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Dans la région du Rondônia, état brésilien frontalier de la Bolivie, la terre porte les stigmates des flammes

Amazonie : sur la route des incendies

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Encore de nombreux départs de feu en Amazonie ces dernières 24h. Plus de 800 sur la seule partie brésilienne de la forêt tropicale. Et ce malgré le déploiement des renforts en hommes et en matériel. Reportage dans la région du Rondônia, à l’ouest du Brésil, non loin de la frontière bolivienne.

Dans la région du Rondônia, état brésilien frontalier de la Bolivie, la terre porte les stigmates des flammes
Dans la région du Rondônia, état brésilien frontalier de la Bolivie, la terre porte les stigmates des flammes Crédits : Eric Audra - Radio France

La région du Rondônia, à l’ouest du Brésil, non loin de la frontière bolivienne, porte les stigmates de certains des nombreux incendies qui ravagent l'Amazonie. C’est là-bas que se trouve notre envoyé spécial, Matthieu Mondoloni, accompagné à la technique d'Eric Audra. Ils ont traversé une partie de cette immense région, à la rencontre des habitants. 

Reportage au fil de la BR 364, route unique de 200 kilomètres entre la ville d’Ariquemes et Porto Velho, la capitale de la région : une longue ligne droite entourée, par endroits, de terres noircies, calcinées, qui témoignent de la violence de ces feux.

La route BR 364
La route BR 364 Crédits : Matthieu Mondoloni - Radio France

Des flammes qui se propagent à une vitesse impressionnante

Au kilomètre 9, une allée de terre mène à un petit ranch modeste, un cheval est accroché à un arbre. Sur le perron, un homme se sert un maté, boisson traditionnelle sud-américaine faite à partir de feuilles infusées. Aguinaldo a 26 ans et précise : "Ici, on achète et on vend du bétail”. Il se souvient avoir vu le feu arriver sur ses terres :

Nous avons réuni tout le monde, on était une trentaine. Certains sont venus avec des pompes à eau, d’autres avec des battes à feu. Fallait bien l’éteindre. Ça a brûlé les terres de quatre ou cinq voisins. A priori, ce serait un homme à moto qui aurait jeté un mégot. Mais comment voulez-vous qu’on trouve le responsable maintenant… C’est impossible !

Aguinaldo habite l'ouest de l'Amazonie brésilienne. Sur le perron de son ranch, il boit son maté et raconte les incendies
Aguinaldo habite l'ouest de l'Amazonie brésilienne. Sur le perron de son ranch, il boit son maté et raconte les incendies Crédits : Matthieu Mondoloni - Radio France

Dans la forêt amazonienne, les flammes se propagent à une vitesse impressionnante, notamment à cause de certains arbres qui peuvent atteindre 6 à 9 mètres, comme le babaçu, explique Aguinaldo : 

Le feu monte en spirale en faisant comme ça… Quand il arrive en haut, c’est comme si on allumait une bougie : pfouah !!! Et c’est là, quand le vent touche les feuilles, que le feu se répand. Et les étincelles se dispersent partout…

"J'ai voté pour Jair Bolsonaro mais je le regrette parce qu’il ne fait rien du tout"

Au kilomètre 17, des troncs brûlés entourent une petite bâtisse isolée : c’est ici que vit et travaille Noémia, cuisinière de 51 ans. 

Noémia a vu le feu au pied de chez elle, mais aucune autorité n'est intervenue
Noémia a vu le feu au pied de chez elle, mais aucune autorité n'est intervenue Crédits : Matthieu Mondoloni - Radio France

Il y a quelques jours, le feu léchait encore les murs de sa maison, mais aucun pompier n’est venu l’éteindre : 

J’ai eu très peur. Personne n’est venu nous voir, aucune autorité. Nooon, personne. Ça s’est éteint tout seul. Hier encore, il y avait des petits foyers. Mais il a plu et ça a étouffé le feu. Ce président [Jair Bolsonaro, ndlr], j’ai voté pour lui… Mais je le regrette, parce qu’il ne fait rien du tout.

Kilomètre 88 : Itapuã do Oeste, un petit village situé au bord de la forêt Jamari, un parc national protégé. Sur la radio locale, on discute le fait d’accepter ou non l’aide internationale. Et dans les rues, on cherche les responsables : “On critique beaucoup, mais je pense que ce n’est pas la faute du gouvernement. Ça fait trop peu de temps qu’il est au pouvoir. Il n’est pas coupable de tout" estime une habitante, "C’est juste le climat de la région…” 

Un autre d'ajouter : "Les gens sont habitués à brûler tout et n'importe quoi. Pour les arrêter, il faut surveiller et leur dire qu'ils auront une amende s'il mettent le feu, à payer tout de suite."

"C’est facile de critiquer les agriculteurs d’Amazonie quand on habite Londres ou Paris"

Au kilomètre 135, une grande propriété agricole s’étend sur 800 hectares. Elle appartient à Silas, chapeau de paille sur la tête.

Silas, riche propriétaire agricole
Silas, riche propriétaire agricole Crédits : Matthieu Mondoloni - Radio France

il dit en avoir assez d’être pointé du doigt comme seul responsable de la déforestation et des incendies : 

On consomme plus que ce qu’on produit aujourd’hui. Surtout depuis l’arrivée du marché chinois. Cela a amené des millions de nouveaux consommateurs, et ça a un impact sur la déforestation. C’est facile de critiquer les agriculteurs d’Amazonie quand on habite Londres ou Paris.

Kilomètre 170 : un tag sur un panneau : "Mort aux grandes propriétés”. Au loin, Porto Velho, la capitale de la région se dessine, et au-dessus d’elle, ce désormais habituel couvercle de fumée, conséquence des nombreux incendies.

Les militaires de la Force nationale à Porto Velho au Brésil (région de la Rondonia) avant de partir dans la forêt amazonienne, pour aider les pompiers dans la lutte contre les incendies. Août 2019.
Les militaires de la Force nationale à Porto Velho au Brésil (région de la Rondonia) avant de partir dans la forêt amazonienne, pour aider les pompiers dans la lutte contre les incendies. Août 2019. Crédits : Matthieu Mondoloni - Radio France
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