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L'Eglise Saint-Nicolas de Leipzig devant laquelle s'est tenue le 4 septembre 1989 une première manifestation qui fera tomber deux mois plus tard le mur de Berlin et le régime de la RDA

Il y a trente ans, le mur de Berlin vacille d'abord à Leipzig

4 min
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Il y a trente ans très exactement, le 4 septembre 1989, en Allemagne, une manifestation sur la place d'une église de Leipzig allait changer durablement le cours de l’Histoire. 65 jours plus tard, le mur de Berlin tombait et avec lui le régime communiste de la RDA. Retour sur cette journée décisive.

L'Eglise Saint-Nicolas de Leipzig devant laquelle s'est tenue le 4 septembre 1989 une première manifestation qui fera tomber deux mois plus tard le mur de Berlin et le régime de la RDA
L'Eglise Saint-Nicolas de Leipzig devant laquelle s'est tenue le 4 septembre 1989 une première manifestation qui fera tomber deux mois plus tard le mur de Berlin et le régime de la RDA Crédits : Ludovic Piedtenu - Radio France

Il a aujourd’hui 89 ans. Un Pasteur dont la voix est encore capable de porter quand il s’adresse à sa communauté, celle de l’église évangélique luthérienne de Leipzig. 

Le Pasteur Friedrich Magirius, le lundi 2 septembre 2019, s'exprime à l'occasion d'une "prière pour la paix"
Le Pasteur Friedrich Magirius, le lundi 2 septembre 2019, s'exprime à l'occasion d'une "prière pour la paix" Crédits : Ludovic Piedtenu - Radio France

Le Pasteur Friedrich Magirius se tient debout au centre de la Nikolaikirche, l’Eglise Saint-Nicolas, en plein cœur de la ville. Sous un orgue imposant et un chœur réuni pour l’occasion, il assure la « prière pour la paix ». Il y a beaucoup de touristes parce que cette prière qui se tient chaque lundi à 17h depuis les années 80 a marqué l’Histoire.

La contestation populaire contre le régime communiste de la RDA a commencé ici, dans cette église. Le lundi 4 septembre 1989.

Les "Prières pour la paix" se tiennent chaque lundi depuis les années 80 dans l'Eglise Saint-Nicolas de Leipzig
Les "Prières pour la paix" se tiennent chaque lundi depuis les années 80 dans l'Eglise Saint-Nicolas de Leipzig Crédits : Ludovic Piedtenu - Radio France

Quelques jours plus tôt, Friedrich Magirius reçoit un courrier, subit des pressions des autorités, du maire de la ville et du secrétaire du parti qui lui ont dit :

Vous ne pouvez plus organiser ces prières pour la paix ! se souvient-il en soufflant. Ils avaient reçu ordre du gouvernement d’empêcher, après la pause estivale, la reprise de ces prières pour la paix. On leur a répondu : nous n’avons qu’un seul chef, il est là-haut, c’est Dieu !

La police politique, la Stasi, avait bien identifié ces Est-Allemands de plus en plus nombreux à se rassembler le lundi soir, des pacifistes inquiets des tensions entre l’Est et l’Ouest lancés dans une course à l’armement. Mais après la prière à l’Eglise, ils rentraient toujours chez eux. Sauf… ce lundi 4 septembre. Près d’un millier de personnes sort du temple et se rassemble sur la place. Ces opposants au régime communiste manifestent pour la première fois au grand jour.

Moi et les autres, nous voulions rester pacifiques. Nous scandions "Pas de violence" ! On voulait mettre un terme à cette dictature, on voulait la démocratie.

Dans l'Eglise Saint-Nicolas de Leipzig, une exposition rappelle les évènements de 1989, à commencer par la manifestation du 4 septembre
Dans l'Eglise Saint-Nicolas de Leipzig, une exposition rappelle les évènements de 1989, à commencer par la manifestation du 4 septembre Crédits : Ludovic Piedtenu - Radio France

Une banderole réclame l’ouverture des frontières du pays et la liberté de voyager, elle est vite arrachée par un indicateur de la Stasi. Mais pour le régime, il est déjà trop tard. L’instant a été capturé par des journalistes étrangers, les manifestants le savaient. C’est la foire du livre de Leipzig, l’un des rares moments de l’année où la RDA autorise des journalistes occidentaux à se rendre ailleurs qu’à Berlin. 

1989 commence pour moi une nouvelle époque. 89, enfin ! Enfin la démocratie ! - Friedrich Magirius

Friedrich Magirius, 89 ans, dirigeait les églises évangéliques luthériennes de Leipzig au moment des évènements de 1989
Friedrich Magirius, 89 ans, dirigeait les églises évangéliques luthériennes de Leipzig au moment des évènements de 1989 Crédits : Ludovic Piedtenu - Radio France

« Wir sind das Volk », « Nous sommes le peuple » est sans doute le slogan le plus célèbre de ces « manifestations du Lundi ». Les semaines qui suivent ce 4 septembre, les « Prières pour la paix » ne se tiennent plus seulement dans la Nikolaikirsche mais dans trois autres églises. Ils ne sont plus 1 000 à occuper une place, mais 20 000 fin septembre à défiler dans toute la ville. Chaque lundi de plus en plus nombreux. Plus de 70 000 le 9 octobre, un mois avant la chute du mur. 120 000 le lundi suivant puis 200 000, 300 000...

D’autres villes rejoignent la contestation, sans une seule goutte de sang versée, d’où le nom de « révolution pacifique ». Le tout, en 65 jours. Le pasteur Friedrich Magirius se souvient que même à la fin du mois d’octobre, personne n’imaginait que le mur de Berlin tomberait quelques jours plus tard, le 9 novembre. Tout comme ils ignoraient que leur manifestation du 4 septembre en serait la toute première secousse. 

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