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Site de la ferme dite des "1000 vaches"

La ferme dite des 1 000 vaches, symbole de l'agriculture industrielle, cesse son activité laitière

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Les premières vaches étaient arrivées sur place il y a six ans, dans des hangars géants situés entre les communes de Drucat-le-Plessiel et Buigny-Saint-Maclou, dans la Somme. Elles quittent progressivement les lieux. La ferme a définitivement cessé son activité laitière le 31 décembre 2020.

Site de la ferme dite des "1000 vaches"
Site de la ferme dite des "1000 vaches" Crédits : Association Novissen

Le projet a fait couler beaucoup d’encre dès son lancement il y a dix ans. La ferme dite des "1 000 vaches", située près d’Abbeville dans la Somme, vient d’arrêter sa production laitière.

La ferme des 1 000 vaches est le projet de Michel Ramery aujourd’hui disparu. Cet entrepreneur de travaux publics a investi une partie de sa fortune dans l’aventure.

Reportage de Véronique Rebeyrotte.

"Fin d’une aventure humaine hors norme" pour ses promoteurs, "victoire majeure contre l’industrialisation de l’agriculture" pour ses opposants. Deux modèles agricoles irréconciliables.

La ferme dite "des mille vaches" et ses immenses bâtiments moderne en plein champ se trouvent pas très loin de la société de Sylvain Eeckout. Cet entrepreneur de travaux agricoles travaillait pour la ferme comme prestataire :

Le bâtiment était fait pour mille vaches, pour l'ambiance, pour les animaux, pour qu'ils vivent correctement. C'était bien fait. Je suis petit fils d'un agriculteur qui avait une trentaine de vaches laitières , une ferme familiale avec énormément de contraintes. Ce modèle n'existera bientôt plus. Depuis quinze ans, on est arrivé à des systèmes où les gens se regroupent. C'est un peu le cas des mille vaches, où il y avait plusieurs producteurs qui se sont groupés déjà pour avoir des conditions de vie un peu plus normales. Et puis, économiquement et financièrement, afin d'être plus forts par rapport à la rentabilité de leur système. 

La ferme obtient un permis de construire pour une étable de 1 000 vaches, mais finalement n'aura l'autorisation que pour 500 bêtes. Un seuil que la ferme ne respectera pas. Elle accueillera jusqu'à 850 vaches, se mettant hors la loi. Un gâchis estime Emmanuel Decayeux, agriculteur depuis 30 ans, passé en bio et membre de la FDSEA 

Il y a eu un problème parce qu'ils ont obtenu un permis de construire pour 1 000 vaches, et puis après, on leur a dit non, ce sera seulement pour 500 vaches. C'est dommage d'avoir construit une belle installation, des mètres carrés de béton. On a artificialisé des terres pour rien .C'est du gâchis. C'est la concentration qui fait peur. Forcément, ça fait peur une ferme à 1000 vaches. Ce n'est pas mon modèle Ça ne serait pas rigolo d'avoir des fermes des 1000 vaches partout! Mais chez nous, il y a des fermes de 200-300 vaches qui sont aussi concentrées et qui mangent la même chose, du soja importé etc.."

"Nous n'avons pu aller au bout de l'exploitation à cause des actions juridiques et des oppositions", explique la responsable de la communication de la ferme. Une opposition qui avait dissuadé les collecteurs locaux d'acheter le lait. la collecte , 30 000 litres de lait par jour, partait en Belgique, où la coopérative Milcobel vient d'annoncer qu'elle mettait fin à ses activités laitières. C'est une satisfaction pour Francis Chastagner, porte-parole de l'association Novissen, après dix ans de lutte aux côtés de la Confédération paysanne.

Manifestation contre "la ferme des mille vaches" de l'association Novissen.
Manifestation contre "la ferme des mille vaches" de l'association Novissen. Crédits : association Novissen

On n'a pas combattu seulement cette usine à vaches parce que c'était chez nous. Attention, l'objectif, c'était d'en avoir dix ou vingt en France. Nous, on a toujours dit que c'était de l'agrobusiness. Quand vous avez un site où on produit 30 000 litres de lait par jour, qu'on envoie en Belgique chez Milcobel, une très grosse coopérative laitière en Belgique qui exporte son lait en Asie, en Afrique, avec les dégâts qu'on sait parce que c'est sous forme de lait en poudre amélioré, un peu avec de l'huile de soja. Les femmes africaines pensent que c'est du bon lait puisque ça vient d'Europe. Elles n'achètent plus le lait local, et elles mettent en difficulté les jeunes éleveurs là bas, qui se retrouvent au chômage. C'est tout un système. Et quand on lutte contre ce projet là, on sait bien qu'on lutte contre un des maillons de l'agro industrie internationale, avec des enjeux économiques qui sont considérables.            
Francis Chastagner, porte-parole de l'association Novissen

Le modèle de la ferme des "mille vaches" était regardé avec intérêt par l'Institut national de recherche sur l'agriculture. Cet arrêt prématuré frustre quelque peu Vincent Chatellier, économiste à l'Inrae:

On avait ici un laboratoire d'idées qui nous aurait permis d'aborder au moins quatre niveaux de questionnement par rapport à ce type de structure. Des questions de nature sociale: on avait affaire ici à beaucoup de salariat. Des questions économiques :y a-t-il finalement un coût de production du lait à la tonne moins élevé dans les grandes structures que dans les petites ? Des réflexions au plan environnemental: en quoi ce modèle avait des insuffisances et des vertus ? Et bien sûr, une réflexion aussi sur le bien -être animal, qui est également une question sociétale. Il y a une petite frustration quand même, parce que finalement, nous n'aurons pas la faculté en France d'avoir une vraie réflexion chiffrée, pondérée en dehors des passions, sur ces éléments qui sont intéressants à porter à notre connaissance.

La ferme des "mille vaches", propriétaire aussi de mille hectares de terres, devrait annoncer d'ici quelques jours qu'elle réoriente son activité vers les cultures comme le blé ou la betterave. 

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