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Sur les 308 députés LREM élus en 2017, 55% n'avaient exercé aucun mandat auparavant.

Les nouveaux députés LREM de 2017 en marche vers 2022 ?

4 min
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Il n'y a pas que la présidentielle qui approche. Les législatives aussi ! A huit mois de la première échéance, se pose la question de l'avenir des parlementaires. Notamment celui des nouveaux arrivés de la Macronie en 2017.

Sur les 308 députés LREM élus en 2017, 55% n'avaient exercé aucun mandat auparavant.
Sur les 308 députés LREM élus en 2017, 55% n'avaient exercé aucun mandat auparavant. Crédits : Gilles Bassignac - AFP

"Le renouveau démocratique que nous souhaitons porter, c'est aussi un projet de renouvellement des femmes et des hommes, c'est ce qui fait que la moitié de nos candidats investis pour les élections législatives seront de nouveaux candidats et non des parlementaires reconduits", promettait le candidat Emmanuel Macron en 2017. Et, effectivement, un peu plus de la moitié des candidats d'En Marche élus derrière le Président faisaient leurs premiers pas à l'Assemblée nationale il y a quatre ans.

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Partir ou tenter de rester ? 

Si, au départ, beaucoup n'envisageaient de faire qu'un seul mandat, ils sont nombreux à avoir pris goût à la fonction. Ce qui fait que, malgré l'enchaînement des crises (les "gilets jaunes", le Covid, les affaires Benalla et de Rugy) et des violences qui les ont parfois accompagnées, la majorité des députés qui sont restés dans le groupe souhaitent poursuivre leur action. 

Sonia Krimi, députée LREM de la Manche
Sonia Krimi, députée LREM de la Manche Crédits : Rosalie Lafarge - Radio France

La députée LREM de la Manche, Sonia Krimi s'est longuement posé la question avant de se prononcer, mais c'est pour elle désormais évident : elle veut rempiler. Car en quatre ans, elle a le sentiment d'avoir mieux compris le fonctionnement du tant décrié système. "Les gens pensent qu'on arrive et qu'on est député dès le premier jour, mais non, c'est comme n'importe quelle autre fonction, c'est tout un réseau à avoir. Aujourd'hui, mon réseau n'est pas le même qu'il y a quatre ans, il est beaucoup plus développé, je sais exactement sur quel bouton appuyer dans quel ministère pour faire bouger telle chose, je sais comment faire monter une sauce en interne pour obtenir quelque chose. Il y a un tas de choses que je sais faire aujourd'hui beaucoup plus rapidement et efficacement qu'il y a quatre ans".

Ce n'est pas rentrer dans le système, mais c'est avoir tout le réseau pour ne plus être la Playmobil de ce système. Car si vous n'êtes pas capable de connaître par cœur le système, de savoir quel levier actionner pour obtenir ce que vous voulez, vous devenez le guignol de ce système. Tant qu'on ne devient pas les porte-parole des cabinets ministériels, ça me va. Cela m'a choquée, au moment d'Alexandre Benalla, de voir des députés lire des éléments de langage. Moi, je m'en fous de vendre les éléments de langage d'En Marche. Ce qui est important pour moi, c'est de savoir si je suis capable de changer la vie des gens. C'est le cas, si j'arrive à convaincre les bonnes personnes au bon endroit, si j'arrive à porter une voix. Et ça, c'est un challenge qui me porte. 

Mais l'élue le sent, elle s'éloigne petit à petit du quotidien. Elle a donc choisi de reprendre, dès septembre, son travail de consultante en excellence industrielle à raison de deux jours par mois. "Ce n'est pas énorme, admet Sonia Krimi, mais cela vous ancre dans la réalité. Je commence à sentir que les gens me regardent et se comportent avec moi différemment, considérant que je suis la députée. J'ai besoin de retourner dans des usines, de refaire du conseil dans des endroits où on ne me connaît pas".

Bruno Bonnell, député LREM du Rhône
Bruno Bonnell, député LREM du Rhône Crédits : Rosalie Lafarge - Radio France

Son collègue du Rhône, l'entrepreneur Bruno Bonnell, a, lui, choisi de ne pas y retourner en 2022. "Ce n'est pas que je me suis interdit de penser à y retourner, mais j'avais pris l'engagement de ne faire qu'un seul mandat dès ma campagne. Il faut redonner à la politique le sens de l'engagement : l'engagement tenu, comme la promesse tenue, comme le programme tenu, c'est la seule chance qu'on a de lutter contre cette défiance du public vis-à-vis de la politique. Cela ne veut pas dire que je vais abandonner la politique, mais j'estime qu'il faut continuer à oxygéner l'Assemblée nationale, qu'il est essentiel de continuer la transformation qu'on a initiée en 2017. Il va falloir trouver de nouvelles énergies. Ce serait sain qu'il y ait un certain nombre de députés qui soient, même dans notre majorité, changés. Non pas pour des raisons électorales, mais pour des raisons de choix", détaille l'élu qui défend une fonction "passionnante" mais souvent incomprise. "C'est réduit à des calculs de nombre d'heures sur des bancs rouges, mais ce n'est pas ça être député. C'est comme une équipe de foot, vous avez des députés qui gardent les cages (j'en fais partie) et qui se défendent contre une opposition qui agresse systématiquement, vous avez des députés en attaque qui marquent des buts, ce sont ceux qui proposent des lois, puis vous avez d'autres types de députés, qui sont plus sur le terrain, en circonscription. Tout cela mélangé fait que, contrairement à ce qu'on pense, il n'y a pas de moule à députés".

Rester n'est pas trahir la promesse de renouvellement

Le choix de se représenter ou non, Hervé Berville, député des Côtes d'Armor, assure ne pas encore l'avoir fait. C'est encore trop tôt pour cet élu de 31 ans qui préfère rester concentré sur les affaires du quotidien. Mais pour cet orphelin tutsi né au Rwanda, changer de député simplement pour changer de député n'aurait pas trop de sens. "Ce qu'on voulait en 2017, c'était montrer que pour être député, il n'est pas nécessaire d'avoir été assistant parlementaire, de viser de devenir sénateur, et de caler entre temps un mandat de député. On peut venir d'ailleurs, faire un ou deux mandats et retourner faire autre chose. La vraie question qu'on doit se poser, ce n'est donc pas de savoir si on aura échoué à changer le regard des gens sur la politique parce que certains d'entre nous seraient réélus, c'est plutôt de se demander s'il y aura encore des gens issus de tous les milieux qui seront en capacité d'être crédibles et de se faire élire.  Je pense qu'on a débloqué un certain nombre de choses en la matière". 

Il y a beaucoup plus de jeunes, beaucoup plus de gens issus de la diversité. Il y a une part de ce qu'est la France qui est représentée à l'Assemblée nationale. Et ça, c'est important car au-delà de toutes les sensibilités, de toutes les divergences, il y a des gens qui se disent que c'est possible de devenir député, que ce n'est pas réservé aux professionnels de la politique.  

Hervé Berville, député LREM des Côtes-d'Armor
Hervé Berville, député LREM des Côtes-d'Armor Crédits : Rosalie Lafarge - Radio France

Au sein des députés LREM, il y a donc ceux qui sont sûrs de ne pas repartir, ceux qui hésitent, et ceux qui veulent retenter l'expérience. Mais vouloir ne suffit pas forcément. Encore faut-il être investi par le mouvement.

Éviter de nouvelles erreurs de casting

"Finalement, la campagne d'un parlementaire a commencé le 18 juin 2017, la meilleure manière d'être réélu, c'est quand même de bien faire son boulot", affirme à ce sujet Roland Lescure, porte-parole de La République En Marche. "Le processus d'investiture est un peu complexe, il allie des qualités individuelles, un bilan personnel de mandat, des équilibres politiques entre les différents groupes. Tout cela sera pris en compte dans un processus qui sera fixé en son temps, il est clairement trop tôt pour en parler maintenant. Mais dans la vie, il y a ce que vous maîtrisez et ce que vous ne maîtrisez pas. Ce que vous ne maîtrisez pas, vous faites avec. Là, ce que vous maîtrisez, c'est la manière dont vous faites le job, la manière dont vous allez contribuer à la campagne, contribuer à porter des idées, à porter votre bilan", poursuit-il. 

Roland Lescure, député des Françaises et des Français d'Amérique du Nord
Roland Lescure, député des Françaises et des Français d'Amérique du Nord Crédits : Rosalie Lafarge - Radio France

Même si Roland Lescure assure qu'il est trop tôt, c'est pourtant maintenant que tout commence à se jouer confirment plusieurs élus. "Il faut choisir des candidats dès maintenant, car si nous ne sommes pas prêts, nous n'avons aucune chance", souligne Jean-Louis Touraine, député LREM du Rhône. 

Dans le passé il y a eu des erreurs de casting à ne pas renouveler, il faut donc choisir des personnes, les évaluer, savoir si elles mesurent ce que représente la fonction, si elles ont la volonté de s'y engager pleinement. Et cela pour beaucoup de circonscriptions puisqu'il faut trouver des gens là où les sortants ne veulent pas y retourner, mais il faut aussi en trouver pour toutes les circonscriptions aujourd'hui tenues par l'opposition, ça fait du monde.

Et clairement, en coulisses, on travaille déjà sur ces questions. Le cabinet du président de l'Assemblée, Richard Ferrand, sonde les parlementaires les uns après les autres depuis plusieurs mois déjà pour connaître leur souhait. Les cadres en parlent entre eux. Certains choix semblent d'ailleurs déjà faits. "Il y a les nuls et les cas pathologiques dont il faut se séparer", tranche un ministre. "Quand on est cocu, on n'est pas obligé de payer la chambre deux fois", tacle le même ministre à propos des députés qui ont quitté le groupe et espèrent revenir. 

Jean-Louis Touraine, député LREM du Rhône
Jean-Louis Touraine, député LREM du Rhône Crédits : Rosalie Lafarge - Radio France

Des "déserteurs" condamnés aussi par Sonia Krimi. "Ceux qui partent pour d'autres postes en disant qu'ils sont fâchés parce qu'ils ne sont plus secrétaires d'Etat" l'irritent au plus haut point. "Ce n'est pas une agence Elite l'Assemblée, ici on bosse", dit-elle. "Ceux qui ont fait de la merde, qui ont changé de groupe ou sont partis dans l'opposition, n'ont qu'à assumer, au bout d'un moment, il faut arrêter de faire les enfants, tout n'est pas rose, le mouvement ne peut pas tout pour nous, mais on doit avancer. Je crois que quelques députés se sont trompés sur ce que c'est qu'être député, ce n'est pas un épanouissement personnel, c'est beaucoup de souffrance, beaucoup de solitude, mais quand on se lève, on sait pourquoi on est là", poursuit encore Sonia Krimi.

Composer avec les alliés

Il y a donc quelques "cas" à régler, et puis il y a aussi, comme le soulignait Roland Lescure, les équilibres politiques. Au MoDem et chez Agir, on entend bien peser un peu plus dans l'éventuelle future maison commune censée rassembler la majorité présidentielle au sens large. Le patron d'Agir, Olivier Becht reconnaît d'ailleurs que certains députés ont contacté son groupe il y a déjà plusieurs mois. "L'objectif n'est pas de débaucher des députés d'autres groupes, assure l'élu du Haut-Rhin, mais ce qui est important, c'est que les gens restent dans la majorité, ne passent pas dans l'opposition. Après, c'est comme dans une famille : une famille n'empêche pas que chacun ait sa chambre dans la maison"

Olivier Becht, président du groupe Agir ensemble
Olivier Becht, président du groupe Agir ensemble Crédits : Rosalie Lafarge - Radio France

Une maison dont les plans sont encore flous aujourd'hui. Mais les députés de La République en Marche en sont déjà, pour nombre d'entre eux, convaincus : si Emmanuel Macron reste Président en 2022, il devra composer avec une majorité bien différente de celle de 2017.

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