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Des membres de "Our Future, Our Choice", groupe de défense pro-Union européenne pour les jeunes, devant le palais de Stormont, à Belfast, le 7 décembre 2018

A Belfast, au cœur de la discorde entre pro et anti-Brexit

4 min
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Theresa May a reporté le vote du Parlement britannique sur le Brexit prévu ce mardi. La Première ministre ne dispose pas de la majorité nécessaire pour faire adopter l'accord qu'elle a négocié avec Bruxelles. Pour obtenir cette majorité, elle veut de nouvelles discussions sur la frontière irlandaise

Des membres de "Our Future, Our Choice", groupe de défense pro-Union européenne pour les jeunes, devant le palais de Stormont, à Belfast, le 7 décembre 2018
Des membres de "Our Future, Our Choice", groupe de défense pro-Union européenne pour les jeunes, devant le palais de Stormont, à Belfast, le 7 décembre 2018 Crédits : Brian Lawless / Press Association Images - Maxppp

L'Irlande du Nord, où 56 % des électeurs avaient voté pour rester au sein de l'Union européenne, se retrouve au cœur de la discorde entre pro et anti Brexit.   

A Belfast, le reportage de notre envoyée spéciale, Annabelle Grelier.     

Au marché Saint-Georges, les petits producteurs et commerçants n'en peuvent plus des tergiversations à Westminster. Période de transition, filet de sécurité, back stop et frontière en mer d’Irlande, ils sont nombreux à ne plus rien y comprendre. Comme Cormack Green, producteur et vendeur de primeurs :  

Cela nous échappe, là-bas à Westminster, ils disent que c'est une solution pragmatique mais je vous jure que ça ne l'est vraiment pas.

Cormack Green n'a jamais voulu sortir de l' Europe. Les négociations sur le Brexit ne sont pas bonnes pour ses affaires. Plus cela dure, plus la livre chute et ses prix augmentent. L'ambiance aussi se dégrade :

Cela perturbe toutes nos relations. Les accords du vendredi Saint avaient apporté la paix en Irlande. La génération de mes enfants n'a pas connu la guerre et tout ça nous amène je ne sais où. On ne sait pas ce qui peut arriver vraiment, nous voulons continuer de vivre en paix.

Pour son associé Gerald O Niel, parler du Brexit déclenche tout de suite la colère :

L'accord qui est aujourd'hui sur la table qui a été négocié avec l'Union européenne n'est pas celui pour lequel les Britanniques avaient voté. Ce que les Britanniques réclament est un référendum sur cet accord et le gouvernement britannique ne veut pas parce que ce n'est pas l'accord qu'il avait vendu à la population. L'accord est totalement différent d'il y a deux ans. C'est un mensonge, une farce. Le gouvernement a menti aux gens. Avec un second référendum aujourd'hui, les gens voteraient pour rester dans l'Union européenne.

Quelques étals plus loin, Ernest Mac Donell lui aussi s'impatiente. Mais pour lui, c'est le Brexit qui ne va pas assez vite :

Le plus tôt sera le mieux, c'est le bazar. Ils sont désorganisés mais c'est la faute de l’Europe : tous ces bureaucrates à Bruxelles ne veulent pas que la Grande-Bretagne sorte. Si ça ne tenait qu'à moi, je remettrais la bonne veille frontière avec l’Irlande du sud et je les ferais attendre. Vous devez vous rappeler qu'avant il y avait une frontière là-bas et ça marchait très bien, même au temps des troubles. Ce n’était pas nous les criminels, c'étaient les nationalistes.

Dans la paroisse anglicane de Belfast Est, on s’inquiète aussi du Brexit. Le révérend Moore, protestant modéré, craint que les relations avec les catholiques ne dégénèrent : 

C'est une situation compliquée. Toutes les vieilles tensions sont en train de refaire surface. C'est très triste, c'est dangereux. Je pense que les politiques devraient faire attention à ce qu'ils disent. Malheureusement, les protestants les plus durs ne lâcheront jamais et on pourrait entendre à nouveau le bruit des armes.

Sur le terrain politique, c'est le DUP qui représente l'Irlande du Nord à Westminster, petit parti protestant ultra conservateur, qui s'oppose à l'accord soutenu par Theresa May. Comme nous l'explique Lee Reynolds, le Mr Brexit du DUP. 

Lee Reynolds, Mr Brexit du DUP 10 novembre 2018.
Lee Reynolds, Mr Brexit du DUP 10 novembre 2018. Crédits : Annabelle Grelier - Radio France

Tout a commencé avec la question de savoir comment régler le problème de la frontière terrestre en Irlande du nord. Ils ne l'ont pas réglée, ils l'ont déplacée en mer d’Irlande et nous ne voulons pas voir une frontière en mer d’Irlande. Cela nous couperait du Royaume uni. La façon dont cet accord a été construit nous met dans une position inacceptable : être soit les otages de l'Union européenne, soit le sacrifice des Britanniques pour qu'ils puissent quitter l'Union européenne. Comment pourrions-nous nous satisfaire d'être des otages ou de nous sacrifier ?

Le DUP, même s'il ne représente pas la majorité des électeurs nord irlandais, y compris au sein de la communauté protestante, met une pression considérable sur le gouvernement de Theresa May. Il réclame aujourd'hui une renégociation de l'accord et du back stop.

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