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Liviu Dragnea, le président du PSD qui dirige en sous-main le gouvernement, est en guerre ouverte contre la Justice roumaine... Il exige une loi d'amnistie

Guerre de tranchée politico-judiciaire en Roumanie

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Depuis le 1er janvier, la Roumanie assume la présidence tournante de l'Union européenne. Une Roumanie qui offre le spectacle d'une guerre sourde permanente entre pouvoirs législatif et exécutif d'un côté, judiciaire de l'autre.

Liviu Dragnea, le président du PSD qui dirige en sous-main le gouvernement, est en guerre ouverte contre la Justice roumaine... Il exige une loi d'amnistie
Liviu Dragnea, le président du PSD qui dirige en sous-main le gouvernement, est en guerre ouverte contre la Justice roumaine... Il exige une loi d'amnistie Crédits : ROBERT GHEMEN - Maxppp

L'Europe avait été très claire : pour intégrer ses rangs, il fallait que la Roumanie fasse un sérieux effort de ménage et mette un terme à la corruption endémique minant sa classe politique. C'est l'ancienne magistrate et défenseure des droits Monica Macovei qui, à l'époque en 2005, avait été appelée pour ce faire à la tête du ministère de la Justice. Elle a créé le Parquet National anti-corruption, le DNA : 

Ce parquet, je l'ai créé pour traiter la corruption de "haut niveau" et cela a marché. Par exemple, pour la seule année 2016-2017, on a eu les condamnations définitives de quatre ministres, 25 parlementaires, 75 maires et bien d'autres fonctionnaires. Et même des magistrats.

Jusqu'en 2016, en effet, le DNA a multiplié mises en accusation et condamnations. Et puis les choses ont changé avec la victoire électorale et le retour aux affaires du Parti Social Démocrate, le PSD. Raluca Pruna, elle aussi ancienne ministre de la Justice, est aujourd'hui haut-fonctionnaire européen en charge à Bruxelles de la criminalité financière justement :

En 2016, il y avait eu un grand sommet anti-corruption à Londres et la Roumanie y a été présenté comme un exemple pour la région parce qu'on avait un Parquet qui était indépendant et qui s'attaquait à des politiciens et à des cas de haute corruption. Mais pour les politiciens corrompus, ce parquet était un danger et l'agenda qu'ils ont commencé à mettre en oeuvre depuis 2017 était justement d'essayer de démanteler les compétences du Parquet National anti-corruption.

"Ce n'est pas une guerre contre les juges, c'est une guerre contre les abus commis par certains procureurs"

Au printemps, la cheffe du Parquet anti-corruption était démise de ses fonctions et on a multiplié les réformes judiciaires visant toutes à rogner les prérogatives des Parquets. Côté gouvernement, on explique que ceux-ci multiplient les abus : "Ce n'est pas une guerre contre les juges, c'est une guerre contre les abus commis par certains procureurs", explique par exemple le sénateur PSD Titus Corleatsan. Mais c'est le fait que ces procureurs travaillent avec les services de renseignement du pays qui semble surtout choquer les politiques ; les procureurs ont confié des compétences d'enquête judiciaire aux services de renseignement : "C'est inacceptable et non-démocratique", poursuit le sénateur Corleatsan.

L'argument est en fait étrange : dans la plupart des pays Occidentaux, procureurs ou juges d'instruction travaillent régulièrement avec des officiers de Police judiciaires affectés dans des services de renseignement : le FBI aux Etats -Unis, la DGSI en France...  Cette dénonciation d'une collusion des magistrats et des agents de renseignements est devenue l'antienne favorite du président du Parti Social Démocrate Liviu Dragnea. Devant les cadres de son parti, le 16 décembre dernier, il menaçait ces procureurs et ces officiers les accusant d'avoir "cassé" l'indépendance de la justice. Il appelait surtout de ses vœux une loi d'amnistie, dont il serait sans doute le premier bénéficiaire. Condamné pour fraude fiscale, Liviu Dragnea ne peut en effet siéger au sein du pouvoir exécutif. Il préside en revanche la Chambre des députés et c'est depuis ce "perchoir" qu'il dirige de facto la politique du pays, le Premier ministre se contentant de faire acte de présence. 

"Pour le gouvernement, remarque encore l'ancienne ministre de la Justice Raluca Pruna, "la priorité est de régler les affaires judiciaires et pénales de M. Dragnea principalement. Il faut dire que Dragnea a déjà été condamné dans une affaire de corruption, ce qui fait de la Roumanie un cas unique dans l'Union européenne. Je ne connais pas d'autre politicien exerçant des responsabilités politiques tout en ayant été condamné définitivement par une cour de justice".

Et visiblement Liviu Dragnea ne compte pas en rester là, même si une seconde affaire de corruption le concernant doit arriver devant les tribunaux à la mi-janvier. Liviu Dragnea et sa majorité parlementaire poussent aujourd'hui avant tout les feux d'une large amnistie.

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