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Dans l'Ohio, des républicains anti Trump se mobilisent pour faire battre le président.

Les républicains modérés contre Trump

4 min
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Donald Trump avait largement remporté l'Ohio il y a quatre ans mais la tache s'annonce plus difficile en 2020. Dans cet état qui a toujours voté pour le vainqueur depuis 1960, des républicains anti Trump s'organisent pour faire battre le président.

Dans l'Ohio, des républicains anti Trump se mobilisent pour faire battre le président.
Dans l'Ohio, des républicains anti Trump se mobilisent pour faire battre le président. Crédits : Gregory Philipps - Radio France

A six jours des élections présidentielle et parlementaires aux Etats-Unis, Joe Biden est en tête des sondages nationaux, même si Donald Trump multiplie les déplacements et les meetings pour tenter de rattraper son retard. L’élection se jouera comme tous les quatre ans dans quelques Etats clés, et notamment l’un qui (depuis 1960) a toujours voté en faveur du candidat finalement élu, c’est l’Ohio, Etat à la fois rural et industriel, largement remporté par Donald Trump en 2016. Mais cette fois, la course s’annonce plus serrée. D’autant plus qu’en Ohio, le Président sortant est contesté par une partie de ses propres troupes. Des républicains modérés ou d’anciens républicains qui se sont organisés et appellent à battre Trump.

Chris Gibbs a déchiré sa carte du parti en octobre 2019

Chris Gibbs, 62 ans, avait dirigé pendant 7 ans le parti républicain local avant de rendre sa casquette à cause de Trump
Chris Gibbs, 62 ans, avait dirigé pendant 7 ans le parti républicain local avant de rendre sa casquette à cause de Trump Crédits : Gregory Philipps - Radio France

C’est sur sa ferme de 230 hectares que Chris Gibbs, 62 ans, le regard clair et une belle barbe blanche, reçoit, au milieu de ses champs de maïs, de soja et de ses 90 vaches. Gibbs a dirigé pendant 7 ans le parti républicain local, dans son comté de Shelby (dans l’ouest de l’Ohio). En 2016 l’agriculteur, qui se définit comme un conservateur attaché aux valeurs traditionnelles, a voté Trump. Avant finalement de déchirer sa carte du GOP en octobre de l’an dernier. Lui, le fermier conservateur, admirateur de Ronald Reagan, n’arrivait plus à comprendre et à défendre le Président au pouvoir : 

"Trump a échoué en ne respectant pas la décence de cette fonction, constate Gibbs. Il a échoué sur le commerce. Avec des conséquences directes sur mes affaires et le fonctionnement de ma ferme. 95% des habitants de la planète habitent en dehors des Etats-Unis. Commercer, pour nous, cela signifie exporter nos produits, notre bétail, notre huile… Moi je dis que Trump n’a pas entamé une guerre commerciale mais qu’il a déclaré la guerre au commerce. Il a échoué sur tout. Sa gestion de l’épidémie de coronavirus. Nos relations avec nos alliés, l’Europe, la France, tout le monde"

Aujourd’hui, après vingt ans à militer pour le parti républicain, Chris Gibbs se voit comme un amoureux rejeté, triste et amer. Le 3 novembre, il votera Démocrate : "Joe Biden, je le vois plutôt comme la porte de sortie de cette période de populisme et de division. Il n’est pas forcément la réponse, le parti démocrate non plus d’ailleurs. Mais nous devons coûte que coûte sortir de cette période Trump. On doit sortir de cela. Et s’unir plutôt que se diviser".

"Choisir son pays plutôt que son parti"

300 kilomètres plus à l’ouest, à Cleveland, d’autres républicains modérés (ou anciens républicains) se sont organisés et ont monté "l’Opération Grant", du nom du 18ème Président des Etats Unis, Ulysse Grant, qui après la guerre de sécession avait œuvré à l’unification du pays. L’opération est financée notamment par le Lincoln Project, un groupe conservateur hostile au président sortant, créé fin 2019, et qui produit et diffuse des publicités télévisées appelant à la défaite de Trump, et même à voter Biden. Dans les rues de Cleveland, on rencontre Linda Bauer qui milite avec ces deux étiquettes : "Projet Lincoln" et "Opération Grant". Elle aussi est une ancienne militante du GOP : "notre collectif tente d’expliquer à d’autres républicains (et aussi aux indépendants), que c’est OK de voter en dehors du parti. De choisir son pays plutôt que son parti. Cette fois, en tout cas !"

C’est la gestion de l’épidémie de coronavirus par l’actuelle administration, et les 225 000 morts aux Etats-Unis, qui ont poussé Linda à rejoindre "l’opération Grant" : "je suis tombée malade après avoir contracté le covid 19, raconte la mère de famille. J’ai vraiment souffert, seule à la maison, avec des symptômes vraiment très effrayants, et j’ai eu très peur… Tellement peur. C’est pour ça que je suis là aujourd’hui. Parce que je veux que tout le monde sache que ce virus n’est pas une invention, un « hoax » comme dit Trump. C’est très dangereux. Et pour cela, je blâme Trump. Il a menti aux Américains sur la dangerosité de cette maladie".

En 2016, Donald Trump avait très largement remporté l’Ohio, avec plus de huit points d’avance sur Hillary Clinton. Quatre ans plus tard, les sondages placent Joe Biden juste derrière le Président sortant. Ce qui fait dire à Chris Gibbs, le fermier de Mapplewood, qu’il suffira peut-être de convaincre quelques centaines de personnes pour faire basculer le résultat du scrutin dans cet Etat qui offrira 18 Grands Electeurs au vainqueur : "les 39% de gens qui sont complètement derrière Trump (ceux dont Trump dit que, même s’il tuait quelqu’un sur la 5ème avenue, ils continueraient à le soutenir), ceux-là on ne cherche pas à les convaincre. Notre cible, c’est une part très étroite de son électorat, 8 à 12% seulement de ses électeurs".

Evidemment, ces républicains frondeurs sont minoritaires mais le "Projet Lincoln" qui les finance s’est imposé en quelques mois comme une caisse de résonance importante. Le comité a été créé notamment par un certain George Conway, avocat de Boston et époux de Kellyanne Conway. Qui, jusqu’à l’été dernier, fut l’une des principales conseillères… de Donald Trump.

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