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L'ancienne voie de chemin de fer Istanbul-Bagdad, qui traverse les villes kurdes, est depuis les années 1920 la frontière entre la Turquie et la Syrie

À la frontière turco-syrienne, les familles kurdes éparpillées

4 min
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À la frontière turco-syrienne, les forces kurdes ont accepté de se retirer à 30 km de la ligne de séparation qui sépare Syrie et Turquie. Les familles qui vivent de chaque côté se retrouvent encore un peu plus éloignées. Reportage sur place signé Eric Biegala et Gilles Gallinaro.

L'ancienne voie de chemin de fer Istanbul-Bagdad, qui traverse les villes kurdes, est depuis les années 1920 la frontière entre la Turquie et la Syrie
L'ancienne voie de chemin de fer Istanbul-Bagdad, qui traverse les villes kurdes, est depuis les années 1920 la frontière entre la Turquie et la Syrie Crédits : Gilles Gallinaro - Radio France

Après l'offensive de la Turquie entamée le 9 octobre, les forces kurdes ont accepté de se retirer à 30 km en-deçà de la frontière turco-syrienne, éloignant un peu plus des familles entières qui vivent de part et d'autre de cette ligne de séparation, l'une des cinq qui partage le Kurdistan.

Des familles kurdes séparées par la frontière

Sur Kobané, les emblèmes du Rojava flottent toujours désormais aux côtés du drapeau syrien.
Sur Kobané, les emblèmes du Rojava flottent toujours désormais aux côtés du drapeau syrien. Crédits : Gilles Gallinaro - Radio France

Du fond de son appartement, en Turquie, Amed essaie de joindre une parente de l'autre côté, en Syrie et finit par envoyer un message audio via une application de messagerie : "Leila comment ça va ? Vous allez bien ? Vous êtes où ? Est-ce qu'il y a des combats ? On s'inquiète pour vous... Comment vont les enfants ? As-tu eu des nouvelles de ton fils ? Je sais qu'il n'est pas avec toi. Quand tu as ce message, réponds- moi s'il te plaît ! On s'inquiète !" Les cousines échangent ainsi, rarement en direct, de part et d'autre de la frontière.

"Dès que j'ai écouté les messages, je les efface : on ne peut pas les garder. Peut-être qu'on est sur écoute. Dès qu'on dit quelque chose, les autorités peuvent nous arrêter et nous jeter en prison. On a peur", témoigne Amed. Il faut dire qu'Amed et son mari Agür, s'ils sont citoyens turcs nés en Turquie, n'en sont pas moins kurdes et surtout très proches du PKK, comme toute la famille d'ailleurs.

Quand ils ont construit le chemin de fer, cela nous a séparés en deux. Une partie de la famille est restée ici, l'autre partie de l'autre côté et cette ligne de chemin de fer posée durant l'Empire ottoman est même devenue une frontière entre deux nouveaux pays : Turquie et Syrie.                    
Amed, une Kurde qui vit en Turquie

Quant aux  Kurdes qui vivaient là, ils  se sont retrouvés Syriens ou Turcs. Et quand ils se battent pour une indépendance kurde, c'est aussi bien d'un côté que de l'autre. Agür, le mari d'Amed l'avoue : avec sa femme, ils ont déjà pris les armes par le passé et pourraient bien recommencer. "Nous avons été engagés dans la lutte armée. Quand nous nous sommes mariés et qu'on a eu des enfants, nous sommes repassés dans la vie civile. Je veux reprendre les combats, dans les rangs de la guérilla et dans ceux du PYD [Parti de l'Union démocratique kurde, ndlr]. Je ferai mon possible pour eux. Notre objectif, c'est un Kurdistan indépendant. J'ai de l'espoir. Si je ne le vois pas un jour, ce sont mes enfants qui le verront, ou mes petits-enfants."

Des Kurdes qui hésitent à rentrer en Syrie

Tous les Kurdes ne sont pas affiliés au PKK, loin s'en faut. Bavé Rubar, par exemple, Syrien réfugié en Turquie et qui passe ses soirées devant Rudaw, chaîne kurde irakienne. "Nous avons toujours l'espoir d'entendre une bonne nouvelle. Tous les Kurdes d'ici regardent cette chaîne qui est dans notre langue, tout le monde ici attend 19 heures pour écouter les infos du Rojava." Ce Rojava, le Kurdistan occidental ou syrien, Bavé Rubar aurait bien aimer le préserver. Mais maintenant que le régime syrien y a repris pied, il hésite à rentrer dans un pays où les droits des Kurdes ne seraient pas garantis. "La Syrie ne veut pas perdre ce territoire et les Kurdes ne veulent pas non plus quitter la Syrie. On veut vivre en paix, qu'on puisse préserver notre identité, notre existence dans l'intégralité de l'État syrien."

Ce soir-là à Kiziltepe, en Turquie, se tient la veillée funéraire d'Abdulamid Devres. Ce politicien kurde est mort d'un arrêt cardiaque la veille en Syrie. Mahmoud Ibrahim Remo, membre du même parti, l'ENKS [le Front national kurde de Syrie] est venu présenter ses condoléances. Pour lui, l'expérience d'un Rojava administré par les hommes des YPG [Unités de protection du peuple] n'aura pas été précisément celle d'un Kurdistan libre. "Dire que c'était un pays libre, c'est quand même loin de la vérité : ce sont des militants armés qui étaient au pouvoir, pas des politiques, rien à voir avec un État de droit. Nous, à l'ENKS, on a toujours des gens dans leurs prisons aujourd'hui", explique Mahmoud Ibrahim Remo. Lui non plus ne rentrera pas en Syrie, du moins pas tout de suite. Il attend, non pas un Kurdistan indépendant mais plutôt, une Syrie Nouvelle : "si la Constitution n'est pas réécrite, on n'aura rien. Ni justice, ni droit. Les Kurdes sont un peuple d'ici : leurs droits doivent être parfaitement définis dans la Constitution".

Mahmoud Ibrahim Remo, membre du Front national kurde de Syrie (ENKS)
Mahmoud Ibrahim Remo, membre du Front national kurde de Syrie (ENKS) Crédits : Gilles Gallinaro - Radio France

La première réunion du Comité constitutionnel syrien, chargé de réécrire la Constitution est prévue à Genève ce mercredi. Les Kurdes de l'ENKS y participeront, ceux des YPG n'ont pas été conviés.

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