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L'ONG Sea-Watch opère des missions de reconnaissance aérienne en Méditerranée centrale, pour assister les recherches en mer des navires de sauvetage sur zone.

Sauvetage en Méditerranée centrale : entre ciel et mer

7 min
À retrouver dans l'émission

En Méditerranée centrale, les ONG ne sont pas seulement présentes sous forme de navires. Certaines d’entre elles opèrent également des missions de reconnaissance aérienne. L’ONG allemande Sea-Watch a permis à Radio France de suivre des missions au départ de Lampedusa en juillet dernier.

L'ONG Sea-Watch opère des missions de reconnaissance aérienne en Méditerranée centrale, pour assister les recherches en mer des navires de sauvetage sur zone.
L'ONG Sea-Watch opère des missions de reconnaissance aérienne en Méditerranée centrale, pour assister les recherches en mer des navires de sauvetage sur zone. Crédits : Emmanuelle Chaze - Radio France

Sur le tarmac de Lampedusa, trois membres de l’équipage de Sea-Watch se préparent à partir au-dessus de la Méditerranée pendant plusieurs heures. Omar le pilote, Francesco le coordinateur tactique, et Milad le photographe, vont scruter la mer huit heures durant, à la recherche d’embarcations en détresse.

Des avions pour repérer les bateaux en détresse plus facilement

Felix Weiss, porte-parole de Sea-Watch et responsable des opérations aériennes, explique : "Nous opérons avec deux avions : Moonbird et Seabird. La raison est simple, nous somme tout simplement trop lents avec nos bateaux. Ça nous prenait trop de temps de localiser les embarcations en détresse même lorsqu’ils étaient prêts de nous, et il est devenu clair qu’il nous fallait un soutien aérien pour nos navires et pour ceux des autres NGO."

Pas de coopération avec les autorités

Depuis trois ans, c’est à partir de Lampedusa que partent Seabird et Moonbird pour des missions de plusieurs heures au-dessus des zones de recherche et secours maltaise et libyenne. Ils peuvent respectivement couvrir 27 000 et 16 000km² pendant une seule mission de plusieurs heures et ce, sans aide des autorités locales, au contraire, d’après Felix Weiss : "Nos opérations aériennes sont régulièrement bloquées. Il arrive aussi souvent qu’on ne puisse pas décoller des aéroports dont nous avons besoin. Nous ne pouvons le faire que de Palerme, Panteleria et Lampedusa, alors lorsque les autorités italiennes nous bloquent en disant par exemple qu’on ne peut plus décoller de Lampedusa, on ne peut plus mener à bien nos missions. Et même si nous sommes présents à Lampedusa depuis plus de trois ans, il n’y a toujours aucun partenariat avec les autorités."

Interceptions libyennes illégales en zone maltaise

En Méditerranée centrale, peu après le décollage, l’équipe de Seabird est en mission de reconnaissance au-dessus de la zone recherche et secours maltaise, lorsqu’elle est témoin d’une interception illégale des garde-côtes libyens, financés par l’Union européenne, en pleine zone maltaise. Francesco, le coordinateur tactique de la mission, interpelle le patrouilleur libyen Ras-jadir, un bateau offert par l’Italie à la Libye : 

Ici l’avion civil Seabird. Je vous rappelle que vous opérez en zone de recherche et secours maltaise. Ce n’est pas votre zone de compétence, et vous êtes obligés de débarquer les personnes que vous avez interceptées dans un lieu sûr. Je vous rappelle que la Libye n’est pas considérée comme un lieu sûr selon le droit international. 

L'ONG allemande Sea-Watch utilise deux avions de reconnaissance aérienne en Méditerranée centrale : le Seabird (ici photographié) et le Moonbird.
L'ONG allemande Sea-Watch utilise deux avions de reconnaissance aérienne en Méditerranée centrale : le Seabird (ici photographié) et le Moonbird. Crédits : Emmanuelle Chaze - Radio France

L’appel restera sans réponse. L’intervention libyenne en zone maltaise n’est pas illégale en soi, c’est le retour des personnes interceptées dans un pays où leurs droits fondamentaux ne seront pas respectés qui l’est, tout comme le fait que les opérations libyennes ne sont pas effectuées selon les principes élémentaires de sauvegarde de la vie en mer, comme le rappelle Felix Weiss : 

Ils n’ont pas amélioré leurs capacités de sauvetage. Il n’y a pas de gilets de sauvetage à bord, il n’ont pas de semi-rigide pour opérer, ils se mettent juste à droite du pneumatique, et même quand les gens ont passé deux ou trois jours en mer, qu’ils sont déshydratés, avec le mal de mer etc, ils leur donnent juste une corde et les gens doivent d’eux-mêmes monter à bord du patrouilleur libyen. Il arrive même souvent que les gens passent par-dessus bord et se noient sous leurs yeux. 

Le 30 juin dernier, Seabird filme une interception brutale des garde-côtes libyens en zone maltaise : des coups de feu sont tirés dans l’eau, le patrouilleur libyen tente même de faire chavirer l’embarcation en bois avec des dizaines de personnes à bord, qui finiront par être interceptées, et ramenées en Libye. Les images sont largement partagées sur les réseaux sociaux, des parlementaires européens s’indignent et le parquet d’Agrigente, en Sicile, a ouvert une enquête pour tentative de naufrage de la part des garde-côtes libyens. Sous la pression internationale, la marine libyenne a, elle aussi, ouvert une enquête.

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"Au lieu de nous sauver, ils ont commencé à prendre des photos"

Des interceptions comme celles-ci sont courantes, comme en témoigne Souleymane, secouru le 27 avril dernier par l'Ocean Viking, de l'ONG SOS Méditerranée

Le bateau libyen est arrivé, ce qui a fait chavirer le nôtre. Je criais ; Maman ! Maman ! je vais mourir, je ne sais pas si vous pouvez vous imaginer. Les Libyens sont venus, et au lieu de nous sauver, ils sont commencé à prendre des photos. Après, ils ont envoyé un petit canot, et ont ramassé les gens, en nous insultant et en nous frappant.

Depuis le début de l’année, d’après les Nations unies, plus de 15 000 personnes ont été interceptées par les garde-côtes libyens. Dans le même temps, près de 57 000 personnes ont débarqué sur les côtes européennes, mais plus de 1 200 sont mortes en tentant la traversée de la Méditerranée.

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