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Le 4 juin 1989, la place Tiananmen est livrée aux chars du régime chinois. Ils répriment dans le sang un mouvement pro-démocratique inédit. Le nombre précis des morts reste inconnu.

Tiananmen, 30 ans après : la guerre contre l’oubli

4 min
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Alors que les autorités chinoises continuent de maintenir l'omerta sur la répression sanglante du 4 juin 1989, les victimes de la place Tiananmen veulent "sauver la vérité". Un reportage de notre correspondante en Chine, Dominique André.

Le 4 juin 1989, la place Tiananmen est livrée aux chars du régime chinois. Ils répriment dans le sang un mouvement pro-démocratique inédit. Le nombre précis des morts reste inconnu.
Le 4 juin 1989, la place Tiananmen est livrée aux chars du régime chinois. Ils répriment dans le sang un mouvement pro-démocratique inédit. Le nombre précis des morts reste inconnu. Crédits : CHENGDU - AFP

Dans la nuit du 3 au 4 juin 1989, pour mettre fin à l’occupation de la place Tiananmen par les jeunes étudiants et les ouvriers chinois, les chars roulent et l’armée tire à balles réelles. C'est un massacre. Le bilan n’a jamais été publié. Trente ans après, les anciens leaders du mouvement continuent de se battre pour que la vérité éclate.

Parler du 4 juin, « liu si » disent les Chinois en référence au bain de sang de 1989, est interdit, réprimé, et peut conduire à la prison. Fang Zheng est un ancien manifestant étudiant. Le 4 juin 1989, il a été écrasé par un char, et a perdu ses deux jambes. Il est toujours sur la liste noire en Chine, et vit à Taïwan. 

Le 4 juin, à 6h du matin, les tank ont poursuivi les jeunes étudiants qui quittaient pacifiquement la place Tiananmen. C'est à ce moment là qu’un tank a roulé sur moi, et m’a écrasé les jambes. Je veux connaître la vérité. Je veux savoir pourquoi les tanks ont pris en chasse les jeunes, qui a donné l’ordre, c'est quel tank qui m’a attaqué, et qui était le conducteur ?  

"Je dois continuer à rassembler des preuves et les conserver"

Feng Cong De était l’un des principaux leaders de la contestation. Exfiltré de Chine par l’opération "Yellow birds" en 1989, il a été accueilli en France, pour rejoindre les États-Unis. Il a fondé un site pour conserver la mémoire du mouvement pro-démocratique.

Beaucoup de gens ont perdu leur vie le 4 juin. C'est pour cela que je dois continuer à rassembler des preuves et les conserver. J'ai créé un site sur le 4 juin. Le parti communiste chinois a lancé la guerre contre la mémoire. Ils veulent détruire les souvenirs. Essayons de sauver la vérité.

"On veut que chaque famille soit dédommagée, que des excuses soient faites"

A Pékin, les mères de Tiananmen, dont les enfants étudiants ont été tués, réclament l’ouverture du dossier et que justice soit faite. Zhang Xianling a perdu son fils âgé de 19 ans. Le lycéen voulait seulement faire des photos historiques... "Nous, les familles et les blessés, on n’oubliera jamais. Notre position est toujours la même. Nous demandons à parler au gouvernement, nous demandons une enquête, la vérité et la publication de la liste des victimes. On veut que chaque famille soit dédommagée, que des excuses soient faites, et que les responsables soient désignés."    

Mais Tiananmen 89 est banni des livres d’histoire, et les jeunes nés après le mouvement ne savent rien ou pas grand-chose comme en témoigne ce jeune Chinois rencontré à Pékin. 

Le 4 juin à Tiananmen ? Je ne connais pas. Je suis né en 89, donc je ne connais pas bien ce sujet. Cela ne m'intéresse pas trop. J'ai l'impression que ça ne me regarde pas. 

Pour les 30 ans de Tiananmen, la police est sur les dents

La technologie high tech permet au régime chinois de censurer encore plus cette page de l’histoire contemporaine de la chine. Mais des Chinois rendront hommage discrètement. Hu Jia, l’une des jeunes figures de la dissidence chinoise se recueillera. "J’ai une habitude, entre le 3 juin et le 4 juin au soir : pendant 24 heures, je ne mange rien en hommage aux étudiants qui faisaient la grève de la faim ce jour là. J'allume une bougie entre 20h et 4h du matin. Je ne sais pas si ce sera possible cette année. Comme ce sont les 30 ans, la police est sur les nerfs. Peut-être que je ne pourrai même pas allumer une bougie.

On ne connaît toujours pas la liste des victimes du 4 juin, la croix rouge chinoise avait évalué le nombre de morts à 2 700. Liu Xiaobo, prix Nobel de la paix mort en détention, les appelait "les âmes errantes de Tiananmen".

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