... et ce n'est pas la première fois que des médias pro-gouvernementaux propagent des mensonges, qui sont d'ailleurs les mêmes que l'on retrouve dans la presse russe. Il y a une grande proximité entre ce que peuvent dire les médias hongrois pro-gouvernementaux et les médias russes."

En fait, le Fidesz de Victor Orbán a tout simplement dépassé sur sa droite et va aujourd'hui plus loin que le parti historique de l'extrême-droite hongroise, le Jobbik ; l'un de ses élus Janos Herold le reconnaît sans peine _: "C'est vrai que le Fidesz a repris certains de nos thèmes de campagne, mais il n'y a jamais eu dans notre programme de choses comme se battre contre Bruxelles, ou une critique tous azimuts de l'Europe, par exemple ! Orb_án est en train de construire un système qui va dans la direction du régime poutinien, il critique l'Europe tout en recevant beaucoup d'argent de cette même Europe... c'est complètement absurde !"

Dépassé sur sa droite par le Fidesz, le Jobbik a d'ailleurs clairement recentré son discours lors de la dernière campagne. Et, s'il n'y est pas parvenu pour le scrutin des Européennes, le Jobbik promet à l'automne, pour les élections locales, des alliances systématiques avec tous les autres partis d'opposition ; depuis la gauche jusqu'à l'extrême-droite pour espérer, enfin, battre le Fidesz de Viktor Orbán.

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