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Dans la capitale du Haut-Karabagh arménien, Stepanakert, les habitants cloîtrés sans électricité. 5 octobre 2020.

Haut-Karabakh : la vie sous les bombes dans les sous-sols de Stepanakert

3 min
À retrouver dans l'émission

Le cessez-le-feu dans le Haut-Karabakh entre Arméniens et Azéris est pour le moins précaire depuis samedi. Reportage auprès de la population réfugiée dans les caves de Stepanakert, la capitale de l'enclave arménienne, au coeur du territoire de l'Azerbaïdjan.

Dans la capitale du Haut-Karabagh arménien, Stepanakert, les habitants cloîtrés sans électricité. 5 octobre 2020.
Dans la capitale du Haut-Karabagh arménien, Stepanakert, les habitants cloîtrés sans électricité. 5 octobre 2020. Crédits : Claude Bruillot - Radio France

Depuis le 27 septembre dernier, des combats opposent les troupes séparatistes, soutenues par l'Arménie, et l'Azerbaïdjan, les plus graves depuis le cessez-le-feu de 1994. Le conflit qui a pris de l'ampleur avec l'implication de la Turquie et de mercenaires syriens, a coûté la vie à des centaines de soldats et de civils de part et d'autres. Et, depuis samedi, de multiples violations d'un nouvel accord de cessez-le-feu ont eu lieu, dont s'accusent mutuellement les deux belligérants.

A Stepanakert, la capitale de l'enclave arménienne au coeur du territoire de l'Azerbaïdjan, les habitants qui sont restés, se mettent à l'abri des bombardements dans des caves et des sous-sols où ils vivent depuis deux semaines.

"Nos femmes ont survécu à la 1ère guerre et vont survivre à la 2ème... et à la 3ème aussi"

Lentement, sans paniquer malgré les bombardements à l'extérieur, comme pour défier l'ennemi, Makbet prend son temps pour nous conduire à travers un corridor poussiéreux en terre battue, dans les caves de son immeuble, au coeur d'un quartier au Nord-Est de Stepanakert.

A 68 ans, ce vétéran arménien de la 1ère guerre du Haut-Karabakh en 1992, dit qu'il est fier du courage des 8 femmes qui partagent avec lui une pièce de 30 mètres carrés.

Nos femmes ont survécu à la 1ère guerre et vont survivre à la 2ème... et à la 3ème aussi. Elles sont magnifiques, elles résistent. En tant que femmes, elles soutiennent vraiment nos hommes.

Ce sont des mères, des soeurs ou des épouses de soldats arméniens partis au front. Elles vivent là sous terre depuis deux semaines, comme Donara, 62 ans, professeure de langues étrangères. 

Nous avons peur. Nous restons ici et nous écoutons la sirène et comment la bombe tombe. Toutes les nuits nous restons ici. Quand il n'y a pas de sirène, nous sortons pendant le jour. [Vous avez espoir que la guerre va s'arrêter ?] Oui, j'ai confiance.

Dans une des caves de Stepanakert
Dans une des caves de Stepanakert Crédits : Claude Bruillot - Radio France

Donara et ses voisines ont installé une icône orthodoxe sur le rebord d'un mur. Elles essaient de trouver le sommeil sur des matelas posés à même des pierres ou des planches. Avant d'éteindre la lumière, Laura, 36 ans, mère de 2 enfants réfugiés en Arménie, ne décolère pas contre les ennemis azerbaidjanais qui ne respectent rien en bombardant des civiles sans défense. 

C'est une tragédie pour nous. Les Azerbaïdjanais ne pensent même pas qu'ils ont des blessés, des fils tués. C'est notre différence avec eux. Vous voyez, nous sommes là. Bien sûr, nous pourrions partir mais nous ne le ferons pas. Parce que, aujourd'hui, sur la ligne de front, ce sont nos maris, nos frères !

"Le malade peut avoir peur. Mais nous ne sommes pas malades"

Personne ne parle en revanche des bombardements arméniens sur Ganja, la deuxième ville d'Azerbaïdjan, avec là aussi des victimes civiles, dans ce conflit qui paraît sans fin, car jamais vraiment abordé sur le fond. Avec nous, Mikhail Roshchin, chercheur à l'institut d'études orientales à Moscou, observateur international dans le Haut-Karabakh entre 1996 et 1998. 

Les Arméniens sont un peuple historique, le premier royaume chrétien. A cause de cela, il y a des différences de mentalité entre ces deux peuples. Du point de vue du droit international, la terre ici appartient à l'Azerbaïdjan. Mais d'un autre côté, il y a aussi le droit à l'autodétermination. Le droit international ne le respecte pas tout à fait parce que vous voyez quand l'organisation des Nations unies a été formée, c'était la priorité des états, pas la priorité à l'autodétermination. 

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. Crédits : Claude Bruillot - Radio France

Avant de quitter les caves de cet immeuble de Stepanakert sous les bombes comme beaucoup d'autres, nous sommes attirés par un filet de lumière sous une porte, et quelques notes de musique... Dans un réduit de dix mètres carrés vit Oleg, 72 ans. Il ne peut pas dormir, alors il range quelques vieilles affaires, boit du thé et met de la musique pour couvrir le bruit des sirènes et des bombes.

Le malade peut avoir peur. Mais nous ne sommes pas malades. Nous sommes des hommes sages. Nous, peuple du Haut-Karabakh, nous sommes forts.

Bientôt, le jour va se lever sur Stepanakert. Encore une nuit de passée à tenir, disent Oleg, Donara, Makbet, Laura et tous les autres, les habitants des caves, qui attendront l'accalmie pour sortir admirer les montagnes autour. Leurs montagnes.

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