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La régie, d'où partira le flux de la web radio, située au-dessus de la salle dite "Grand Procès" du Palais de Justice historique de Paris sur l'Ile de la Cité

Procès des attentats du 13 novembre : une webradio pour les parties civiles

4 min
À retrouver dans l'émission

Le procès qui s’ouvre aujourd’hui devant la cour d’assises spéciale de Paris est un défi logistique sans précédent pour l’institution judiciaire qui a décidé de retransmettre l'audience via une webradio. Une première qui ne fait pas l'unanimité.

La régie, d'où partira le flux de la web radio, située au-dessus de la salle dite "Grand Procès" du Palais de Justice historique de Paris sur l'Ile de la Cité
La régie, d'où partira le flux de la web radio, située au-dessus de la salle dite "Grand Procès" du Palais de Justice historique de Paris sur l'Ile de la Cité Crédits : Olivier Corsan - Maxppp

Certains l’appellent déjà "le procès du siècle". Celui des attentats du 13 novembre 2015 qui débute aujourd'hui devant la cour d’assises spéciale de Paris, dans le Palais de justice historique sur l’Ile de la Cité. Hors norme : on compte près de 1 800 parties civiles, plus de 300 avocats pour environ 8 mois d’audience. Impossible d'accueillir tout le monde dans la salle "Grand Procès" spécialement construite dans la Salle des Pas Perdus du Palais où 550 personnes pourront se rassembler. Quinze autre salles d'audience du Palais seront disponibles pour suivre l'audience en direct et sur écran. Mais Jean-Michel Hayat, le premier président de la Cour d’Appel de Paris, a tenu à ce que personne ne se sente privé de procès : 

Il n'est pas pensable d'imaginer que 1 800 personnes vont pouvoir consacrer huit mois de leur vie à assister aux débats alors qu'elles ont une vie familiale, une vie professionnelle et le "tout ou rien" me paraissait inadmissible. Il fallait donc imaginer un dispositif qui permette de suivre les débats à distance.

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. Crédits : Jean François Ottonello / Nice Matin - Maxppp

"Sortir du "tout ou rien""

D’où cette webradio, dont le flux est diffusé depuis la régie située au-dessus de la salle d'audience et uniquement destinée aux parties civiles précise le magistrat : "La webradio, c'est quoi ? C'est la possibilité d'obtenir par la Cour d'Appel un code secret avec une identification forte. On se connecte sur Internet et on va suivre les débats en forme radio avec un léger différé de 30 minutes". Le temps nécessaire pour le Président de la Cour d’Assises d’intervenir en cas d’incident à l’audience. Sur l’écran de l’ordinateur, un bandeau doit aussi apparaître avec le nom et la fonction de la personne qui dépose : 

À mon sens, ce qui est important, c'est vraiment de permettre aux uns et aux autres de s'organiser sur le temps long car on n’a jamais imaginé un procès avec autant de souffrance, autant de douleur, aussi récent dans la mémoire collective.

Et pourquoi pas une web télé dont le projet a lui aussi été étudié - d'autant que dix caméras sont installées dans la salle d'audience pour archiver les débats ? : "Cela posait beaucoup de problèmes de sécurité et d’images qui pouvaient être détournés, de difficultés ressenties par les parties civiles" répond Jean-Michel Hayat, "le passage à la télé ne faisait vraiment pas l'unanimité et il était important pour moi qu'une telle innovation soit portée par le plus grand nombre".

La salle "Grand Procès" construite pour le procès des attentats du 13 Novembre 2015 dans la salle des Pas Perdus du Palais de Justice historique de Paris
La salle "Grand Procès" construite pour le procès des attentats du 13 Novembre 2015 dans la salle des Pas Perdus du Palais de Justice historique de Paris Crédits : Anne Lamotte - Radio France

"Un pis-aller utile" mais aussi potentiellement dangereux

Rien ne remplace "l’expérience de la salle d’audience" ni "la force du rituel judiciaire", observe Arthur Dénouveaux, rescapé du Bataclan et président de l’association Life for Paris, "cette webradio est un pis-aller mais elle est utile" reconnaît-il. 

En revanche, il existe malgré tout des risques, comme celui du piratage : "Tout sur internet se pirate, même ce qui est extrêmement bien sécurisé !" ou celui de "réveiller un stress post-traumatique, ça peut faire plonger dans un état relativement grave”. Charge à la Justice, notamment, de fournir le programmes des audiences :

Par exemple, on sait que dans le dossier il y a un enregistrement de deux heures, glaçant, horrible, de ce qui s'est passé à l'intérieur du Bataclan. Il n’est pas sûr que cet enregistrement soit diffusé à l’audience mais s'il l'était, il est certain qu'il faut prévenir les gens que s’ils se connectent à la webradio, ils risquent de tomber dans des sons, dans quelque chose qui peut leur faire avoir une crise de panique.

Dans ces cas-là, l’internaute pourra composer le numéro mis en place par l’association Paris Aide aux victimes qu’il aura sous les yeux pour parler à un psychologue et/ou être guidé vers un professionnel autour de chez lui. Car pour Isabelle Sadowski, de la Fédération France Victimes, "entendre sans voir" peut en effet faire ressurgir des émotions trop fortes ou en générer de nouvelles : "L'autre paramètre est que la victime va entendre ces paroles de l'audience dans un univers atypique si je puis dire, qui n'est pas l'enceinte judiciaire, mais qui pourra être n'importe où, sur son canapé, dans sa cuisine… un univers qui lui est propre. Et c’est là que vont venir s'insérer les souvenirs, les propos des attentats qu'elle aura subis et cela peut être d'autant plus compliqué à vivre pour elle”, comme si l’atrocité des attaques pénétrait son intimité. 

"Un procès, ce sont des images et des présences indispensables !"

Et c’est pour cela que c’est une mauvaise idée pour Maître Jean Reinhard : "Un procès, ce sont des images et des présences indispensables", insiste l’avocat de 117 parties civiles dans ce procès : 

Je peux vous dire qu’ils sont dans une douleur absolue ! J’en ai une encore qui est venue lundi dernier et qui m’a montrée un zona qui apparait en perspective du procès. Je ne voudrais pas que sous prétexte qu'on laisse un petit numéro de téléphone avec le bandeau qui dit “appelez tel numéro si vous avez une difficulté, une appréhension" que ces personnes se retrouvent seules. L'idée d'un procès, c’est d’être en collectif, ensemble, pour créer cette œuvre de justice et écouter les parties civiles, les coupables, les questions, les témoins, etc. c’est tous ces éléments. Et  je trouve que cette solitude et cette froideur malgré tout de la webradio ne me semblent pas correspondre aux enjeux du débat. C'est une solution moderne mais ce n’est pas une solution que j'aurais utilisée au moment d'un procès d'envergure.

Autre colère, celle de certains avocats de parties civiles étrangères qui ne parlent pas français car le dispositif de la webradio ne prévoit aucune traduction.  

> Retrouvez notre dossier Au cœur du procès des attentats du 13 novembre 2015.

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