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Voilà bientôt un an que les 1500 discothèques françaises sont fermées

Boîtes de nuit : "L'impression d'être non essentiel et nuisible !"

4 min
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Cela fait bientôt un an que les 1 500 discothèques françaises sont fermées. Un tiers d'entre elles ne réouvriront jamais. C'est ce que prévoit le Syndicat national des discothèques. Reportage au Tango et au Dépôt, deux boites gays du Marais à Paris. Deux salles, deux ambiances. Un même désespoir.

Voilà bientôt un an que les 1500 discothèques françaises sont fermées
Voilà bientôt un an que les 1500 discothèques françaises sont fermées Crédits : Anne Lamotte - Radio France

Le Tango, appelé aussi La Boîte à Frissons dans le Marais. Une institution. On y dansait depuis plus de cent-vingt ans. Cela fait maintenant onze mois, quasiment jour pour jour, qu’elle est fermée. Il y fait froid, noir. De vieilles affiches trainent dans un coin, les banquettes prennent la poussière et Hervé Latapie animateur de soirée ici depuis 1997 se souvient :

Quand vous envoyez sur cette piste de danse qui aujourd'hui est vide, en plein milieu de la nuit, une chanson d'Aznavour ou de Piaf, et que tout d'un coup, toute la salle, alors que vous avez des gens dont la moyenne d'âge est de moins de 30 ans, se met à chanter et qu'on se rend compte que ça fait partie de leur culture... Des moments comme ça, c'est magique ! Des moments de communion, c'est comme à la messe, c'est notre messe à nous ! (...) C'est un moment où on oublie, où on se rencontre, où on se drague, où on vit vraiment ! 

Hervé Latapie, animateur des soirées du Tango depuis 1997, seul au bar de la discothèque
Hervé Latapie, animateur des soirées du Tango depuis 1997, seul au bar de la discothèque Crédits : Anne Lamotte - Radio France

Le Tango plutôt chanceux dans son malheur. Devant la crise interminable du Covid, le propriétaire a décidé de vendre mais la Mairie de Paris a fait valoir son droit de préemption et fera tout, assure-t-elle, pour sauver l’endroit. Les étages deviendront logements sociaux, le rez-de-chaussée restera Tango. 

En attendant, les habitués trépignent. Comme Christian, 66 ans, qui découvre le club qui lui "a changé la vie" et lui "manque terriblement" après son divorce il y a une quinzaine d’années. Il y trouve "une famille" et une façon de vivre son homosexualité, en toute liberté : 

Il n'y a aucun clivage entre les jeunes et les moins jeunes, entre les très beaux garçons et les personnes moins gâtées naturellement, entre ceux qui savent bien danser et les autres. Vous vous sentez acceptés comme vous êtes et ça vous aide énormément à franchir le cap. Je connais quand même beaucoup de personnes qui ont trouvé leur bonheur affectif au Tango !

Michel Mau, directeur artistique du Dépôt à Paris, dont la piste de danse reste désespérément vide
Michel Mau, directeur artistique du Dépôt à Paris, dont la piste de danse reste désespérément vide Crédits : Anne Lamotte - Radio France

À un kilomètre de là aussi, au Dépôt, l'estrade, le carré VIP et la cabine DJ n'en peuvent plus d'être vides. Par terre, au milieu de la piste habituellement bondée, une grosse boule à facette. Plus de 20 ans d'existence et pourtant "c'est un peu comme visiter un musée", observe Michel Mau, directeur artistique de l’établissement qui tient à rappeler le rôle social que jouait sa boîte de nuit. Les efforts notamment pour informer les clients sur la réduction des risques liés à certaines pratiques sexuelles ou à la prise de drogue. Et le rôle d’attractivité pour les étrangers qui représentaient jusqu’à la moitié de sa clientèle. Le Dépôt pourrait toutefois disparaître ”au profit d’un supermarché pourquoi pas” craint Michel Mau. Et Paris ne serait plus Paris :

Le Paris de Toulouse-Lautrec, qui était dépeint dans "le gai Paris", ça fait partie de l'ADN de la ville dans laquelle on vient s'encanailler (...) et un Paris sans nuit, sans lieu de vie, ce serait un Paris triste. J'ai toujours eu l'habitude de dire que dans les années 60, Rome était la première destination touristique mondiale. Parce que c'était la Dolce Vita et que c'était une ville extrêmement attractive en terme de vie nocturne. Le jour où la Dolce Vita est morte à Rome et bien Rome est devenue neuvième ou dixième destination au niveau mondial. On vient à Rome une fois, mais on ne revient pas à Rome !

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Le Dépôt qui est soutenu, certes. Il y a le chômage partiel pour les 30 salariés, le fonds de solidarité de 1 500 euros par mois ou ces 20% du chiffre d'affaire du mois de décembre 2019 qui viennent de tomber. Tout cela est bienvenu mais "on lutte pour obtenir d’autres aides promises par l’Etat", s’insurge Michel Mau (comme par exemple ces trois fois 15 000 euros maximum). Difficile dans ces conditions de compenser le loyer du Dépôt - on ne le connaitra pas mais 900 mètres carré en plein troisième arrondissement de Paris on imagine que ça chiffre. "En effet" soupire le directeur artistique, inquiet et amer : 

On a l'impression d'avoir été complètement stigmatisé et abandonné, on devrait essayer de tous travailler dans le même sens et pas nous considérer comme des sous-lieux non essentiels. Parce que si l'Olympia a marqué sur sa façade "non essentiels", nous on est non essentiel, mais en plus, on a l'impression de se sentir nuisible !

L'impression seulement. Le Dépôt, vient, à trois reprises de transformer le temps d'un après-midi son dance floor en centre de dépistage gratuit Covid-19.  Pas rancunier et surtout impatient de rouvrir. 

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