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De nombreuses applications sur téléphone voient le jour pour les femmes qui veulent se protéger du harcèlement de rue ou des violences dont elles pourraient être victimes.

Les applications contre les violences faites aux femmes, nouveau business ?

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Elles sont de plus en plus nombreuses à être développées et doivent permettre aux femmes d'alerter en cas de danger. Ces dernières années, une dizaine d'applications contre les violences faites aux femmes a vu le jour, créée par des associations et plus souvent par des entreprises...

De nombreuses applications sur téléphone voient le jour pour les femmes qui veulent se protéger du harcèlement de rue ou des violences dont elles pourraient être victimes.
De nombreuses applications sur téléphone voient le jour pour les femmes qui veulent se protéger du harcèlement de rue ou des violences dont elles pourraient être victimes. Crédits : Fiona Moghaddam - Radio France

Il existe une dizaine d'applications contre les violences faites aux femmes en France, qui vont de la lutte contre le harcèlement de rue à la lutte contre les violences conjugales. Généralement, ces applications permettent d'alerter des proches sélectionnés au préalable par l'utilisatrice en cas de danger.

C'est ainsi que fonctionne App-Elles, la seule application créée par une association spécialisée dans la lutte contre les violences faites aux femmes. Après de multiples rencontre avec des victimes, sa fondatrice, Diariata N'Diaye, a décidé de leur venir en aide à travers cette application. "Les fonctionnalités ont été faites pour répondre à des problématiques concrètes", explique-t-elle. "Les victimes, quand elles sont en difficulté, n'appellent pas la police mais comptent sur des personnes de confiance, d'où la touche 'alerte'. Elles ne connaissent pas les associations locales et nationales qui peuvent les écouter et les accompagner, d'où la touche 'en parler'."

Et pour alerter, il y a diverses méthodes : via l'application directement, en utilisant la touche on-off de son téléphone, en arrachant le câble de ses écouteurs ou à l'aide d'un bracelet connecté. 

L'application se télécharge et s'utilise gratuitement. En revanche, le bracelet est payant (une trentaine d'euros) mais l'association travaille avec différentes institutions pour le mettre à disposition gracieusement. Ainsi, dans la région Pays de la Loire, 2 000 bracelets sont disponibles gratuitement auprès d'associations d'aides aux victimes. 

Autre application entièrement gratuite : HandsAway. D'abord créée dans le cadre d'une start-up, c'est aujourd'hui une association. En cas de harcèlement, l'utilisatrice envoie une alerte reçue par toute la communauté, à savoir les autres personnes inscrites sur l'application, femmes ou hommes. Lucile Dupuy, cheffe de projet chez HandsAway, assure ne "pas chercher à créer des justiciers de la rue", simplement de permettre aux utilisatrices d'alerter d'un potentiel danger et de pouvoir être soutenues et conseillées par la communauté. Et pour s'assurer de la bienveillance de la communauté, un système de modération est mis en place.

Des applis créées par des start-up

Parmi les autres application existantes, plusieurs ont été lancées par des start-up. À Aix-en-Provence, Caroline Pheng et Pauline Vanderquand, respectivement ostéopathe et masseuse, ont lancé Garde ton corps pour sécuriser les femmes dans la rue, par exemple lorsqu'elles rentrent chez elles le soir. Si l'utilisatrice s'arrête plus d'un certain temps en chemin, une alerte est envoyée à des contacts choisis, elle peut aussi se réfugier dans des lieux partenaires désignés par l'application, généralement des bars ou des boîtes de nuit. L'application est gratuite pour ses utilisatrices, en revanche, c'est aux municipalités de l'acquérir pour qu'elle fonctionne grâce à un système de géolocalisation. Actuellement, l'application ne peut donc être utilisée qu'à Aix-en-Provence où la ville a déboursé 20 000 euros pour mettre à disposition ce service. 

Pour d'autres applications, ce sont les utilisatrices qui doivent payer. Mon Sherif a été développée par une entreprise spécialisée dans l'édition d'applications mobiles et ne vise pas que les femmes victimes de violences mais un public plus large (celui des personnes âgées notamment ou ayant des soucis de santé). Certes, aucun abonnement n'est nécessaire mais pour alerter ses contacts en cas de problème, il faut se munir d'un bouton spécial ou d'un bijou dont le coût varie d'une cinquantaine d'euros à 200 euros. Dominique Brogi, présidente de la société Meetphone qui a développé l'application, explique avoir tenté de créer "une solution dans l'empathie pour venir en aide aux problèmes de société existants" et ne "jamais avoir pris qui que ce soit pour une boîte à cash".

Une nouvelle application doit sortir cet automne, Smart Shield. En cas de danger, l'alerte est envoyée à des opérateurs qui après écoute déclenchent ou non les secours. L'entreprise doit recruter plus d'une trentaine de salarié.es pour assurer une présence 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Des opérateurs.trices formé.es, pour écouter et qualifier la situation qui seront installé.es à Paris assure-t-on chez Smart Shield. Quant à la formation, ce sont des psychothérapeutes et psychologues qui devraient s'en charger. L'application fonctionnera avec un système d'abonnement d'environ 5-6 euros par mois.

Des services payants que regrette Ernestine Ronai, co-présidente de la commission violence du Haut Conseil à l'égalité femmes-hommes. "Si on commence à penser [qu'il faut] commercialiser quelque chose et non pas rendre des services de type 'intérêt général', on est mal parti car on va chercher des fausses solutions", déplore la responsable de l'observatoire des violences faites aux femmes au Conseil départemental de Seine-Saint-Denis. C'est aussi le constat que dresse Anaïs Leleux, membre du comité de pilotage #NousToutes. Si la militante féministe reconnaît qu'"une bonne intention précède à la création de ces applications qui sont généralement créées par des femmes", elle déplore la mise en place d'"un solutionnisme numérique, qu'une appli pourrait comme par magie régler un problème qui est bien plus profond que cela et qui nécessite une prise en charge globale. J'estime aussi qu'elles le font avec beaucoup de maladresse. Comme elles ne sont pas des professionnelles des violences faites aux femmes, avec parfois des solutions qu'elles mettent en avant qui risqueraient de se retourner contre les femmes au contraire".

Rappelons qu'un numéro d'écoute et d'orientation existe contre les violences faites aux femmes, c'est le 3919.

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