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La Française Mélina Boughedir, dans la prison pour femmes de Bagdad, où elle est incarcérée avec son bébé de deux ans.

Djihad : à la rencontre d'une Française emprisonnée à Bagdad

4 min
À retrouver dans l'émission

Reportage rare et exclusif, Sophie Parmentier a réussi à entrer dans la prison des femmes de Bagdad pour France Inter. Elle a pu longuement y rencontrer Mélina Boughedir, l'une des Françaises condamnées à 20 ans de prison pour avoir rejoint Daech avec son mari et leurs enfants, en Syrie et Irak.

La Française Mélina Boughedir, dans la prison pour femmes de Bagdad, où elle est incarcérée avec son bébé de deux ans.
La Française Mélina Boughedir, dans la prison pour femmes de Bagdad, où elle est incarcérée avec son bébé de deux ans. Crédits : Salam Salman - Photographie exclusive France Inter, toute reproduction interdite

La prison des femmes de Bagdad est cerclée de barbelés, cernée de miradors, au bout de nombreux check-points, avec véhicules blindés, soldats armés jusqu’aux moustaches, et policiers antiterroristes cagoulés de noir. Devant la porte de la prison, ce matin-là, nous entendons d’abord des petits cris d’enfants. Et puis, nous les voyons. Des dizaines d’enfants, massés dans une minuscule cour aussi étroite qu’un couloir, avec des grillages qui grimpent vers le ciel. Ils sont accroupis, jouent avec des petits cailloux, regroupés les uns contre les autres, ils n’ont pas ici la place de courir. Leurs mères sont restées enfermées derrière une porte de fer à gros verrou. 

Elles sont 470, toutes condamnées pour terrorisme, venues de tous pays. Parmi elles, des Françaises, dont Mélina Boughedir, que la directrice va chercher dans sa cellule, sans nous. Nous sommes orientés vers une petite salle aux chaises de plastique bleu. Une douzaine de responsables irakiens nous entourent pour cet entretien, très surveillé, avec Mélina Boughedir :

C'est très compliqué de tout dire, parce que ça peut me porter préjudice aussi...

Très vite, notre traducteur irakien explique à Mélina Boughedir qu’elle doit répondre uniquement en arabe. Décision de la prison.

"Mais moi, arabe, pas possible", dit-elle, dans un arabe littéraire, très rudimentaire. 

"Nous sommes beaucoup de femmes dans une seule pièce, beaucoup d’enfants", explique Mélina Boughedir. "Jusqu’à 90, femmes et enfants" selon ses dires.
"Nous sommes beaucoup de femmes dans une seule pièce, beaucoup d’enfants", explique Mélina Boughedir. "Jusqu’à 90, femmes et enfants" selon ses dires. Crédits : Salam Salman - Photographie exclusive France Inter, toute reproduction interdite

"J'ai rien fait. Y'a pas de preuve. Tout le monde me connaît !"

Coiffée d’un foulard violet, vêtue d’une longue robe noire et dorée sur un pantalon de jogging, des chaussettes à motifs dans ses sandales rouges, elle serre contre elle son bébé de deux ans, une petite fille, avec d’immenses yeux noirs, et un petit nœud pastel dans les cheveux, Mélina Boughedir nous parle de ses trois autres enfants de 4, 6 et 8 ans, qu’elle a autorisés à repartir en France, en décembre 2017. Et, elle s’effondre  en larmes.

Je les ai eus juste une fois au téléphone, il y a un an, au moment de la décision de libération. Puis en juin, j'ai été condamnée à perpétuité. Et alors, plus de nouvelles de mes enfants. J'ai demandé plusieurs fois à la Croix Rouge de leur téléphoner. Mais pas de nouvelles, je ne sais rien.

Comme à son dernier procès, Mélina Boughedir assure qu’elle est innocente, qu’elle n’a jamais fait partie de la police des mœurs de Daech, à Mossoul, où elle avait suivi son mari, un Français converti, aujourd’hui présumé mort.

J'ai rien fait. Y'a pas de preuve. Tout le monde me connaît ! Moi, dans la police ? Avec quatre enfants ? C'est des mensonges... 

Condamnée à 20 ans de prison en Irak, Mélina Boughedir attend désormais dans sa prison bagdadie un procès en appel, sans trop y croire. Et en attendant, elle veut garder près d'elle son bébé de deux ans. La loi irakienne permet, sur le papier, que les enfants restent en cellule avec leurs mères jusqu’à trois ans. Mais ici, certains bébés sont devenus des adolescents, reconnaît la directrice, qui assure traiter cette condamnée française et son enfant, avec humanité.

>> Le reportage de Sophie Parmentier sur le site de France Inter

Infographie publiée en février 2018
Infographie publiée en février 2018 Crédits : Visactu
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