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Die-in du collectif Inter-urgences à Paris l'été dernier

Les nouvelles formes de mobilisation sociale

4 min
À retrouver dans l'émission

Alors que les appels à manifester contre la réforme des retraites rassemblent de moins en moins de personnes dans la rue, gros plan sur les formes de mobilisation qui ne sont ni la grève ni la manifestation justement, relayées par les réseaux sociaux.

Die-in du collectif Inter-urgences à Paris l'été dernier
Die-in du collectif Inter-urgences à Paris l'été dernier Crédits : Thomas Padilla/MAXPPP - Maxppp

Ces nouveaux modes de contestation prennent des formes différentes, et parfois très créatives. A l’hôpital ou à la RATP naissent de nouveaux collectifs ou de nouveaux syndicats, qui se réclament plus "horizontaux", moins rigides que les structures traditionnelles. Est-ce une nouveauté ? Pas particulièrement, observent les sociologues des mouvement sociaux. Ce qui a changé en revanche ce sont les formes de médiatisation de ces mouvements. Mais aussi le précédent des "gilets jaunes".

Un reportage signé Anne-Laure Chouin.

Mieux représenter les professions

Adapter un clip et les paroles d'une chanson et les viraliser, pour alerter l'opinion : c''est plus efficace qu'un tract et c'est ce qu'a choisi de faire la CGT du CHU de Toulouse pour alerter sur les conditions de travail des soignants. Confère la vidéo ci-dessous :

Toujours dans le milieu hospitalier, mais hors syndicats, le Collectif Inter-Urgence s'est lui créé à l’initiative de professions paramédicales à partir d'un constat : le manque de représentation des infirmier-ères et aides-soignant-es dans les principaux syndicats hospitaliers, comme en témoignent Candice et Orianne.

Orianne et Candice, du Collectif Inter-Urgences
Orianne et Candice, du Collectif Inter-Urgences Crédits : chouin - Radio France
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"Tous les soignants sur le terrain ne se sentent pas représentés par des syndicats"

Rien de mieux dans une lutte que des gens du métier et de terrain pour communiquer une souffrance commune. Tout en travaillant conjointement avec les syndicats car ils ont des instruments qui peuvent nous être utiles pour avancer. Mais entre pairs, on se comprend mieux. C'était l'idée du Collectif.

Et pour sensibiliser l'opinion, ce Collectif a eu plusieurs idées d'action chocs, voire choquantes, comme cette auto-injection d'insuline par quelques soignants grévistes devant le Ministère de la Santé. Une action reprochée d'ailleurs par certains syndicats hospitaliers. 

Des modes d'action pas si nouveaux

Pour Jean-Michel Denis, professeur à l'Université de Marne la Vallée, et spécialiste des relations dans le champ professionnel, ces formes de lutte "annexes" sont , paradoxalement, traditionnelles. 

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"Il y a toujours eu des répertoires d'action différents à côté des grèves et des manifestations"

La grève et la manifestation sont les formes d'action les plus marquantes du fait de la masse d'individus qu'elles peuvent entraîner. Mais la grève a perdu de son efficacité depuis la fin des années 70. Malgré cela, il y a toujours eu depuis le début de l'histoire du monde ouvrier, et même avant, des modes d'actions un peu inopinés ou extraordinaires (comme les charivaris) qui ont accompagné des actions plus traditionnelles. 

Le précédent des "gilets jaunes"

C'est ce mouvement qui a été le moteur de la création à la RATP d'un nouveau syndicat, dont les statuts ont été déposés il y a un an : La Base.  Arnaud Moinet et Laurent Mauduit, qui font partie de ses fondateurs, expliquent que c'est faute d'avoir eu le sentiment d'être écoutés, représentés, et reconnus par les syndicats traditionnels, qu'il ont décidé de se lancer. Sentiment d'une parole confisquée qu'ils ont aussi perçu dans le mouvement des "gilets jaunes" :

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"Aujourd'hui il est inconcevable que l'horizontalité ne soit pas de mise dans cette société, y compris dans les syndicats"

L'initiative des "gilets jaunes" nous a fait réfléchir sur le modèle de fonctionnement des instances, des institutions. Nous, nous remettons au centre les salariés, les collègues, dans les décisions que l'on doit prendre. Par exemple, à La Base, on ne peut pas faire plus de deux mandats. Après, les dirigeants doivent retourner dans leur bus, métro ou guichet. Chaque dirigeant peut être révoqué, chaque adhérent à droit à soumettre au vote une décision. 

Ces syndicats plus horizontaux, ou ces actions plus marquantes, sont elles des moyens plus efficaces pour empêcher des reculs sociaux, à défaut de gagner de nouveaux droits ? Le constat est souvent mitigé. Pour Jean Pierre Denis, cela reste dans le rapport de force que se joue l'efficacité de la lutte sociale. C'est aussi, selon lui, ce qu'est venu rappeler le mouvement des "gilets jaunes". Et pour Candice, Oriane, Laurent et Arnaud, le blocage reste l'arme ultime pour instaurer ce rapport de force.         

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