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Des élèves indiens lors des prières matinales dans leur école à Guwahati, dans la région de Betkuchi. L'établissement est géré par l'organisation hindoue Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS). Auteur : Biju Boro

Inde : aux racines du nationalisme hindou

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Ce lundi commence la visite d’État de Donald Trump en Inde. Deux jours pour échanger avec son homologue indien, le Premier ministre et nationaliste Narendra Modi, dont la politique est soutenue par un réseau d'écoles hindouistes, foyers de la radicalisation en Inde.

Des élèves indiens lors des prières matinales dans leur école à Guwahati, dans la région de Betkuchi. L'établissement est géré par l'organisation hindoue Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS). Auteur : Biju Boro
Des élèves indiens lors des prières matinales dans leur école à Guwahati, dans la région de Betkuchi. L'établissement est géré par l'organisation hindoue Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS). Auteur : Biju Boro Crédits : Biju Boro - AFP

Réélu en mai dernier le Premier ministre indien Narendra Modi accentue sa politique nationaliste, au risque de crisper encore davantage une grande partie de la population, qui s’oppose à plusieurs mesures favorisant la majorité hindoue et discriminant ouvertement et légalement certaines minorités, notamment les musulmans.

En arrière plan, une idéologie, promue par l'organisation fondatrice du parti hindou, le Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS). Celle-ci possède des dizaines de milliers d’écoles qui diffusent des principes nationalistes depuis plus de trente ans et dont l’enseignement a préparé le terrain de cette radicalisation hindouiste. 

Reconstitutions sanglantes

En ce 16 décembre, dans la petite ville de Kalladka, au sud-ouest de l’Inde, l’école hindouiste de Sri Ram Vidya Kendra célèbre sa fête annuelle devant des milliers de personnes, dont un ministre fédéral. Sur la scène, des dizaines de lycéens s’élancent alors contre une grande affiche représentant une mosquée et la détruisent à coups de pieds, encouragés par des chants hindous.

Ces élèves rejouent ainsi la destruction de la mosquée de Babri, menée en 1992 par les hindouistes. Un des épisodes les plus violents de l’histoire contemporaine indienne, qui a provoqué des émeutes religieuses. Cette partie du spectacle a créé un scandale, mais Prabhakar Bhat, le fondateur de l’école et dirigeant régional de l’organisation hindouiste du RSS, ne voit pas où est le problème.

Nous n’avons fait que montrer un fait historique : la destruction de cette structure de Babri. Ce n’était même pas une mosquée, car personne n’y priait. ce n’était qu’une structure qui a été démolie car elle était construite sur un temple de Ram. 

Un habitant musulman du village a porté plainte contre la direction de l'école. Muaad, ami du plaignant : "Ils ont reproduit l’image de la mosquée pour la faire détruire à nouveau par des enfants. C’est brutal pour nous. Et c’est une honte pour l’humanité."

Nous voulons être en paix. Mais ils essaient d’instiller cette haine dans la tête de la jeune génération. 

30 000 écoles sont dirigées par la branche éducative du RSS, appelée Vidya Bharti. Elle travaille avec des millions d’enfants dans toute l’Inde. Beaucoup d'établissements recevant des financements publics, ils doivent suivre le programme régional. Mais, à l'instar de celui de Kalladka, ils ajoutent alors leurs propres livres, où s’insère la propagande.

Apologie du nazisme

Aditya Mukherjee, professeur d’histoire à l’université Jawarhalal Nehru de New Delhi, a coécrit un livre sur le sujet. Il a identifié des passages effrayants dans des ouvrages distribués depuis les années 1990 :

Voici ce qui est enseigné aux écoliers âgés de 9 ans : "Partout où va l’Islam, ses pratiquants arrivent avec une épée dans une main et le Coran dans l’autre. Des rivières de sang coulent partout où arrive l’Islam." Ces enfants grandissent en apprenant que les musulmans sont des monstres et que tuer un musulman est un acte nationaliste.

Un autre manuel scolaire des éditions du RSS, destiné aux élèves d’environ 15 ans, fait l’apologie du nazisme, reflet de l’intérêt des nationalistes hindous de l’époque pour les théories européennes sur la pureté de la race.

Pour beaucoup, la mise en application de cette théorie suprémaciste hindoue est illustrée par la loi sur la citoyenneté, adoptée le 11 décembre dernier par le parlement indien. Celle-ci facilite la naturalisation d’immigrés illégaux venus de trois pays voisins mais en exclut les musulmans. La nationalité est ainsi pour la première fois attribuée sur des bases religieuses, ce qui semble inconstitutionnel dans ce pays laïc.

Cette réforme a fait naître une vague de révolte en Inde, concentrée aujourd’hui dans le quartier de Shaheen Bagh, à New Delhi. Amir taqui, 18 ans, est l’un des manifestants :

Lors de l’indépendance, l’Inde a été divisée et beaucoup de personnes sont mortes dans des affrontements religieux entre hindous et musulmans. J’ai peur que cette loi crée les mêmes effets et que beaucoup meurent à nouveau.

Le parti nationaliste hindou du BJP a déjà affirmé qu’il ne retirera jamais cette loi sur la citoyenneté.

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