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Prière silencieuse en hommage aux victimes du massacre d'Ogossa Place des Martyrs à Bamako le 26 mars 2019

Mali : retour sur le massacre d'Ogossagou, la pire tuerie depuis la crise de 2012

4 min
À retrouver dans l'émission

Il y a dix jours, dans le village d’Ogossagou-Peul, au centre du Mali, 157 personnes, issues de la communauté peule, étaient tuées, et plus de 70 blessées. Reportage à l’hôpital de Sévaré, où une quarantaine de blessés ont été évacués.

Prière silencieuse en hommage aux victimes du massacre d'Ogossa Place des Martyrs à Bamako le 26 mars 2019
Prière silencieuse en hommage aux victimes du massacre d'Ogossa Place des Martyrs à Bamako le 26 mars 2019 Crédits : Nicolas Remene / Le Pictorium - Maxppp

Ce samedi-là, le 23 mars dernier, plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines d’assaillants surprennent le village d’Ogossagou-Peul, vers 5h du matin. Plus de 400 cases ont été brûlées. De nombreux corps ont été retrouvés calcinés. Le bétail a également été tué. L’attaque a été qualifiée de terroriste par le gouvernement malien, à cause de son mode opératoire et de l’étendue du massacre. Pour ne pas avoir réussi à l’empêcher, l’armée malienne a été pointée du doigt : les militaires ont mis plusieurs heures à se rendre sur place, alors qu’ils étaient basés à une quinzaine de kilomètres de là. De quoi alimenter les soupçons de collusion entre les autorités maliennes et certains milices de chasseurs : l’Etat est accusé d’avoir « délégué » la gestion de la sécurité dans le centre.  

Un homme blessé à la tête alors qu’il essayait de sauver un de ses amis et hospitalisé à Sévaré témoigne : "Après la prière, on est sortis de la mosquée, j’ai entendu les tirs. Tout le monde s’est levé. Tous ceux qui avaient des armes ont pris leurs armes. Les assaillants ont encerclé le village, certains étaient là pour tirer, d’autres pour mettre le feu. Tous ceux qui ont cherché à secourir leurs proches blessés ont aussi reçu des balles."  

Une semaine après le massacre, cet homme ne sait pas si sa femme ou son enfant sont encore vivants.  Il faisait partie d’un groupe de défense peul, se réclamant du processus de désarmement. Ils étaient une soixantaine dans le village.  

On nous a dit que les Peuls doivent se regrouper pour leur propre sécurité, parce que les Dogons attaquent très fréquemment les Peuls. Ce n’est pas pour attaquer qui que ce soit, mais on reste dans le village pour le protéger et riposter en cas d’attaque.  

Crédits : Visactu

Des assaillants toujours inconnus

Les assaillants n’ont toujours pas été identifiés, une enquête est en cours. La communauté peule souffre d’amalgame, elle est accusée de soutenir les groupes djihadistes, à cause du leader djihadiste peul Amadou Koufa. Les témoins du massacre d’Ogossagou-Peul décrivent l’utilisation d’armes lourdes, de type militaire. Des milices de chasseurs traditionnels dogons sont soupçonnées. Selon une femme qui a perdu quatre fils dans l’attaque : 

Ils parlaient dogon entre eux. L’un a dit « tirez » l’autre « non, mettons seulement le feu », un troisième avec son couteau cherchait seulement à égorger. Ils s’exprimaient en dogon, pas en bambara. C’était des Dogons des villages alentours qui se sont regroupés pour faire ça, je les connais tous. Quand ils ont réclamé de l’argent et des téléphones, on a répondu qu’on en n’avait pas. Ils sont partis et ils sont allés dans l’autre case, ils ont tué tous les homme qui étaient là-bas. Ils tiraient sur les plus âgés, et égorgeaient les plus jeunes.  

Parmi les victimes, plus d’un tiers sont des enfants, selon l’Unicef.  

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Plus de 700 morts dans le centre du Mali dans des violences inter-communautaires depuis l’année dernière

Une autre victime témoigne dans l'hôpital : "Ce n’était peut-être pas le jour où je devais mourir, mais ce n’est pas parce que je suis une femme que je suis encore vivante. Il y a beaucoup de femmes parmi les victimes. Ils n’épargnaient ni les enfants, ni les femmes, ni les vieillards. Ils tiraient sur tout ce qui bougeait."  

Depuis plusieurs années, le centre du Mali est déstabilisé par la présence de groupes djihadistes, l’absence de l’Etat, la prolifération des armes et l’affaiblissement des autorités traditionnelles. Les conflits entre communautés, principalement liés à la terre, se sont exacerbés. Abdoulkarim Maiga est membre de l’Association malienne des droits de l’Homme :

Le conflit peut être qualifié d'ethnique, de communautaire. Il ne faut pas se le cacher. Même si ce n'est pas le cas c'est en train de le devenir parce que les gens s'accusent mutuellement de part et d'autre et il y a des représailles. Et dans les discours, une certaine haine se développe. Même si au début, ce n'était pas vraiment cela. 

Selon l’Onu, depuis l’année dernière les violences inter-communautaires ou commises par des groupes d’auto-défense ont fait plus de 700 morts dans le centre du Mali, des Peuls mais aussi des Dogons et des Bambaras.

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