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Un enfant réfugié à Lesbos brandit une pancarte qui appelle, en allemand, à le sauver

Les réfugiés de l'île de Lesbos entre colère et épuisement

4 min
À retrouver dans l'émission

L'incendie du camp de Moria sur l'île grecque de Lesbos a ouvert un nouvel abîme pour les milliers de réfugiés. Jetés dans un nouvel exode, ils campent dans le plus grand dénuement au bord des routes mais refusent d'être de nouveau enfermés dans un camp.

Un enfant réfugié à Lesbos brandit une pancarte qui appelle, en allemand, à le sauver
Un enfant réfugié à Lesbos brandit une pancarte qui appelle, en allemand, à le sauver Crédits : Marie-Pierre Vérot - Radio France

A l’abri d’un muret, à même le bitume sous un soleil de plomb, dans la poussière d’un champ écrasé par la chaleur dès le matin mais battu par les vents quand le soir tombe, la misère du camp de Moria s’est répandue à ciel ouvert. Les routes qui descendent vers le port de Mytilène débordent d’enfants, de familles, bébés, jeunes gens qui  s’entassent dans le plus grand dénuement… qui sur un bout de carton, qui sous une bâche plastique, une toile de tente ou dans une cabane de fortune faite de roseaux. 

Partout, la même désolation… que résume Hosseini, épuisé. Il est arrivé d’Afghanistan il y a de longs mois :  

Nous ne savons où aller… Nous sommes en famille, avec beaucoup d’enfants. Nous n’avons rien à manger, ils ont soif… tout a été détruit.

Un enfant brandit un carton à mon approche, il est écrit, en allemand : "J’ai fui la guerre mais maintenant je suis en danger à Moria, sauvez-moi s’il vous plaît". 

Les camions de l’armée bloquent l’accès à la ville de Mytilène, capitale de l’île. La route vers l’ancien camp de Moria est, elle, bloquée par des résidents en colère qui ne veulent plus des réfugiés.  

L'exode des réfugiés du camp de Moria (île Lesbos) qui a vient d'être réduit en cendres.
L'exode des réfugiés du camp de Moria (île Lesbos) qui a vient d'être réduit en cendres. Crédits : Marie-Pierre Verot - Radio France

"Ce n'est pas l'Europe !"  

Le chaos domine. Un monsieur se précipite, son fils devient fou, il a tenté de le poignarder, il cherche un médecin. Une famille congolaise apparaît poussant une poubelle chargée de quelques effets sauvés des flammes. "Cela fait quatre jours que nous marchons sans savoir où aller, sans eau, avec un bébé de deux semaines, s'indigne Abangui. Nous sommes abandonnés. Je ne crois pas que ce soit l'Europe.  Sommes nous en Europe ou, en dehors de l'Europe! S'il s'agit de mourir, qu'on meure ici en cours de route, mais qu'au moins on sauve l'âme de ces enfants !"

Partout la même fatigue dans les yeux et un même cri, que l’on soit jeune ou vieux, Afghan, Congolais, Somalien ou Syrien, : partir, quitter cette île devenue une prison.  

Quelques Afghans improvisent une manifestation. Ils crient "liberté !" Une jeune femme enceinte s’effondre en larmes. "Ce n’est pas de la nourriture que nous voulons, je ne vous demande pas d’eau, crie-t-elle. Je ne veux juste plus vivre ici. Nous voulons partir de Grèce !

La majorité des réfugiés ne veut plus d’un camp, quelle qu’en soit la nature. Et a encore manifesté ce week end, essuyant des tirs de gaz lacrymogènes. Des enfants ont eu le visage brûlé. 

Après que le camp de Moria sur l'île Lesbos ait été réduit en cendre, les migrants cherchent un nouveau point de chute.
Après que le camp de Moria sur l'île Lesbos ait été réduit en cendre, les migrants cherchent un nouveau point de chute. Crédits : Marie-Pierre Verot - Radio France

A quelques kilomètres, l’armée grecque érige en effet des tentes, qui s’alignent derrière des barbelés. Le gouvernement a promis un camp fermé. Sans doute la pire des solutions selon Sayed. Un désastre annoncé. Il a vécu l’enfer de Moria, il en est aujourd’hui sorti et travaille pour une ONG. "Moria, prévient-il, était une bombe à retardement, elle a explosé, n’en fabriquez pas une nouvelle. "

Même cette catastrophe n’a rien changé. C’est le même état d’esprit : les enfermer, les empêcher de bouger, les mettre dans des camps, derrière des barreaux. Combien de temps allez vous continuer ainsi ? Si vous ne les voulez pas, si vous ne voulez pas les intégrer dites leur 'Nous ne voulons pas de vous. Nous ne sommes pas l’Europe que vous croyez. Nous ne vous aimons pas. Vous devez rentrer chez vous'. Et renvoyez-les au lieu de les torturer ainsi. C’est le moins que vous puissiez faire. Pour être au moins honnête avec vous-même. Parce qu’enfermer les gens dans un camp ce n’est pas une solution. Chaque fois que vous le ferez cela reviendra en boomerang. Chaque fois que vous restreindrez leurs droits. Parce que c’est dans la nature humaine. Vous les mettez sous pression, ils vont revenir plus fortement encore. Et vous aurez des problèmes. Et croyez-moi, c’est vous qui le paierez le plus cher au bout du compte. Parce que ces gens disent : 'Ce sont des Européens' et vous, vous, appartenez à l’Europe. 

Mais l’Europe ne semble pas avoir pris la mesure du désastre

L'exode des réfugiés du camp de Moria (île Lesbos) qui a vient d'être réduit en cendres.
L'exode des réfugiés du camp de Moria (île Lesbos) qui a vient d'être réduit en cendres. Crédits : Marie-Pierre Verot - Radio France
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