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Echographie dans la maternité de l’Irbid Specialty Hospital, financée en partie par la branche humanitaire de l’Union européenne et gérée par l’ONG International Medical Corps,  le 20 novembre 2018.

La Jordanie tente de soigner des dizaines de milliers de femmes réfugiées de Syrie

4 min
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La Jordanie accueille près d’1 million de réfugiés syriens. 20% sont dans des camps mais 80% vivent dans des zones urbaines où l’accès au système de santé leur est compliqué. Trop cher ou ils ne sont pas enregistrés. Reportage dans deux hôpitaux où les femmes réfugiées syriennes sont la priorité.

Echographie dans la maternité de l’Irbid Specialty Hospital, financée en partie par la branche humanitaire de l’Union européenne et gérée par l’ONG International Medical Corps,  le 20 novembre 2018.
Echographie dans la maternité de l’Irbid Specialty Hospital, financée en partie par la branche humanitaire de l’Union européenne et gérée par l’ONG International Medical Corps, le 20 novembre 2018. Crédits : Peter Biro pour ECHO

Reportage d'Aurélien Colly dans une maternité d'Irbid qui tentent de gérer les grossesses précoces et à répétition et dans un planning familial dans le plus grand camp de réfugiés du Moyen-Orient, celui de Zaatari, où le contrôle des naissances est devenu primordial.

Irbid, à 20 kilomètres de la Syrie, est devenue la deuxième ville de Jordanie avec l’afflux des réfugiés syriens. La seule à abriter une maternité entièrement gratuite pour eux. Comme tous les jours, la salle d’attentes est pleine de futures mamans qui viennent consulter, apprendre aussi l’importance du suivi. Le Dr Saad dirige l’établissement :

La plupart viennent du sud rural de la Syrie, donc une chose importante, c’est l’éducation : la plupart ne savent rien des soins prénatals. 

Financé par la branche humanitaire de l’Union européenne, cette maternité affiche plus de 300 naissances depuis septembre. Comme Fatima qui ouvre à peine les yeux, deuxième bébé pour sa maman Khadir, 20 ans : "Ça va très bien, ils m’ont beaucoup soutenu. Ils s’occupent de moi, du bébé. Heureusement qu’ils sont là, parce qu’on est complètement démuni. Ce genre de services n’existe pas en Syrie. Ma sœur, qui est là-bas, m’a dit que c’était un peu difficile pour l’instant. Nous, on reste ici parce que mon mari est interdit de retour."

Dans la maternité du camp de Zaatari, financée en partie par la branche humanitaire de l’UE et gérée par la Jordan Health Aid Society International et le Fonds des Nations Unis pour la population.
Dans la maternité du camp de Zaatari, financée en partie par la branche humanitaire de l’UE et gérée par la Jordan Health Aid Society International et le Fonds des Nations Unis pour la population. Crédits : Peter Biro pour ECHO

Avec sa petite Fatima, Khadir oublie un peu sa vie quotidienne de réfugiée, mais pas Iman Rhamadi, la chef des sages-femmes : 

Nous accueillons des femmes qui souffrent des conséquences de la guerre, en dépression. Certaines ont laissé leur famille en Syrie, d’autres ont perdu leur mari, certaines doivent se marier car la famille n’a pas d’argent. Parfois, je fais accoucher des mamans de 13 ans !!! Ici, les femmes ont besoin d’attentions particulières. 

Autre décor, mais situation similaire à 70 kilomètres, dans le camp de Zaatari, le plus grand du Moyen-Orient avec ses 75 000 réfugiés.
Ici aussi, une maternité financée par la communauté internationale : 10 000 naissances depuis 2013 mais des grossesses précoces ou à répétition qui pèsent sur les familles dépendantes de l’aide humanitaire. Le Dr Yaroup Aljouni dirige la maternité : "Dans la communauté syrienne, les mères très jeunes c’est une tendance. En 2013, on avait 33% de mamans de moins de 18 ans. On a fait beaucoup de prévention sur les risques. Cinq ans après, on est à 10% de mamans de moins de 18 ans."  

Le camp de Zaatari, dans le nord de la Jordanie, le plus grand du Moyen orient. 75.000 réfugiés y survivent grâce à l’aide internationale, les agences de l’ONU et une trentaine d’ONG.
Le camp de Zaatari, dans le nord de la Jordanie, le plus grand du Moyen orient. 75.000 réfugiés y survivent grâce à l’aide internationale, les agences de l’ONU et une trentaine d’ONG. Crédits : Peter Biro pour ECHO

Pour sensibiliser au contrôle des naissances, offrir des solutions de contraception, un planning familial a été mis en place. A sa tête, Kifa Boulebdem aide aussi les femmes à surmonter les barrières culturelles :

Elles apprécient quand on discute de ça parce que ces femmes n’ont aucune idée, aucune connaissance, aucune information sur ces sujets. On a fait aussi des sessions d’information pour les hommes. Avant ces femmes enchaînaient les bébés tous les ans, maintenant elles attendent parfois 2 ou 3 ans avant d’en avoir d’autre. Elles sont plus heureuses et elles le font dans l’intérêt de leurs enfants. 

Mehad, 35 ans, femme réservée, témoigne : "J’ai vu le Dr Kifa qui m’a beaucoup aidé. Je prends la pilule et ça se passe très bien. La situation financière est très difficile et j’ai déjà six enfants, ça suffit ! Tu dois pouvoir les élever correctement, qu’ils puissent vivre leur enfance."  

Moins de grossesses précoces ou à répétition, c’est la fierté du directeur de la maternité, le Dr Yaroup Aljouni. Pas d’angélisme pour autant, tant la situation des réfugiées reste précaire.

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